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21 décembre 2008 7 21 /12 /décembre /2008 22:46

Aujourd'hui, c'est le comble, le jour est tombé tellement tôt que j'ai à peine eu le temps de le voir. On est dimanche, alors, c'est normal, on se lève plus tard qu'à l'ordinaire, on fait une petite sieste et hop, voilà, c'est la nuit noire. Mais où est donc cet homme bâté de Mârco Valdo M.I.. Il me fait encore attendre, sans doute est-il encore dans sa sieste ou batifole-t-il encore ? Et moi qui ai hâte de rentrer...


Tiens, mais tu es déjà là, mon bon Lucien, dit Mârco Valdo M.I.. Si j'avais su, j'aurais pressé le pas. Mais je suis venu sans trop courir, car on est dimanche et que, vois-tu, le dimanche, on se lève un peu plus tard qu'à l'ordinaire, on fait un bon repas, on trinque un peu, puis, normal, on fait une sieste, parfois courte, parfois plus longue, et comme c'est le solstice d'hiver, hop, la nuit tombe en même temps que le jour et voilà, on se réveille dans la nuit noire en plein après-midi. On ne sait plus où on en est ... Enfin, y a pas de mal, je suis arrivé.




Oui, je le vois, malgré cette nuit d'encre, dit Lucien l'âne en écarquillant ses yeux d'encre comme la nuit. Il faut dire aussi que la journée a été courte, non seulement le jour s'est couché bien tôt, mais il s'était levé bien tard. Bref, une journée d'à peine huit heures. C'est bien court.


Bon, laissons cela, il n'y a pas beaucoup plus à en dire et puis, dit Mârco Valdo M.I., on a peut-être, l'une ou l'autre chanson à découvrir. Je te dis ça, car tu aurais pu croire que nos amis de la Chanson du dimanche allaient se remettre à la tâche et nous proposer l'une ou l'autre composition nouvelle pour meubler les dimanches, où – sans cela – comme les enfants et les parents dans la chanson de Trenet, tu pourrais t'ennuyer. Allez, je vois à tes oreilles en points d'interrogation que tu ne la connais pas cette chanson-là. Je t'en offre un bout pour commencer. Comme ça, de mémoire :


Les enfants s'ennuient le dimanche.

Le dimanche, les enfants s'ennuient.

En knickerbockers ou en robes blanches,

Le dimanche, les enfants s'ennuient.


Vienne vienne

La semaine,

Lundi mardi jeudi,

Car la rue est toujours pleine

De lumière et de bruit !

...

Les parents s'ennuient le dimanche.

Le dimanche, les parents s'ennuient.

Avec leurs lorgnons et leurs barbes blanches,

Le dimanche, les parents s'ennuient.


Vienne vienne

La semaine,

Lundi mardi jeudi,

Car la rue est toujours pleine

De lumière et de bruit !


Je vois à ton air et au frétillement courbé de tes oreilles que tu te demandes ce que peuvent  être des knickerbockers. En fait, ce sont des pantalons comme ceux de Tintin, qui s'arrêtent à mi-mollets.


Moi, dit Lucien, je te remercie, mon cher Mârco Valdo M.I., mais je ne sais plus où j'en suis. Que voulais-tu dire avec la chanson du dimanche ?


Ah, oui ! Et bien, ceci précisément. Qu'ils nous ont abandonnés à l'été et depuis plus grand chose, je veux dire le dimanche. Bien sûr, ils font des concerts ici et là. Mais, rien le dimanche. Singulier quand on s'appelle la chanson du dimanche. Mais je te dis tout cela car nous, on est un peu tenu de proposer des canzones du dimanche. Je veux dire que je suis tenu de t'en proposer.


Ah oui, dit Lucien, mon cher Mârco Valdo M.I., que serait un dimanche sans chanson. Ce serait comme une église sans messe, une pin-up sans fesses... si tu vois ce que je veux dire.





Pour la pin-up, j'imagine mal, mais je comprends ton angoisse. Alors, mon cher et bien aimé Lucien, je t'ai concocté un petit intermède de canzones. Tu m'en diras des nouvelles...


Je t'écoute, dit Lucien. Mais si tu veux bien fais-moi d'abord une petite présentation que je sache à quoi m'attendre.


Bien sûr, volontiers, mon cher Lucien, d'autant qu'elles sont toutes fraîches dans ma tête, ce sont des canzones que j'ai traduites pas plus tard que cette semaine et de plus que la première est une canzone de notre ami Riccardo Venturi. Elle raconte l'invention de la guerre au terrorisme; elle dit en quelques mots, comment et pourquoi, ils voient des terroristes partout. Comme tu le sais, le terroriste est apparu assez récemment dans l'histoire; c'est une marionnette de fabrication contemporaine. Par exemple, juste pour situer l'affaire, on a toujours tué des rois et un tueur de roi – prenons Ravaillac, on l'appelait un régicide. Il y a toujours eu des gens qui se battaient contre les occupants de leur pays, de leur région... Les occupants les ont toujours discrédités. Souviens-toi de la guerre de libération des Grecs contre l'empire ottoman ou des innombrables luttes de Polonais pour leur indépendance... Enfin, tout ça pour dire que les faits ne sont pas nouveau; ce qui est nouveau, c'est l'invention de la guerre mondiale au terrorisme. Comme bien tu penses, c'est là un épisode de la fameuse guerre de cent mille ans que mènent les riches et les puissants contre les pauvres et les désarmés.


D'accord. Je suis assez d'accord avec toi. Enfin, j'en saurai sans doute plus avec la chanson de Riccardo Venturi. Mais dis-moi, Mârco Valdo M.I., quelles sont les autres chansons que tu vas me présenter ?


La deuxième est une chanson du groupe Gang qui fait le point sur l'histoire des soixante dernières années; en somme de la période qui va de l'effondrement du Reich nazi et de l'Impero fasciste à nos jours. Elle se présente sous la forme de l'histoire d'une rue qui s'appelle la rue d'Italie et elle décrit ce qui s'y passe. Et la troisième canzone de ce dimanche, quant à elle est une canzone que d'aucuns estiment être « la » canzone de Fabrizio De André, c'est une sorte de prière... Mais je te laisse découvrir, les canzones et le commentaire que j'ai fait...


Allons-y, alors. Je suis impatient de les découvrir, dit Lucien en pointant cette fois ses oreilles vers le noir du ciel d'hiver.





LES TROIS PUISSANTS

Version française – Les trois puissants – Marco Valdo M.I. – 2008

Chanson italienne – I tre potenti – Riccardo Venturi – 2008


La version italienne est à chanter sur l'air de la chanson populaire pistoiaise “Le Tre sorelle” (Les trois sœurs), telle qu'elle est exécutée par Riccardo Tesi et la Banditaliana.





L'aviation contemporaine, les fusées, les rockets, les bombes volantes... sont des choses merveilleuses : vues de loin et sur écran, les chorégraphies aériennes et leurs explosions multicolores ont des allures de ballets et des gracieusetés de jeunes premières. Évidemment, la vision n'est pas exactement la même quand on est au sol, dans le décor de la pièce guerrière où elles s'agitent. Là (mettons en Afghanistan ou au Kurdistan, ou encore, en Irak...), c'est l'effroi qui domine l'âme du spectateur, acteur malgré lui de son propre massacre. Vues du terrain, l'aviation contemporaine, les fusées, les rockets, les bombes volantes... sont des choses épouvantables atroces, féroces et d'une implacable injustice. Leurs arabesques célestes sont des signes certains de la mort et de la désolation. Mais, rassurez-vous, l'aviation contemporaine, les fusées, les rockets, les bombes volantes... ne tuent que des terroristes, ne tuent que des terroristes... Puisqu'on vous le dit dans tous les journaux, dans toutes les radios, sur toutes les télévisions...

Entendez-vous dans le lointain l'aviation contemporaine, les fusées, les rockets, les bombes volantes...

Sans doute, n'y croyez-vous pas... qu'elles ne tuent que des terroristes.

Si vous n'y croyez pas, c'est que vous êtes un agent du terrorisme,

c'est-à-dire potentiellement,

un terroriste vous-même.

VOUS ÊTES UN TERROSITE !

On devrait vous arrêter.

D'ailleurs, ça ne saurait tarder.

J'entends déjà les pas dans le couloir... On frappe à votre porte...


Ainsi parlait Marco Valdo M.I.




Il y avait trois puissants

et tous trois d'amour.

Il y avait trois puissants

et tous trois d'amour.

Le plus puissant de ceux-ci

se mit à bombarder.
Le plus puissant de ceux-ci

se mit à bombarder.


Et tandis qu'il bombardait

Il appela les deux autres

Et tandis qu'il bombardait

Il appela les deux autres


Mes chers compères,

Venez bombarder.
Mes chers compères,

Venez bombarder.


Et si nous bombardons

Que nous donneras-tu ?

Et si nous bombardons

Que nous donneras-tu ?

Les puits de pétrole

et un baiser d'amour.

Les puits de pétrole

et un baiser d'amour.

Des baisers nous n'en voulons pas

par contre, le pétrole bien.
Des baisers nous n'en voulons pas

par contre, le pétrole bien.


Que diront les gens

S'ils nous voient bombarder ?

Que diront les gens

S'ils nous voient bombarder ?


La guerre au terrorisme

nous leur inventerons

La guerre au terrorisme

nous leur inventerons.



LA RUE D'ITALIE



Version française – La rue d'Italie – Marco Valdo M.I. – 2008

Chanson italienne - Via Italia – Gang





60 ans d'histoire italienne, de massacres et de mystères.



Calamandrei avait raison. Piero Calamandrei voyait clair quand il disait aux étudiants milanais de l'Umanitaria en 1955, pour les 10 ans de la Libération : « Elle émet un jugement, notre Constitution, un jugement polémique, un jugement négatif contre l'ordre social actuel. »


Ce jugement négatif est toujours de mise dans la Via Italia – et plus encore qu'à l'époque.


Pas étonnant qu'elle ait mal tourné cette Via Italia, on avait empêché qu'elle se débarrasse des collaborateurs du régime fasciste, jusque et y compris dans les tribunaux ; mieux ou pire que cela, comme on voudra, on les a en quelque sorte amnistiés et on leur a ouvert tout grand à nouveau les portes du pouvoir. D'ailleurs, ils y sont installés; ils occupent les écrans de leurs sourires réjouis.


On pourrait supposer par exemple que cet ange tombé dans la via Italia serait la Costituzione elle-même, ou le peuple, ce peuple dont elle portait la voix, y compris le grand cortège des morts dans la lutte contre le fascisme, qui au lever du jour vient dire « Mort, où est notre victoire ? ».


Mais ils se relèvent toutes les nuits et toutes les aubes, ils reposent la même question « Où est notre victoire ? », qui la galvaude ainsi, qui donc empêche qu'adviennent justice et liberté... Après 60 ans, le combat continue.

Ora e sempre : Resistenza !

Mais ce qui se passe en Italie, se passe dans les autres pays. Ce qui est dit de la via Italia est (mutatis mutandis) vrai ailleurs. Dans la guerre de cent mille ans que les riches font aux pauvres, que les pauvres mènent pour vivre enfin hors de la servitude et de la misère, il n'y a pas de frontières. La chanson non plus ne peut connaître de frontières.


Ainsi parlait Marco Valdo M.I.



Dans la rue d'Italie, ils ont éteint les lumières.

Ils ont fermé toutes les grilles.

Un ange est tombé sur la route,

Il y a encore du sang dans ses cheveux.

Dans la rue d'Italie, il y a une ruelle obscure

Elle conduit au pont des Frères noirs.

Si tu y passes, tu rencontres un cadavre.

C'est la patrie déviée, c'est la patrie des mystères.

Et alors, j'ai demandé à la poussière

Si vraiment, nous sommes au temps des assassins.

La réponse est dans la toile d'araignée

Cachée parmi les fils d'une marionnette.


Dans la rue d'Italie, nuit de cristal

Brutus a versé du vin

À présent, il trinque avec Jules et Francesco.

Il y a quelqu'un qui frappe à la porte. Qui c'est ? C'est Caïn.


Dans la rue d'Italie, passe l'histoire

D'un pas de demoiselle.

À présent elle est blette et n'a plus de mémoire.


Elle se donne à qui la veut; la rue d'Italie est sa vitrine.
Et alors, j'ai demandé à la poussière

Si vraiment, nous sommes au temps des assassins.

La réponse est dans la toile d'araignée

Cachée parmi les fils d'une marionnette.

Dans la rue d'Italie, il y a une inscription sur le mur;

Ici est morte la démocratie !”

Les enfants jouent aux dragons.

Puis sur cette route arrive la police.

Dans la rue d'Italie, ils ont mis les scellés.

Ils les ont mis sur tous les environs

de la rue Fani à la rue Caetani.

Tu peux y mettre cinquante – cinquante-cinq jours.

Et alors, j'ai demandé à la poussière

Si vraiment, nous sommes au temps des assassins.

La réponse est dans la toile d'araignée

Cachée parmi les fils d'une marionnette.

Dans la rue d'Italie, il y a une défaite

qui dort dans un porche.

Si tu regardes deux étages plus haut

Il y a les trois singes assis, assis au balcon...




PRIÈRE DÉMESURÉE

Version française – Prière démesurée – Marco Valdo M.I. – 2008

Chanson italienne – Preghiera smisurata – Fabrizio De André – 1996



Georges Brassens, que Fabrizio De André connaissait très bien, chantait :

Les hommes sont faits, nous dit-on

Pour vivre en bande comme les moutons

Moi, je vis seul et c'est pas demain

Que je suivrai leur droit chemin.

Brassens disait suivre son chemin de petit bonhomme.

Et pourtant, pourtant, la loi du nombre, celle de la majorité qui a pour seul fondement la maladie comptable qui soit dit en passant est en train de tuer l'espèce. Cette maladie comptable s'étend à tout comme la peste, elle a commis bien des ravages et continue d'en faire. En fait, sous le nom de démocratie, elle n'est que l'alibi d'une dictature des plus perverses. La question reste pendante : comment faire pour que vivent agréablement et en paix de si grands ensembles humains (disons l'humaine nation) et d'autre part, comment faire pour que vivent en paix et agréablement, ceux qui vont à contrevent, ceux qui vont en sens contraire et obstinément. Colomb était parti en sens contraire et obstinément; il est arrivé ailleurs.

Comment préserver « une goutte de splendeur et d'humaine vérité »?

Selon Marco Valdo M.I., toute prière adressée à un quelconque Seigneur n'a absolument aucune chance d'aboutir ni à son entendement, ni a fortiori à une quelconque intervention en retour. Pour la simple et bonne raison qu'il n'y a pas de Seigneur et qu'en tout état de cause, si Arlequin servait plusieurs maîtres, Marco Valdo M.I. pense que l'accession à l'humanité passe par la fin de la servitude, donc de l'existence-même d'un quelconque Seigneur et qu'ainsi finit la désespérance.

Pas de Seigneur, pas d'espérance, est-il sempiternellement répété; d'accord, mais aussi bien : pas d'espérance, pas de désespérance : reste alors l'humaine condition comme une bévue, une anomalie, une distraction, un devoir... L'humaine condition qui s'impose de par sa propre existence. Tel est le destin de celui qui avance « dans une direction obstinée et contraire ».


Ainsi parlait Marco Valdo M.I.





Surplombant les naufrages

de l'observatoire des tours

Elle penche et distante des éléments du désastre

des choses qui surviennent au-delà des paroles

célébrant le rien

Au long d'un vent si facile de

de satiété d'impunité.

Sur le scandale métallique

des armes en usage et désuètes

Pour guider la colonne

de douleur et de fumée

que laissent les innombrables batailles à la tombée de la nuit.

La majorité est la majorité, elle est


récitant un rosaire

d'ambitions mesquines

de peurs millénaires

d'inépuisables arguties

en cultivant tranquillement

l'horrible variété

de ses propres arrogances

La majorité est


comme une maladie

comme une malchance

comme une anesthésie

comme une habitude


Pour celui qui voyage dans une direction obstinée et contraire

avec sa démarche spéciale d'une spéciale désespérance

et au milieu du vomi des réprouvés effectue ses derniers pas

pour offrir à la mort une goutte de splendeur

d'humaine vérité.


Pour celui qui à Akaba soigna la lèpre avec un sceptre postiche

et sème son passage de jalousies dévastatrices et d'enfants

aux noms improbables de chanteurs de tango

en un vaste programme d'éternité.

Souviens-toi Seigneur de ces serviteurs rétifs

aux lois du troupeau,

n'oublie pas leur visage

quand après tant de désarroi

il est juste absolument que la fortune les aide.

Comme une bévue

Comme une anomalie

Comme une distraction

Comme un devoir.

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3 décembre 2008 3 03 /12 /décembre /2008 21:41
 

Mon bon Lucien, comme je suis content que tu sois déjà là, car avec ce temps exécrable, je n'aurais pas aimé devoir attendre dans ce crachin hivernal et dans cette nuit qui est vraiment trop sombre à mon goût. Mais voilà, tu es là et c'est déjà un soulagement. D'ailleurs, j'ai bien l'intention de ne pas la faire trop longue, si tu le veux bien.


Moi aussi, je suis bien content de te voir, mon cher Mârco Valdo M.I., et je ne le cache pas, pourquoi le cacherais-je, moi aussi, j'aimerais bien ne pas la faire trop longue. Je me sens déjà tout prêt à m'éclipser et si je ne savais par avance l'intérêt de tes récits ou de tes canzones et le plaisir que personnellement, j'en retire et bien entendu, si tu n'étais pas un ami si cher, presque un siamois, je m'en irais tout de suite et sans hésiter. Mais je suis curieux, curieux, aussi curieux qu'une pie, aussi têtument curieux qu'un âne. Oui, oui, je sais, j'ai vu ton regard scintiller, je sais bien que l'adverbe têtument n'existe pas dans les dictionnaires et alors, est-ce une raison pour que je ne l'emploie pas ? Tu imagines bien que pour un âne lui enlever un tel adverbe, c'est de la discrimination. J'en ai besoin moi de mon têtument. Je dirais même j'en ai têtument besoin. Je ne suis d'ailleurs pas tenu par le fait que personne auparavant n'a eu l'idée de l'utiliser... Il était là potentiellement, il était tout prêt à l'emploi, mais en kit... Je n'ai eu qu'à rassembler les morceaux selon les règles et voilà, hop, le tour est joué. En quoi têtument serait, pour moi par exemple, qui suis un âne, serait moins utile ou intelligent qu'ingénument par exemple ou grotesquement ou tristement – pour moi qui ne suis jamais triste, mais qui suis fort souvent têtu ?


Lucien mon ami de tous les jours, mon copain quotidien ( j'ai envie de faire une prière : donnez-nous notre copain quotidien...) , dit Mârco Valdo M.I., laisse-moi te féliciter pour la façon acharnée et obstinée avec laquelle tu défends ton droit à user de cet adverbe têtument. Je pense que ta réaction est saine et qu'il faut aller résolument dans ce sens. La langue française souffre de ce resserrement qu'on impose à sa capacité créatrice. Je les entends encore : ce mot n'est pas au dictionnaire. Et alors ? Si je l'utilise et que tu le comprends, il entre dans la langue. Bien sûr, il vaut mieux tenter de se rapprocher de l'usage... Mais c'est précisément le cas avec têtument. C'est un adverbe qui ressemble en tous points à un adverbe; et tant pis, s'il n'a pas encore été recensé dans les dictionnaires. Comme ténument, qui serait bien pratique lui aussi. Regarde le beau message d'amour que tu pourrait adresser à ta belle : je t'aime têtument, je te le susurre ténument. C'est juste question de l'employer deux ou trois fois et puis après, ça roule. Enfin, bref, n'hésitons plus, nourrissons la langue française.


Je crois bien, dit l'âne Lucien en approuvant énergiquement de la tête et des deux oreilles qui suivent le mouvement à contretemps. Je crois bien aussi que c'est comme ça que les mots arrivent dans la langue commune; par l'usage qu'on en fait. Mais il faut toujours quand même qu'il y ait une première fois, que quelqu'un s'y décide.


C'est bien comme ça que les mots sont entrés dans la langue. Par la bouche des gens. Les mots entrent dans la langue en sortant de la bouche des gens pour entrer dans leurs oreilles.  Dans les oreilles...  Les mots dans les oreilles, pas la langue...


J'aime autant ça, dit l'âne en faisant un sourire.


Et, dit Mârco Valdo M.I., dans le passé, avant l'arrivée massive des dictionnaires et de cette manière de vouloir tout canaliser, les gens utilisaient les mots comme ils venaient. Avec souvent des variantes et des déformations; la langue était une forêt de mots, giboyeuse à souhait. On trouvait des mots partout, dans les clairières, au détour d'un sentier et même dans les villages, dans les bourgs, dans les villes,  à tous les coins de rue, sur toutes les places... Ils sautaient de l'un à l'autre sans aucune gêne et ils se vêtaient selon la saison, le lieu, les gens, l'accent... Que sais-je, selon mille circonstances ? Je vais te dire, Lucien mon ami, une de mes constatations, qui est d'ailleurs facilement vérifiable. Tu sais que j'ai comme activité de traduire de l'italien en français. Cette pratique m'amène à fréquenter toutes sortes de dictionnaires et dans les deux langues. Et bien, la simple présentation d'un mot au dictionnaire t'apprend énormément sur la façon dont les langues fonctionnent et sur leur aptitude à la métamorphose. Je prends au hasard un mot de saison, un mot relativement simple, dans l'acception première et simple du fruit: en français, châtaigne, fruit du châtaignier et pas de variante possible. En italien : castagna ... castagnàccia (pegg.); castagnetta (dim.), castagnola, castagnuola (dim.), castagnuzza. (dim). Et c'est un exemple simple. Le même exercice avec chien, l'animal : en français, chien. Aucun dérivé – sauf chienne. En italien : cane – cagna pour la chienne et une foultitude de dérivés : cagnaccio, cagnazzo (pegg.), cagnettàccio(dim), cagnettino (dim), cagnetto (dim), cagninno (dim), cagnoletto (dim), cagnolinétto (dim), cagnolino, cagnolo, cagnuolo, cagnolone (dim), cagnòne (accr), cagnòtto (dim), cagnuccio, cagnuzzo (dim), cagnucciolo, canino (dim), canone (accr). Et rien n'empêche d'en créer d'autres... Cela me semble être fort à l'avantage de la langue; elle s'étend, se renouvelle et ces dim, accr ou pegg, qui veulent dire dim. :  diminutif, accr... (oups, pas de mot français, mais si : ouf,) augmentatif ou pegg. : péjoratif. Tout cela à partir d'un même mot de départ.

Si tu suis bien : chien , dim. petit chien (pas nécessairement chiot); accr. : grand chien (évidemment, on peut avoir d'autres mots pour le dire, mais pas de la même racine, par exemple : molosse), pegg. : mauvais chien, sale chien...


Bon,bon, ça va, j'ai compris, mon cher Mârco Valdo M.I., mais comment régler ça, comment amener la langue française à cette souplesse ? On en parlera une autre fois si tu le veux bien, car j'ai hâte de connaître ce que tu m'as préparé pour aujourd'hui.


Et bien, Lucien, j'espère que cela va te plaire, ce sont deux chansons. Une chanson italienne d'Alessio Lega, intitulée Étranger, elle se passe dans un port, dans une ville portuaire, elle parle de la position étrange de l'étranger; sans doute seras-tu fort sensible à cette chanson que j'appellerais « chanson réflexive », une chanson qui philosophe... Oh, je sais le mot philosophe fait peur, le fait de philosopher est méconsidéré... Il est vrai qu'on a enfermé la philosophie dans un bocal universitaire et qu'on tente d'en faire une sorte de science... Bref, elle est devenue un monde réservé à des experts. N'empêche, nous ne parlons pas de la même chose, de la même philosophie. Je pense plutôt la philosophie, comme un discours sur le monde, un commentaire en voix off sur le fil des jours... Un défilé de pensées, de réflexions... Une façon de réfléchir le monde, de réfléchir sa vie, la vie, le temps...

Quant à la deuxième chanson, elle est un peu du même ordre, celui de la pensée, de la réflexion, mais elle est plus engagée directement, elle porte une pensée politique, une certaine conception du monde et elle entend bien défendre sa position : celle de la laïcité comme condition première, dernière et fondamentale de la vie en société, d'une vie libre en société. Elle s'intitule : Sans crucifix, sans religion. Je l'ai écrite aujourd'hui à partir d'un article qui avait été publié en Italie, il y a quelques jours, le 28 novembre dernier. Enfin, je te laisse les apprécier et les commentaires qui les accompagnent.



ÉTRANGER



Chanson italienne – Straniero – Alessio Lega – 1999

Version française – ÉTRANGER – Marco Valdo M.I. – 2008



Cette chanson n'est pas seulement la chanson de l'extranéité au sens le plus large du terme. Ce n'est pas seulement la chanson d'une dure guerre... Ce n'est pas seulement la chanson qui ravive dans la pensée un Étranger, un qu'Alessio devait bien connaître, dont on pouvait prévoir que le jour de son exécution tant de gens l'accueillissent avec des cris de haine. C'est aussi la chanson de tous les étrangers que nous sommes, où que nous vivions. C'est la chanson de celui pour qui, être étranger peut être un mode et un motif de survie; pour qui, si parler la langue de la société est uniformisation et homologation à l'idiosyncrasie (forma mentis sociétale, la pensée unique) actuelle, il vaut mieux se sentir étranger. Mais je ne veux pas aller au-delà, car cette chanson parle d'elle-même.... Et à mon avis, c'est non seulement le chef d'œuvre absolu d'Alessio Lega, mais aussi une des dix ou quinze chansons les plus importantes de tous les temps en langue italienne. Probablement la moins connue, mais le temps saura lui rendre justice. [R.V.]



C'est étrange. Cette sensation d'étrangeté, ce sentiment d'extranéité... Qui donc la ressent ainsi ? Celui qui est venu d'ailleurs, celui qui est venu de loin, celui qui a quitté un ailleurs pour venir dans un ici – ville, village, pays, peu importe. Il s'est déporté... ou on l'a déporté, de gré ou de force... Mais la sensation est là. L'émigration engendre la nostalgie, tout le monde (ou presque) le sait.

Mais, il y a une autre dimension à l'étrangeté du monde et elle est bien plus difficile à comprendre. Et allez savoir qui la ressent, qui l'a ressentie... Les errances quotidiennes à l'intérieur-même du chez soi, dans le pays d'où on est (censément). Le pays d'où l'on est (censément) est subitement un ailleurs, on devient soi-même un étranger dans sa propre rue, dans sa propre maison et pour un peu, si on se laisse emporter, un étranger à soi-même.

L'émigré, l'immigré – dans un certain sens – a bien de la chance. Il emporte en son cœur, dans sa pensée, cet ailleurs, ce lieu de l'origine qui l'aide à supporter les jours et les miroirs. Sa nostalgie est féconde.

Mais pour celui qui – comme Marco Valdo M.I. lui-même – se sent émigré dans sa ville quotidienne, exilé chez soi, à vie – car il n'y a pas d'ailleurs qu'il puisse garnir de nostalgie, il est sans recours possible étranger à vie dans sa propre vie – sauf à rompre avec le carcan de la société, à briser le moule de la bonne société, à revendiquer d'être chez lui aussi, mais pas chez eux. Il n'y a pas une société multiple – comme on tente de le faire accroire, il y a de multiples sociétés qui se superposent, qui partagent (mal) le même territoire.

Nous sommes comme les Indiens, comme les Peaux-Rouges, comme les Amérindiens, comme les Noirs africains... Comme ils ont repoussé les Indiens dans les réserves... Nous vivons dans des réserves indiennes, perdues au milieu de leur société, comme des camps où l'on repousse ceux qui ne sont pas comme il faut. La mauvaise herbe dont parlait Georges Brassens.

Quand on naît pauvre, on n'est jamais comme il faut.

Rien ne nous empêche de reconquérir un jour notre territoire, notre terre. C'est le sens-même de la guerre de cent mille ans.

Ainsi parlait Marco Valdo M.I.



Photo G.L.



 

... Et d'une rive à l'autre, je parcourus cette mer.

Quand j'arrivai à l'accostage, je descendis à ce nouveau port

Je traînais ma vie, pour arriver qui sait

Qui sait pour repartir ou ne pas me sentir mort...


Je suis venu dans cette ville

Comme un étranger qui ne sait pas

Comme une insulte au ciel noir

Dans cette pluie hostile

Le style sombre de l'âge

et la pitié pour ces gens

Dans tout ce vide, le vent

qui bat mon chemin

Et je m'en irai, me disais-je,

De nuit, comme un étranger

Je m'en irai vraiment, je ne dois

rien à personne, je m'en irai léger...


De trottoir en trottoir, puis mon rêve se dissout

Il faut pourtant lâcher au fond une ancre d'appui

Pourtant je veille inquiet encore et je trace sur cet étang

Un point de fuite qui ne soit ni famille, ni femme ou fils.

Et je vis ainsi dans cette ville

Comme un étranger

qui ne parle pas

la langue de la société

(le ver dans la perle)

Je suis étranger à ma rue

Je me sens inconnu même des miroirs

De mes vieux amis, chez moi,

De ce que je regarde ou touche.

J'ai des fleurs sèches sur mon balcon

Et la pension comme objectif

Je lève le regard à chaque gare

Déjà certain de mon retard.


De la vie à la mort, c'est seulement l'histoire d'une grotesque absence

D'une soif d'air frais et neuf et d'une faim de vacances

Ainsi je cherche parfois autour qui du regard laisse transparaître

Sur le plomb gris de chaque jour la volonté de partir.


Nous sommes étrangers à cette ville

Nous sommes étrangers à cette terre

À cette infâme et dure guerre

À la lâcheté et à la torpeur

Prenons le large vers ailleurs

Où on n'ensevelit pas les songes

Où on n'avale pas de la haine

Et on arrive à détester ses propres besoins...

Ô mort, vieux capitaine

Levons l'ancre, allons-nous en

de cette vie morte

Enfer ou ciel, peu importe

Je partirai comme un étranger

Sans plus rien à espérer

Entre quatre planches et dix clous

Il y a cette odeur de mer...

Entre quatre planches et dix clous

Il y a cette odeur de mer... Ciao.


 

 

Photo G.L.

 

 



SANS CRUCIFIX, SANS RELIGION

Chanson française de Marco Valdo M.I. - 2008


Tout est parti d'un article paru dans Micro-Mega – Micro-Mega online – Stato laico e crocifissi de Michele Martelli. (http://temi.repubblica.it/micromega-online/stato-laico-e-crocifissi/) qui relatait un jugement du juge Alejandre Valentin Sastre de Valladolid en Espagne. C'était là un excellent article, très stimulant et par ailleurs, il avait l'avantage de remettre certaines pendules à l'heure. Alors pour qu'on en garde la mémoire, car une chanson est plus diffuse, moins événementielle qu'un article de presse, Marco Valdo M.I. en a fait une de ses canzones, qu'en bonne logique, il dédie au juge Sastre de Valladolid (Espagne).



 

 

Photo G.L.


 


Dans le Nord de l'Espagne, à Valladolid

le juge Alejandre Valentin Sastre, l'affaire est curieuse

A ordonné le retrait des crucifix

et autres babioles religieuses

de l'école publique.

La fin du monde pour les catholiques.

On cria à la trahison, on menaça de l'enfer

On déclencha la guerre

Contre le laïc, contre la Bête Noire.

Mais le Seigneur s'en foutait comme de son ciboire

Il n'envoya ni céleste foudre, ni tonnerre,

ni anges ailés, ni trompettes de guerre,

Ni séraphins armés, ni épées flamboyantes.

Le Seigneur comme Achille restait sous sa tente.

À déclencher la guerre sainte, la croisade,

À pousser des cris et des rodomontades,

Ce furent des prélats gros et gras,

De saints hommes de foi,

Tout de pourpre et de rouge vêtus

Par une troupe compacte défendus,

Christophobie, amnésie, destruction,

nécrose religieuse, infernale révolution

Tonnaient évêchés et Vatican,

Criaient curés et pratiquants.

L'Europe se meurt, l'Europe est morte

Et que le diable l'emporte.


Mais enfin, un instant,

L'Europe n'est pas le Vatican

Le crucifix, c'est pour les chrétiens

Pour eux seuls, pas pour les citoyens.

L'archevêque en a menti

pas besoin d'autorisation pour croire au Paradis

Pour s'extasier en Jésus-Christ

Croyez, priez, faites ce que vous voulez

La religion croît en liberté

On a le droit d'être catholique

D'enseigner la religion

De montrer ses saints en toutes les saisons

Mais en dehors des lieux publics

C'est pure logique.

Chacun dans son église et

Dieu lui-même sera bien gardé.


 

 

Photo G.L.


Benoît l'a rappelé ainsi : seul le Pape est infaillible

Affirment les conciles, mais pas la Bible

Et Ratzinger l'a bien dit : « L'Église n'est pas démocratique

Elle est hiérarchique ». C'est imposant, c'est magnifique

Dans l'Église, l'Europe à ses racines,

elles ne sont pas venues de Chine.

Elles sont chrétiennes, le Christ était Juif, n'est-ce pas ?

La racine des racines est juive, voyez-vous ça.

Moïse venait d'Égypte, les Juifs de Mésopotamie.

Alors, à Bagdad, au Moyen-Orient serait notre patrie ?


Mais au milieu de toutes vos historiques prétentions,

Que faites-vous de notre ancêtre Cro-Magnon ?

Qui aux temps de la préhistoire,

Sans crucifix, sans religion,

Sans en faire toute une histoire

vivait déjà dans nos régions.








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30 novembre 2008 7 30 /11 /novembre /2008 19:53

Et alors, Lucien mon ami, dit Marco Valdo M.I., comment cela va-t-il ? Est-ce que tu commences à t'habituer à ce que tous les soirs, la nuit tombe si près du jour ? Est-ce que tu retrouves tes forces et est-ce que tu peux à nouveau te balader vers le soir ?


Oui, oui, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, comme disait le savant Pangloss, dont le nom indique qu'il dût connaître toutes les langues. Ce qui doit être un peu exagéré. Moi qui ne parle, comme tu le sais mon bon Marco Valdo M.I., que l'âne et encore dans sa version locale et méditerranéenne et avec un accent bien particulier, j'ai vraiment l'impression que c'est bien excessif et un peu prétentieux de s'affubler de cette prétendue connaissance de toutes les langues. Chez nous les ânes, personnellement, je ne parle qu'une seule langue d'âne comme je viens de te le dire et je ne connais pas les autres. Je dis ça, mais en vérité, je n'en sais trop rien, car comme je n'ai jamais rencontré d'âne chinois ou amérindien ou même, australien, je suis bien incapable de savoir comment ils parlent l'âne. D'accord, s'il en va des ânes comme des âniers, ils devraient user d'un autre idiome que le mien.


Tu veux dire, mon ami Lucien, que tout comme le chien, le chat, le coq, le canard... l'âne braierais différemment en Grèce qu'en Bolivie, par exemple.


On doit le supposer, Marco Valdo M.I. mon ami, mais je ne l'ai jamais vérifié. Mais comme tu le vois, pour converser avec toi, je cause français... et comme disait, Léo Ferré, c'est un plaisir. Tu comprends, nous les ânes de langue française, on s'adapte. Même les mots difficiles, même tes phrases les plus alambiquées ne me rebutent pas.


Heureusement, vois-tu Lucien, sinon que ferions-nous ? Nous ne servirions à rien et toutes ces belles chansons resteraient lettres mortes. On n'existerait même pas. Il n'y a pas de honte à être cartésien, du moins jusqu'à un certain point. Par exemple, il faut aussi oser s'affirmer, affirmer clairement ce que l'on est. Moi par exemple, à l'exemple du perroquet Laverdure, je cause, je cause, c'est tout ce que je sais faire. Je n'en tire aucune gloire particulière, sauf le plaisir de causer avec toi. Et pour en revenir à Descartes, j'affirme hautement  et sans ambages : « Je cause, donc je suis ». À entendre le bruissement de Babel qu'il y a autour de nous, à voir les engins qu'ils ont inventés pour véhiculer la parole, à entendre dans quelle estime il la tienne, à voir comme ils se disputent pour tenir le crachoir, les pratiques masturbatoires du prêche, du discours, de l'allocution, à voir l'art oratoire qu'ils ont développé, tous les cailloux qu'ils se sont mis en bouche depuis la plus haute Antiquité, ce doit bien être le cas du reste de l'espèce. L'être humain est essentiellement un animal causant. Causer, c'est une des choses qu'il fait le plus quand il ne dort pas; et même à la réflexion, quand il dort. Là, il cause en rêvant, mais il cause. Des fois même, il cause tout haut... Oui, oui, Lucien, en dormant...


Je me demande, dit Lucien l'âne en se frottant le crâne contre le tronc du saule, un tronc bien rugueux, juste ce qu'il faut. Je me demande comment ça se passe pour ces moines qui font vœu de silence. À mon avis, ils causent quand même, mais en silence et tout seul ou alors, avec Dieu, le Saint-Esprit, la Vierge, les saints et les anges, ce qui doit revenir au même. Enfin, quand même, mon cher ami Marco Valdo M.I., tu conviendras que ça fait un énorme public, une fort belle compagnie, même si elle se révèle pour l'essentiel purement fantasmatique. Moi, par exemple, quand tu n'es pas là, je cause quand même avec toi. Oui, oui, ne rigole pas, je te cause et pas un peu, crois-moi. C'est plus plaisant d'avoir un interlocuteur.


Je te comprends très bien, mon cher Lucien, dit Marco Valdo M.I., et d'ailleurs, je t'avoue que je fais de même. Je cause avec toi, je t'ai voulu comme interlocuteur pour pas causer tout seul.


Mais enfin, Marco Valdo M.I., dit Lucien l'âne en secouant énergiquement son vaste crâne et ses splendides oreilles poilues, ne dis pas cela, si on nous entendait, on nous prendrait pour des fous et tu connais le sort qu'ils réservent aux fous, ceux qui croient qu'ils ne le sont pas. Ils peuvent être très cruels, très méchants et même, carrément assassins.


Je sais, Lucien, dit Marco Valdo M.I., je le sais d'autant mieux que c'est précisément de ce sujet que traitent les canzones de ce dimanche. Elles racontent des histoires de fous. Mais en ce qui concerne la folie, le dénommé Blaise Pascal, philosophe de son état, publia des pensées dans lesquelles, il inséra cette phrase - toute la pensée LXXXVIII que je te livre intégralement : « Les hommes sont si nécessairement fous, que ce doit être fou par un autre tour de folie que de ne pas être fou », que je cite généralement de mémoire et façon approximativement exacte en disant : « Mais quelle étrange folie que de n'être point fou ». Ce qui pourrait se résumer et s'interpréter en disant qu'en vérité, tous les humains sont fous et que ceux qui ne le sont pas le sont aussi, de façon étrange et paradoxale, certes, mais ils le sont.


En somme, dit l'âne Lucien, cela me paraît assez logique. Si la folie existe et il faut supposer qu'elle existe, sinon il n'y aurait pas de fous, donc, si la folie existe, c'est comme la température. On doit pouvoir en prendre la mesure. On est donc plus ou moins fou. D'ailleurs, ne dites-vous pas, vous les humains, plus on est fou, plus on rit, dit Lucien en éclatant d'un rire sardonique et en découvrant des mâchoires d'un joli rose.


Oh, Lucien mon ami, dit Marco Valdo M.I. tout réjoui, te voilà devenu philosophe, toi aussi. Pour ma part, j'ajouterais en donnant raison à Pascal – ce fou, en invoquant à présent les mânes de Protagoras, que tu as certainement bien connu ou dont tu as entendu causer, lequel disait : l'homme est la mesure de toutes choses et j'ajouterais : la folie (étant la mesure de l'homme) est la mesure de toutes choses.  Cela dit, sans vouloir te contredire, et en le faisant quand même, on n'est pas plus ou moins fou... Ce n'est pas cela qu'il faut envisager. On est fou différemment. C'est une question de nature de la folie que l'on professe, non de son intensité. En somme, il n'y a pas une folie universelle qui varierait en intensité (j'ajouterais seulement). Ce serait très réducteur, un peu comme font les économistes à propos de la vie humaine.  La folie, vois-tu, Lucien mon ami, est par essence et nature, polymorphe. Et donc, je te propose d'entendre ce qu'en disent deux des plus grands chantauteurs italiens, disons contemporains, pour simplifier les choses : Fabrizio De André et Francesco Guccini. Tous les deux ont intitulé une de leurs chansons Matto, ce qui signifie, comme tu le sais ou le devines à présent : Fou. Et maintenant, si tu n'as rien à ajouter, voici les deux canzones de fous du dimanche. Au demeurant, tu remarqueras que j'ai choisi pour leur titre en français de les différencier plus nettement en prenant pour la canzone de Guccini l'ancien et beau mot français de Fol.








UN FOU

Chanson italienne – Un Matto – Fabrizio De André

Version française – Un Fou – Marco Valdo M.I. – 2008


J'avais traduit l'autre jour, la « Storia d'un cane », l' « Histoire d'un Chien », d'Ivan Della Mea, qui m'avait remué dans les profondeurs.

Avec « Un Matto », « Un Fou », Fabrizio De André touche pareillement aux plus profonds du cœur et de l'humain qui vit en moi.

Parmi tous les rejetés, parmi tous ceux qui comme les braccianti de Carlo Levi qui disaient : « Noi, non siamo cristiani, siamo somari » (les paysans de Carlo Levi, les amis de Carlo Levi qui disaient : « Nous nous ne sommes pas des chrétiens (des hommes), nous sommes des bêtes de somme ») sont mis à l'écart de l'humaine nation, les handicapés physiques et/ou mentaux n'avaient même pas place parmi ces triangles qui couvrent encore de honte le Reich : on ne les envoyait pas dans les camps, ils étaient stérilisés de force ou on les tuait sur place, où qu'on les trouve ou alors, on les empoisonnait, on les laissait mourir ... de faim.

Et depuis, comme dit Fabrizio De André : leurs «os donnent encore de la vie :

ils donnent encore de l'herbe fleurie. »

L'idiot a sa grande dignité, il doit être défendu toujours et partout car c'est l'un d'entre nous, parmi les plus faibles d'entre nous. Il doit être protégé et porté par nous car il est le signe de la solidarité, hors de laquelle pas d'humanité.

Peut-être une façon d'interpréter le titre de l'album d'où est extraite cette chanson et qui est «  Dietro Ogni Scemo C'è Un Villaggio », « Derrière chaque idiot, il y a un village », est de bien voir que nous faisons tous partie de ce village global de notre planète.


Car aussi, frères humains, ce « matto », ce « pazzo », ce « fou », cet « idiot », ce « dingue », ç'aurait pu être toi. D'ailleurs, ce le sera peut-être demain : maladie, accident... Qui sait ?


Ainsi parlait Marco Valdo M.I.



Tu ressens un monde dans ton cœur,

Mais tu n'arrives pas à l'exprimer avec des mots,

la lumière du jour divise la place

entre un village qui rit et toi, l'idiot, qui passe,

et même la nuit te laisse seul :

les autres songent à eux et toi tu rêves d'eux.


Et si, même irais-tu chercher

des mots certains pour te faire écouter;

pour étonner une demi-heure, un livre d'histoire suffit,

je cherchai à apprendre la Treccani (1) par cœur,

et après porc, Maïakowski, mal foutu,

les autres continueront jusqu'à ce qu'ils me lisent idiot.

Et sans savoir à qui tu devais la vie

dans un asile, je te l'ai restituée;

ici, sur la colline, je dors difficilement

et cependant, il y a désormais de la clarté dans mes pensées,

Ici dans la pénombre j'invente des mots

Mais je regrette une lumière, la lumière du soleil.


Mes os donnent encore de la vie :

ils donnent encore de l'herbe fleurie.

Mais la vie est restée dans les voix en sourdine

de ceux qui ont perdu l'idiot et le pleurent sur la colline,

de ceux qui murmurent encore avec la même ironie

« Une mort pieuse l'arracha à la folie ».

( 1) Treccani : nom d'une encyclopédie italienne qui souffre encore d'avoir été créée et portée par le régime fasciste; au point que son fondateur, Treccani degli Alfieri, Giovanni. - Industriel et mécène (Montichiari 1877 - Milano 1961), sénateur del Regno en 1924 et fondateur, il 18 febbraio 1925, dell'Istituto Giovanni Treccani per la pubblicazione della Enciclopedia Italiana e del Dizionario Biografico degli Italiani, fut élevé à la « dignité » de Comte en 1937, in tempore suspecto. L'Enciclopedia Italiana di scienze, lettere ed arti est toujours présente et n'a pas pris la peine de changer de nom.







LE FOL


Chanson italienne – Il Matto – Francesco Guccini – 1996

Version française – Le Fol – Marco Valdo M.I. – 2008



Au moins deux chansons italiennes portent le titre de Matto : Un Matto de Fabrizio De André et Il Matto de Francesco Guccini.

Celle-ci tirée d'un album au titre resplendissant «D'amore, di morte e di altre sciocchezze » - « D'amour, de mort et de sottises » date de 1996. C'est l'histoire d'un fou (?) qui ressemble comme un frère au soldat Chveik (voir Canzones du dimanche : De Chveik à Macondo,18/8/08) simplement le « pazzo » de Francesco Guccini, son fol (pas si fol que ça d'ailleurs de prendre le malheur et la guerre par la dérision) a eu moins de chance... Sa vie s'arrêta là, face à l'ennemi. Comme le Piero de Fabrizio De André...


Ils m'appelaient le fol car je prenais la vie

de jongleur, de fol avec une joie infinie.

D'autre part, il vaut mieux, dans cette tragédie,

rire de soi, ne pas pleurer et la tourner à la comédie.


Quand ils m'ont appelé pour la guerre, je disais :

Bon, c'est l'appel, soldat !” et je riais, riais.

Ils m'ont inscrit et tondu, ils m'ont donné un fusil,

Une bouffe immonde, mais moi, joyeux, je riais à en mourir.


Je faisais des blagues, des bêtises, naturellement aux gars,

aux bistrots et aux putes, mais je n'épargnais pas les saints.

Et un jour, ils m'en ont fait, ils m'ont rendu la pareille

et ils ont ôté le chargeur de mon fusil.

Je me suis retrouvé face à l'ennemi et nous avons tiré,

Moi à vide, l'autre par contre m'a descendu.

Pourquoi ces yeux étonnés, pourquoi pendant que je tombais

par terre, avec la mort sur le dos, je riais, riais ?

À présent ici, je ne suis pas mal, maintenant je me console,

Mais il ne me semble pas normal de rire toujours seul,

de rire toujours tout seul !





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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 14:02

Oh lala, mon ami Lucien, comme tu es beau de profil sur ce fond blanc de neige, on dirait une statue équestre...


Ne te moque pas de moi, dit Lucien l'âne en serrant un peu les dents et en se racrapotant tout serré de froid, la neige, c'est très beau, vu de l'intérieur. Mais, Marco Valdo M.I., crois-moi, si tu dois passer ta journée avec les pieds nus dans la neige et ce vent qui te coule entre les jambes, tu apprécierais bien moins ce tribut à la beauté.


Allons, allons, Lucien mon ami, n'as-tu pas vu que de jeunes filles mettent comme toi leur ventre à l'air, tout ça pour être belles et crois-moi, elles sont moins poilues que toi...

et je t'assure qu'elles montrent ainsi leur boudine pour des raisons assez mystérieuses ...


Peut-être croient-elles que ça va convaincre les garçons ou d'autres filles, allez savoir, de s'intéresser à leur personne. C'est peut-être bien une sorte d'appât, dit Lucien l'âne en agitant son ventre avec une ostentation rythmée.


Tout-à-fait, Lucien mon cher ami, tu as bien perçu la chose. C'est un appât, un appeau consistant, une sorte de piège tendu... Il en est de pire, il en est de meilleur, il en est pour tous les goûts... Des musculeux et plats, des tendres, des gentiment grassouillets, des franchement bardés, des gélatineux et de toutes les couleurs... en fin presque; je n'en ai pas encore vu qui étaient peints ou teints en vert, en rose, en bleu, en lilas, en mauve, en gris, en jaune, en orange... pas encore vu de fluorescents...


Mais à mon avis, dit l'âne Lucien en riant des deux yeux, la chose ne saurait tarder et peut-être même qu'on pourrait y ajouter de ces petites lumières et tant qu'à faire, des clignotantes...


J'imagine assez bien... Arrivés là, on y mettrait bien du son... Avec les variations musicales que l'on connaît maintenant pour les sonneries des téléphones portables... Enfin, crois-moi, Lucien mon ami, on n'a pas encore tout vu...


Je le pense bien, mon cher Marco Valdo M.I., et j'ajouterai volontiers, je l'espère. Oui, franchement, j'espère voir encore des choses aussi futiles...


Futiles ?!... Là, Lucien, je crois bien que tu te trompes. Ce n'est nullement futile. Pourquoi crois-tu que la nature à pourvu certains oiseaux de plumages multicolores, des poissons de mille couleurs, a donné de si beaux pelages à certaines espèces, de si grands et beaux attributs à certains ... (Lucien, je t'en prie, je n'ai pas besoin de démonstration...) Pourquoi ? Si ce n'est pour assurer in fine la reproduction de l'espèce ? Et tu trouverais futile de se peindre la boudine en rouge ou d'y insérer un diamant dans le nombril... Bon, d'accord, je te l'accorde volontiers, il y a d'autres façons et jusqu'ici, l'affaire a fonctionné sans en passer par là, mais ce n'est pas une raison. Bien au contraire, ce serait même une raison pour le faire et une bonne raison. Je m'explique. La nouveauté, Lucien, la nouveauté ! Le changement, Lucien, le changement... Voilà bien le moteur de la boudine peinte et de la publicité. Car, vois-tu Lucien, la boudine à l'air, peinte ou non, est un signal. Il s'agit de de signaler, de se faire remarquer... Tout le monde ne peut pas se mettre des plumes...


Oui, dit l'âne Lucien, mais alors, tu peux aussi t'attendre à voir surgir des réclames sur les boudines ou sur le bas du dos... Jusqu'où la publicité n'irait pas se nicher...

Cependant, mon cher Marco Valdo M.I., si tu voulais me dire quelles sont les canzones de ce jour, car on est dimanche, il me plairait beaucoup de les entendre...


Je vois, mon ami Lucien, que tu es pressé et je le comprends ... Tu as froid à ta boudine. Alors voilà, je vais te faire connaître trois canzones, disons savoyardes.


Et pourquoi donc, mon cher Marco Valdo M.I., des canzones savoyardes ? Qu'est-ce que la Savoie vient faire ici ?


J'y viens, j'y viens. Et même immédiatement.

Il te souviendra, mon cher Lucien, que la maison régnante d'Italie, les rois d'Italie sont de création récente et antérieurement, ils étaient rois de Piémont et de Sardaigne, et plus avant encore, ducs de Savoie. C'est donc ainsi que les Savoies (avec s quand il y en a plusieurs comme pour les ânes – oh, excuse-moi Lucien, disons pour les chiens) ont donné quelques rois à l'Italie (quatre en tout : deux Victor-Emmanuels, deux Humberts. Particularité italienne : les Victor-Emmanuels se comptent à partir de deux. Le deuxième de ces rois d'Italie s'appelait Humbert 1 (Umberto I°)et pour nous, il va devenir un des protagonistes de nos trois canzones que dès lors, j'ai regroupées sous le vocable de canzones savoyardes. Il y a aura un rôle bref, mais décisif : il meurt. Brutalement. Assassiné par un jeune anarchiste qui n'avait pas trop apprécié que cet Humbert fasse massacrer de sang froid des centaines de personnes qui manifestaient à Milan pour avoir du pain. Ce jeune anarchiste était revenu spécialement d'Amérique pour accomplir son acte vengeur. Il s'appelait Gaetano Bresci, c'était un ouvrier tisserand.


Trois chansons qui racontent la même chose ? Ou alors, elles sont quand même différentes ?, dit l'âne Lucien.


Et bien, Lucien mon ami,, je vais répondre à ta question en te racontant leur histoire à ces chansons. J'avais traduit il y a déjà un certain temps, celle qui apparaît en premier, La Maison du Voleur et pour tout te dire, si je la trouvais fort bien faite et très intéressante, je n'en avais pas perçu toute la portée. Je veux dire la portée politique et historique. Par la suite, j'ai traduite la deuxième chanson, la Savoyarde et là, de fil en aiguille, je suis revenu sur la première. Quant à la troisième, je l'ai écrite; en fait, au départ, c'était uniquement mes notes et mes commentaires sur les deux premières; elle s'est révélée être la suite de l'histoire de l'assassin d'Humbert et elle-même une histoire d'assassinat, mais d'un assassinat qui n'ose pas s'avouer, d'un assassinat hypocrite, d'un assassinat sur commande, contre un homme sans défense et déjà condamné. L'hypocrisie, c'est que d'un côté, face au public, on l'avait gracié, on lui avait imposé une peine de prison et de travail forcé, de bagne quoi; de l'autre, on l'a fait suicider dans sa cellule. Selon certaines sources, le témoignage des prisonniers des cellules voisines, ce sont trois gardiens qui l'ont battu à mort, puis, pour la forme, ils l'ont pendu aux barreaux de sa cellule. C'était au début du vingtième siècle; c'étaient des méthodes crapuleuses qu'on retrouvera par la suite et pas seulement en Italie.





Gaetano Bresci





LA MAISON DU VOLEUR



Chanson italienne – La Casa del Ladro – Ascanio Celestini

Version française – La Maison du Voleur – Marco Valdo M.I. – 2008



Emmanuel Philibert de Savoie a récemment déclaré que “L'Italie est un pays prêt pour une monarchie constitutionnelle”. En considération de cette déclaration du prince, nous voulons dédier cette chanson à Gaetano Bresci, tisserand, anarchiste et tueur de roi.”

J'approuve, dit Lucien l'âne; j'approuve , dit Marco Valdo M.I.

Nous approuvons, disent-ils et même, nous souhaitons que toutes les monarchies ( et spécialement certaines de notre connaissance) s'autodétruisent avant que nous ayons à les détruire par la force des choses; elles et tous leurs suppôts..




J'entre en cachette comme un voleur dans la maison du voleur

Je regarde dans la maison du voleur: tout a été volé

Jusqu'à l'air que maintenant je respire avec le souffle court

est le fruit d'un vol.


Quand un voleur trouve un voleur dans la maison, il n'est pas du tout content

Et de ce fait, ce voleur me voit et me dit: "Ne bouge pas”.

Il me dit : “Regarde-moi bien, moi, je ne suis pas seulement un voleur.

Je suis le patron.”

L'œil droit ne sait pas ce que regarde le gauche.

La bouche tait la mémoire de ce qu'il a vu

Que je me déplace maintenant, avant que ce soit le matin

Personne n'espionne mon pas sous le ciel turquoise.


Mais je dis de faire sonner une sonnette devant un serpent.
Je dis que même le serpent, même celui-là, change d'avis

et comprend que cracher toute la vie

n'a servi à à rien.


Mais le patron est une chose différente, c'est une étrange serpent.

Le patron est une chose différente, c'est une bête curieuse.

Lui, il commence en suçant le lait depuis qu'il est enfant

Et ensuite, il suce toute chose.

Son œil droit ne sait pas ce que regarde le gauche.

Sa bouche tait la mémoire de ce qu'il a vu

Que je me déplace maintenant, avant que ce soit le matin

Personne n'espionne mon pas sous le ciel turquoise.

Et de fait, à la fin, le patron est une espèce de voleur

Sauf que quand il vole, le patron, il n'y a pas de délit

Et même quand il est arrêté, son alibi prévaut

Car lui, c'est la loi.


J'entre ainsi en cachette comme un voleur dans la maison du voleur

Et ce voleur me dit qu'il n'est pas seulement un voleur

Mais je ne suis pas non plus un voleur, dis-je et je m'approche de lui

Moi, je suis un assassin.







LA SAVOYARDE


Chanson italienne – La Savoiarda – DDT

Version française – La Savoyarde – Marco Valdo M.I. – 2008



Gaetano Bresci naît le 10 novembre 1869 à Coiano di Prato en Toscane dans une famille paysanne. Il rentre très jeune dans l’industrie textile en travaillant dans une filature. Il commence alors à fréquenter les milieux anarchistes de Prato. Il est une première fois condamné à 15 jours de prison pour « outrage et refus d'obéissance à la force publique » ce qui lui vaudra d’être fiché comme anarchiste dangereux et d’être réincarcéré en 1895 sur l’île de Lampedusa suite aux lois Crispi. Amnistié fin 1896, il n’arrive pas à retrouver du travail et décide d’émigrer aux États-Unis.

Arrivé à New York le 29 janvier 1898, il se rend à Paterson dans le New Jersey, où il travaille dans l’industrie textile. Là, il retrouve une forte communauté anarchiste parmi les milieux d'immigrants.

En 1898, face aux émeutes contre la hausse des prix, le général Bava Beccaris fait tirer au canon sur la foule à Milan (plus d'une centaine de morts et de mille blessés – un vrai carnage) et ensuite, le Boucher engage une sanglante répression. Bava Beccaris est ensuite décoré par le roi d’Italie Humbert 1er. Gaetano Bresci décide de venger les émeutiers et les victimes de cette répression en tuant le roi.

Il retourne donc en Italie et le 29 juillet 1900, lors d’une visite d'Humbert 1er à sa villa de Monza, il l’abat de trois coups de revolver.

Il est arrêté et jugé le 29 août à Milan. Défendu par l’avocat Francesco Saverio Merlino, il est condamné aux travaux forcés au pénitencier de Santo Stefano. On le retrouvera pendu dans sa cellule le 22 mai 1901, vraisemblablement assassiné. (tiré de l'article sur Wikipedia)



C'est en traduisant cette chanson et pour y apporter – au départ – un commentaire que j'ai - chemin faisant – écrit la canzone « Gaetano, gracié et pendu ». Elle raconte l'histoire, la fin de Gaetano Bresci; en somme, elle est la suite de celle-ci.

Ainsi parlait Marco Valdo M.I.




À la fin du siècle

Un roi avait décoré

un général, un lâche

qui avait tiré

au canon sur la foule

qui réclamait seulement du pain.

Autres victimes oubliées

de l'Italie libérale.


Il y avait un homme qui n'avait

pas pu les oublier ces morts.

Cet ignoble massacre

ne pouvait rester impuni.

Il s'était alors embarqué

Pour revenir en Europe.

Dans sa poche, un pistolet,

Rage et haine au cœur.

Quelle belle journée de soleil.

Dans les jardins de la villa royale,

Un carrosse pour le roi,

Une cour pour les couillons.


Foule qui applaudit, foule qui rit.

Soudain, un bras se lève

Six coups droit au cœur

Hop, un Savoie au créateur.

Il tire... Gaetano tire...

Umberto expire.

Gaetano tire...

Il tire... Il expire.






Gaetano tire ... Il tire... Il expire





GAETANO, GRACIÉ ET PENDU.




Quand on vous disait qu'on était en guerre, dans cette guerre que les riches et les puissants font aux pauvres depuis cent mille ans.
Cette chanson est faite à la mémoire de tous ceux qui furent suicidés dans les prisons (et ailleurs aussi) sous les régimes les plus divers, dans les prisons des princes ou des États - certains même sont dits démocratiques. Appelons çà la déraison d'État.


C'est fou comme on meurt en prison.
Celui qui au grand jamais
ni pour rien au monde ne se suiciderait,
subitement, se suicide en prison.
Gaetano... Gaetano Bresci
Qui tua un roi d'Italie
Pourtant, les Savoies t'avaient gracié.
Pour la vie, on t'avait accordé
Un cadeau royal, un gâteau de Savoie
La prison à perpétuité et les travaux forcés..
On est généreux chez les puissants et les rois,
d'un geste, le nouveau souverain graciait ;
de l'autre main... les sbires t'exécutaient.
Pas d'enquête, plus de dossier, pas d'explication
Dans sa cellule Gaetano gracié pendait.
C'est fou ce qu'on meurt en prison

Gaetano... Gaetano Bresci
Qui tua un roi d'Italie
Gracié, pour la forme
Gracié, battu à mort et pendu
Pour la bonne forme
aux barreaux de sa cellule suspendu.
Méfiez-vous des grâces et des cadeaux
D'un gâteau de Savoie, d'un royal cadeau.
Il est utile de savoir, bonnes gens
En prison, souvent
On meurt suicidé,
contre son gré.
Comme Gaetano Bresci
Qui tua un roi d'Italie
Gracié, battu à mort et pendu
aux barreaux de sa cellule fut pendu.
Suicidé,
contre son gré.
C'est fou ce qu'on meurt en prison.
Celui qui au grand jamais
ni pour rien au monde ne se suiciderait,
subitement, se suicide en prison.

Gaetano... Gaetano Bresci,
Qui tua un roi d'Italie
Cent ans après, plus de cent ans après,
Pas d'enquête, plus de dossier, pas d'explication
Dans sa cellule Gaetano gracié pendait.
C'est fou ce qu'on meurt en prison
Gracié, pour la forme
Gracié, battu à mort et pendu
Pour la bonne forme
aux barreaux de la cellule suspendu.
Suicidé,
contre son gré.
C'est fou ce qu'on meurt en prison.
Celui qui au grand jamais
ni pour rien au monde ne se suiciderait,
subitement, se suicide en prison.



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16 novembre 2008 7 16 /11 /novembre /2008 23:48

Mais qu'est-ce qu'il se passe ?, dit Mârco Valdo M.I.. On dirait que je n'arrive plus à tenir le coup... Il fait noir trop tôt, ce doit être ça. Et toi, Lucien mon ami aux longues oreilles luisantes comme la mer un soir de pleine lune.


Je crois bien qu'il y a de çà. Je te vois qui traîne la jambe comme si tu étais atteint de rhumatismes, alors – et je le sais – que tu n'as rien de ce genre, dit l'âne Lucien en souriant. Mais crois-moi, je te comprends fort bien. C'est une drôle de saison, un étrange moment de l'année. C'est le moment où il faudrait dormir presque tout le temps et dans le monde, tout le monde s'agite. Et plus on va s'approcher du solstice, plus ils vont devenir frénétiques. C'est comme çà tous les ans.


Ce doit être ce fichu solstice, tu as raison, dit Mârco Valdo M.I.. Il est responsable de bien des choses. La première, c'est qu'à cause de lui ou à partir de lui, on a placé là la fin de l'année et bien entendu, le début de l'autre. En soi, çà n'aurait aucune importance, s'il n'y avait pas ces folies comptables. Tout le malheur vient de là. À partir du moment où l'homme s'est pris la tête à vouloir compter, le monde est devenu fou. Je te jure qu'ils comptent tout, absolument tout, même les poux sur la tête d'un éléphant. Enfin, j'en sais rien, mais c'est façon de dire les choses. Mais c'est vraiment une manie, une idée fixe, une sorte de folie collective: compter. Moi, çà m'ennuie à un point tel que j'en arrive – moi qui suis d'un naturel si tranquille – à m'énerver, simplement à cause de cette manie de compter. C'est elle, vois-tu, mon ami Lucien, qui fait que l'homme est encaserné dans des délais, esclave de mille contraintes qui sont très horripilantes. Par exemple, le calendrier, rien de plus horrible que de se sentir enfermé dans une routine temporelle, de ne pas pouvoir prendre son temps car ils te l'ont déjà réquisitionné, déjà volé. Bien sûr, il y a des scrupuleux, en Gaule hyperboréenne, ils disent des totains, qui découpent leur vie (à la limite, on s'en fout, c'est leur vie...) et celles des autres (et là, çà ne va plus...) en rondelles... Sans s'apercevoir les malheureux que c'est là la cause de leur malêtre... Car en découpant le temps qui n'est autre qu'eux-mêmes – vois-tu Lucien, je crois même que toi tu l'as perçu avant moi, le temps n'est pas de l'argent; le temps, c'est l'être lui-même, c'est une dimension de l'être, de ton être propre, c'est une partie de toi-même... Alors découper ton temps, revient à te découper toi-même en morceaux. Marcher au rythme du calendrier, au rythme quotidien : les heures, au rythme hebdomadaire, au rythme mensuel, puis annuel... C'est comme si tu marchais toujours au pas de l'oie avec un appareil qui réglerait la cadence. Une véritable horreur...


Comme je te comprends, mon ami Mârco Valdo M.I., dit l'âne Lucien, et comme je n'aimerais pas être pris dans de telles contraintes; j'étoufferais. Être à l'heure, je ne connais rien de plus ennuyeux que cette idée. Bien sûr, être là au moment convenu, là, c'est autre chose. D'ailleurs, regarde, à propos de solstice, comment se comporte la nature. Elle, elle prend son temps, elle s'acclimate de ses propres saisons, elle allonge ou raccourcit ses nuits ou ses jours, elle se repose ou elle s'active selon son temps et pas un temps imposé. Par exemple, tous les jours ne sont pas pareils. Aucun à vrai dire. Elle s'en accommode. Moi aussi, mais je suis un âne.


Autre chose, mon bon Lucien, autre chose qui pour les ânes semble évidente, mais qui pour bien des hommes n'apparaît pas clairement. Quand ils mettent quelqu'un en prison,et bien, tout simplement, ils lui prennent son temps. Évidemment, plus encore quand ils le tuent tout simplement. En prison, certes, on perd sa liberté de mouvement, mais ce n'est pas suffisant, ils s'arrangent pour faire perdre également son temps au prisonnier et lui substituer le temps cassé, standardisé, maltraité, rompu inventé par un délirant sadique qui est le temps de la prison.... Heures de lever, d'inspection, de coucher, de promenade, de repas.... Tout est régulé, tout est mis en règles. Moi, par exemple, j'ai toujours rêvé de pouvoir disposer de mon temps et de couler comme une eau qui descend une pente vers ma propre fin en suivant les moindres reliefs. Se laisser aller au fil du temps... Loin du temps mécanisé, du temps électronique, du décompte, du compte... Vivre enfin... tout simplement vivre. D'ailleurs, pour en venir à la canzone que tu attends, et même aux canzones, car il y en a deux... Je pourrais en mettre cinquante, mais çà prendrait trop de place. Donc, il y en aura deux et en plus, en prime, en quelque sorte, un récit.


Fort bien, fort, bien dit Lucien en faisant une petite pirouette circulaire et sautillante, afin de marquer sa joie. Et qu'ont-elles en commun ces chansons avec ce récit ?


Tous les trois tournent autour du thème de la prison, de l'enfermement,de la torture, question qui concerne bien évidemment et tu t'en doutes, l'histoire que nous avons en cours des « Achtung Banditen ! » et notre ami Marco Camenisch que les prisons suisses gardent sous clés encore à l'heure actuelle. Je commence avec une canzone, dont je ne me souviens pas trop si je te l'ai déjà fait connaître, c'est un texte exceptionnel car c'est La Ballade pour une prisonnière de l'écrivain Erri De Luca, un superbe écrivain italien contemporain, un écrivain poète, de surcroît Je commencerai par cette canzone. La voici...





B
allade pour une prisonnière

Texte d'Erri De Luca – Ballata per una prigioniera

version française : Ballade pour une prisonnière – Marco Valdo M.I. – 2008

La scène est sobre : fond noir et, au milieu sur l'estrade, une table de bois avec quatre chaises. Au dessus de la table, une lampe, qui selon qu'elle est allumée ou éteinte, dira ensuite l'auteur, représentent les passages entre les différentes stances où s'articule la très belle et très sensible chanson qui va être présentée. Une chanson avec un titre suspendu entre Cervantès et Balestrini, Donquichotte et les invisibles.

Trois personnes sur la scène, un habile clarinettiste, un chanteur ferroviaire et un écrivain, qui ensuite serrait le principal auteur du tout. Trois personnes, quatre sièges, car la dernière chaise, celle qui est restée vide est un appel de coresponsabilité pour ceux qui entendent encore vivre des moments plus ou moins longs de leur propre vie comme réponse à une série de questions, cette génération capturée...


Et alors, les Donquichottes peuvent être les Valsusains en lutte, les migrants incarcérés dans les lagers appelés par euphémisme « centres de permanence temporaire », mais aussi le poète bosniaque Izet Sarajlic, citoyen d'entre les citoyens d'une ville martyrisée par des bombes humanitaires, et Nazim Hikmet, dont les vers servent de prologue au voyage en forme de chanson, parti à la recherche de Dulcinée, passé par guerres et morts pour s'arrêter, à la fin, parmi les invisibles.

Les invisibles, décrits d'abord à travers leurs pieds entravés ( « ils sont la part la plus prisonnière d'un corps incarcéré. Et celui qui sort après des années doit apprendre à nouveau à marcher en ligne droite ») et puis, à travers la dédicace à une amie chère, sur la feuille de laquelle il est écrit : fin de peine, jamais. Une dédicace, qui au début allait trop souvent à la ligne, où pour l'occasion ont été ajoutés trois accords d'accompagnement.

Federico Marini, dalla mailing list "Brigatalolli".



Information complémentaire ajoutée par Marco Valdo M.I.: la version belge des « centres de permanence temporaire »,

« On les appelle Centres Fermés mais il serait plus juste de les nommer centres d’incarcération ou prisons. Ce sont des zones de non-droit, des espaces clos, clôturés par des hauts murs et des barbelés. C’est dans ces « centres » que l’on enferme les candidats réfugiés auxquels l'État belge refuse un titre de séjour. Ces personnes devenues « sans papiers » seront expulsées, de gré ou de force par la police fédérale qui saura « calmer » les plus combatifs, quitte à assassiner des Sémiras au nom de la sûreté de l’État. »





Deux pensées de Marco Valdo M.I. en forme de clins d'œil pour la « prisonnière », tous les prisonniers politiques :

« À la chasse aux sorcières, je prends toujours le parti des sorcières »

« Ô mânes d'Orwell... Nous vivons dans la ferme des animaux et les cochons sont au pouvoir. » (Marco Valdo M.I.)

et une de Charles De Gaulle (1940) : « Nous avons perdu une bataille, mais nous n'avons pas perdu la guerre... Mais le dernier mot est-il dit ? L'espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !  »

et Marco Valdo M.I. ajoute pour tous les camarades : à méditer.





Il était dangereux

de lui laisser les mains libres

sans fers enfilés autour des poignets

quand elle revit de l'espace, des arbres, des routes,

au cimetière où

on portait son père.

Dix ans déjà écoulés,

Mais les compter ne sert à rien,

la perpétuité ne finit jamais,

Plus tu vis, plus tu y restes.

Il était dangereux

de lui permettre des embrassades,

et le règlement

exclut tout contact.

Il était dangereux

ce deuil des parents

devant le père mort

Ils pouvaient tenter

qui sait de la libérer

la fille rigidifiée,

seulement pour compenser

la mort par la vie.


Spectacle manqué

La guerrière en sanglots,

mais qui est lié aux poignets

ne peut laisser couler ses yeux.

Pour se faire jour, larmes et sourires,

doivent avoir un peu d'intimité

car ils sont sauvages, ils ne peuvent

naître en état de captivité.

On n'a plus été ensemble, vrai, papa ?
D'abord la lutte, les années clandestines,

même pas une téléphonade à Noël,

puis la prison spéciale, ton visage,

revu derrière la vitre séparative,

d'abord intimidé, puis effrayé

et avec un haussement d'épaules

tu disais : “murs, vitres, barreaux, gardes,

n'arrivent pas à nous séparer,

je suis de ton côté

même si je ne peux pas te toucher,

au contraire, regarde ce que je fais,

je mets les mains en poches”.

Sois patient, papa, même cette fois-ci

je ne peux pas te caresser

entre mes gardiens et mes fers.

Cependant merci: de m'avoir fait sortir

ce matin, d'une paire d'heures

de peine à passer à l'air libre”.


Maintenant tu peux la rencontrer

le soir quand elle rentre

à la via Bartolo Longo,

prison di Rebibbia,

domicile des vaincus

d'une guerre finie,

résidence perpétuelle

des défaits à vie.

Traverse la rue, ne te retourne pas,

Camarade Lune, vieille prisonnière

qui s'accroche aux barres de la nuit.



Quelle belle histoire, quelle belle ballade et quelle tristesse, quelle mélancolie, quel bleu à l'âme, elle m'a fait, dit Lucien l'âne. On sent la douleur palpable du père, de la fille, cette douleur infinie, cette torture parfaitement inutile, infligée à une adversaire du système, piégée à vie dans cette guerre de cent mille ans des riches et des puissants contre les pauvres. Un courage, une volonté contre des milliers d'armes, des forteresses, des fusils, des bombes, des avions... Les pauvres n'ont pas de chars d'assaut, de gilets pare-balles, de mitraillettes, de camions, de chars... Oui, elle est belle cette chanson d'Erri De Luca. Tu disais, qu'il y en avait une autre ...


Oui, je l'ai dit et c'est exact. Celle que je vais te présenter maintenant, mon ami Lucien, est tout-à-fait particulière, elle aussi. Elle a été écrite en prison, par un prisonnier à propos d'un autre prisonnier qui faisait une grève de la faim pour pouvoir voir son fils. Père- fille, dans la ballade de la prisonnière et père-fils, dans ce jardin inculte. La même volonté du pouvoir écrasant de tuer jusqu'aux liens de vie que le prisonnier pourrait avoir encore. Note que c'est logique, je veux dire que c'est dans la logique du système qui lutte de toutes ses forces – et elles sont grandes , brutales, répressives, méchantes et stupides – contre ceux qui par leur existence-même le mettent en cause.


Tout système est par nature totalitaire, dit l'âne Lucien. Il ne peut tolérer la moindre faille, la moindre mise en cause de son fondement. Tout qui va le mettre en cause, va immanquablement, un jour ou l'autre, connaître le poids – d'aucuns diraient le prix de son audace – même simplement, verbale ou intellectuelle. Souviens-toi, Mârco Valdo M.I., de ce qu'ils ont fait au temps de Pierre Valdo.



JARDIN INCULTE


Chanson italienne – Giardino incolto – Sabino Mongelli – Les Anarchistes – 2006

Version française – Jardin inculte – Marco Valdo M.I. – 2008


« Nous sommes restés trois jours dans la prison de Volterra – le fameux Maschio di Volterra – pour enregistre avec les acteurs détenus de la Compagnie de la Forteresse d'Armando Punzo les parties récitatives et chorales de Muss es sein ? Es muss sein ! - cri de liberté de Léo Ferré [...] Sabino Mongelli est un des leurs. Il a chanté avec nous cette chanson qu'il a écrite qausnun de ses camarades faisait la grève de la faim pour pouvoir voir son fils. C'est un texte qui raconte la privation à laquelle la prison soumet. »

(Marco Rovelli)



En traduisant cette chanson, je pensais à Marco Camenisch, militant écologiste radical et anarchiste, qui lui aussi fit, comme tant d'autres, des grèves de la faim dans les prisons italiennes pour améliorer les conditions de détention dans les quartiers de haute sécurité avant d'expérimenter les prisons suisses, où on le détient encore... Il existe un livre qui relate cette longue incarcération et le combat quotidien qu'elle suppose pour y survivre; il est en langue italienne et il s'intitule "Achtung Banditen !" (éditeur Nautilus) - auteur Piero Tognoli. On peut en trouver des extraits en langue française sur le blog http://marcovaldo.over-blog.com/

( Marco Valdo M.I.)



À présent c'est un jardin inculte

Sans ses couleurs habituelles

Une photo mangée par le temps

Un arbre dépouillé par le vent

Un soleil après le crépuscule

Un feu après qu'il ait été éteint

Et moi je suis ici à attendre

Que ta voix vienne à résonner



Nous fûmes pris par enchantement

Et par contre, tu es renfermé dans un tourment

Comme une pierre hors du temps

Tu es muet sans une plainte

Recroquevillé dans ton lit

avec un poing serré dans la poitrine

Vivre Sentir Construire

Survivre Créer Vivre



Tu as abandonné tes mots

Tous tes livres et tous tes mots

Tous ceux que tu avais écrit

En les adressant à qui sait qui

Abandonnés au-delà du monde

Abandonnés à une pensée.



Dans le noir le plus profond et le plus obscur

Se trouvent tes souvenirs et tes pensées

Les détails les plus quotidiens

Les contours de ta personne

et moi qui suis ici à attendre

que vienne à résonner ta pensée



Dans le vert de ces collines

Dans le jardin qui t'entoure

Quand notre chanson

Cessera d'être un rêve

Quand ce rêve sera

La force d'un nouveau retour.



Quant au texte à propos de Marco Camenisch, c'est la suite de notre feuilleton Achtung Banditen. Il commence par un article que Marco a adressé au début de 1998 à un journal suisse et se poursuit par une série de lettres de Marco Camenisch et l'un ou l'autre commentaire de Piero Tognoli, dont le dernier se rapproche assez bien, disons raconte une histoire parallèle à celle de Fra Dolcino ou des Vaudois. L'Inquisition a frappé beaucoup de monde. Sais-tu que ce massacreur de Charles Boromée, massacreur et pilleur, gangster de première, suppôt du pape et inquisiteur, a été fait saint. J'attire aussi ton attention sur la proposition de faire de Joseph Ratzinger, uno santo subito, lui aussi. En effet, si Pie 12, alias Pacelli est proposé à la sanctification, il n'y aurait rien qui empêcherait qu'on la propose pour B.16 et pourquoi pas tout de suite (Benoît XVI, santo subito !), tant qu'il est encore frais.



Pourquoi pas, dit l'âne. Nous, on s'en fout. On trouverait même la chose assez drôle. Et maintenant, laisse-moi découvrir ce que dit Marco Camenisch.




Centro Valle, 11 janvier 1998.


JOURNALISTES OU FOLLICULAIRES ?


Mesdames ? Messieurs,

Avant tout, je vous souhaite de bonnes fêtes et une bonne nouvelle année sous le signe et pour le progrès de la vérité, de la liberté, et de la justice sociale, et par conséquent, de la paix.

Je saisis l’occasion pour vous remercier de la publication, il y a un an, d’un manifeste solidaire de ma personne et de ma lutte dans les prisons contre les illégalités et les injustices qui y sont perpétrées et en outre, pour vos dire certaines choses relatives à l’articulet du 31 août 1997 sur mes mésaventures et ma personne, intitulé « Accostamenti… » (Rapprochements…), où vous avez réussi au d-delà du possible à concentrer une série de mensonges implicites et explicites, de diffamations et de provocations contre le soussigné et plus encore contre la résistance historique et actuelle face à l’exploitation et la destruction de l’environnement et la vie sur notre planète.

Le chef d’œuvre dans ce chef d’œuvre de désinformation et de propagande plus ou moins subliminale, est sans aucun doute le sous-entendu, l’allusion contenue dans le titre et ses points de suspension où l’on veut ironiser et ridiculiser, pour exorciser le contenu subversif de la vérité, le rapprochement de ma petitesse avec un personnage comme le Che. Je suis d’accord que le rapprochement est impropre et d’autant moins audacieux que le soussigné n’est pas digne même de porter un verre d’eau à un personnage comme le Che… C’est un fait difficilement niable qu’un tel rapprochement est moins impropre et moins audacieux que celui , celé de façon générale et aussi dans votre article, du rapprochement du Che avec le consommisme et la publicité, pour des marchandises produites dans le soi-disant « tiers-monde » en exploitant malhonnêtement, entre autres, une main d’œuvre au salaire de famine, particulièrement la main d’œuvre forcée et mineure. Triple complicité dans le détournement : du cadavre du Che ; de la lutte qu’il représente, qui est exactement aussi la lutte contre ce qui – dans la publicité ou ailleurs – abuse de lui ; du soussigné, dont la lutte a sûrement et légitimement plus en commun avec celle du Che que vous ou ceux qui sont avec vous, même si vous vous évertuez à mentir. Dans sa lutte, le Che n’a rien sûrement rien de commun avec vous, fidèles folliculaires, et avec tous ceux qui sont avec vous, l'État policier planétaire, votre économie, votre politique et votre répression.

« Rocambolesque », une fuite au cours de laquelle serait mort « un » gardien ? A propos de « rapprochements » …

« Ecoterroriste », en effet. Je suis le premier responsable de l’effet de serre, de la débâcle et des catastrophes hydrogéologiques, environnementales et sociales au-dessus de nos têtes, de la cimentification et de la destruction sauvage du monde. Comme le peuple kurde, le zapatiste, celui de l’île de Bougainville et tous les gens et les peuples qui s’opposent à leur propre destruction et à celle de leur environnement vital contre vos intérêts messieurs-mesdames et de vos maîtres. Cependant, vu que la moindre résistance authentique et radicale à vos intérêts et vos privilèges est désormais du « terrorisme », très bien ! Alors être appelé « terroriste » par vous est le plus grand honneur qu’on puisse me faire. Le soussigné ne « risque » pas l’extradition, mais elle est bureaucratiquement certaine puisqu’elle est concédée par l’Etat italien à l’Etat suisse.

Il est tout à fait vrai, par contre, que le soussigné a été condamné pour les morts de (enfin une…) d’un gardien de prison et d’un douanier suisses. Officiellement ! selon les services de l’Etat helvétique dans leur incritiquable et très objectif compte rendu annuel sur l’extrémisme en Suisse et selon vous et les autres plumitifs du régime.

Pour qui, comme vous et comme ceux de l'État de Droit, de la séparation des pouvoirs, de la démocratie et d’une justice authentique s’en fout complètement, à moins qu’ils ne servent pour défendre et légitimer et affirmer hypocritement leurs propres privilèges et leur propre pouvoir, c’est là un détail insignifiant le fait que jusqu’à présent, aucun tribunal de la fameuse « loi est égale pour tous » n’a daigné jusqu’à présent me juger et me condamner pour ces accusations. Mais c’est un détail négligeable.

Comme vous et ceux qui comme vous êtes certainement satisfaits de votre opportunisme réactionnaire, avez une satisfaction entière de votre réel pouvoir de condamnation, de justice, d’exploitation et de destruction dans le cadre de votre système de pouvoir de classe inquisitorial et arbitraire dont les tribunaux, avec leur complaisance et leur acharnement sur mon cas, seront les serviles appendices. Honneur aussi à votre omniscience, si vous réussissez sans ambages à affirmer que j’aurais été reconnu par un douanier abattu dans cet affrontement, on peut le supposer, d’un homme armé contre un autre homme armé. Si vous parlez même avec les morts, alors les voies de vos Seigneurs et de vos Dames sont vraiment infinies. A propos des serviteurs armés de votre régime morts : il me répugne qu’à chacune de leur mort, ces serviteurs tombés soient ultérieurement instrumentalisés, avec pillage et abus, pour réaffirmer par des mythes cyniques et des mensonges dénigrants la « monstruosité » et l’impossibilité de toute résistance réelle et de tout monde différent du vôtre, avec l’unique fin de la légitimation et de l’affirmation du monopole de votre violence contre toute contreviolence et toute autodéfense du bas contre vos délires d’omnipotence et de destruction du haut. Le premier pas vers la liberté, la justice sociale, la dignité, et par cela vers la paix authentique, adviendra exactement quand toute mort, tout deuil, toute vie, toute douleur et toute joie auront exactement le même respect, la même pitié, la même valeur, la même considération et la même dignité.

Salutations distinguées sans rancœur.


Marco Camenisch


Je suis depuis un mois à la tête de « Centro Valle » qui, je vous l’assure, n’est pas formé de plumitifs du régime. En relisant l’articulet rédigé par un ex-collaborateur, je n’y ai pas trouvé, cependant, d’attaques directes contre votre personne. J’ai néanmoins décidé de publier l’écrit d’un subversif invétéré comme vous en adéquation ave l’orientation du journal qui est d’assurer une place adéquate aux interventions de ses propres lecteurs.

(Elisabeth Del Curto)


Novara, 6 janvier 1998

...


J’ai été surpris de la publication de ma lettre dans « Centro Valle », positivement même, je dois le dire. ....


Novara, 5 février 1998


Il sera dur d’obtenir des visites d’autres personnes. On peut toujours rêver que ces porte-codes et farouches serviteurs de l'État policier, ici à Novara, me concèdent d’autres visites vu les comptes en suspens qu’ils ont avec moi. Le fait que je rompe le masque de silence contre leurs illégalités et leurs pratiques perverses les énerve. Ils voudraient déjà supprimer les visites de Manuela et ils ne les renouvellent pas pour Isa.

J’espère que maman pourra se reprendre et guérir après l’accident domestique qui a provoqué la fracture de son bras. Je lui souhaite de guérir au plus vite même si, il est certain que je ne pourrai la revoir durant plusieurs mois.

Mes amis et mes compagnons, par contre, je pense les revoir si et quand ils faibliront. Maintenant ou plus tard, si je survis – ce qui est probable, ils le devront.


Novara peut attendre. Aucune permission de visites. Aucun accompagnement pour Annaberta et Renato.

Un malheureux fil électrique en embuscade dans la pièce lui a fait un croche-pied et Annaberta s’est retrouvée à l’hôpital avec des fractures multiples au bras droit. Renato tout seul ne se sent pas prêt à affronter le tourment du voyage et qui sait pour combien de temps le train partira sans nous.



Novara, 8 mai 1998


J’ai écrit une longue intervention sur l’écoterrorisme comme contribution au débat qui s’est tenu à La Spezia le 25 avril dernier.

Ce fait me remet en mémoire que durant le Second Massacre Mondial, quand l’Europe était sous le joug des nazis et de leurs dignes alliés, les actions de la résistance étaient cataloguées comme « banditisme ». Le terme « terrorisme », utilisé aujourd’hui, n’était pas encore à la mode et il existait encore une nette séparation entre l’identité de la population soumise et les intérêts des dominants du moment.

Si, en consultant un quelconque dictionnaire au mot terrorisme, nous lisons … : qui sème une terreur indiscriminée dans la population et que nous pensons à Tchernobyl et à toutes les catastrophes écologiques de la Planète, aux guerres, aux victimes civiles et aux bombardements… peut-être comprendrons-nous qui sont aujourd’hui les vrais terroristes.




Novara, 12 juin 1998


Presque une demi-année sans voir maman et Renato, cela correspond à environ un quarantième de ma peine d’emprisonnement. Et s’il n’y avait l’écoulement du temps et mon usure, ce serait à en rire tellement c’est peu. Une demi-année me paraît un clin d’yeux. Plus ou moins encore la moitié de quarante battements d’yeux et j’aurai épuisé ma peine ; s’il n’y avait les nuages radioactifs, la désertification, etc., qui véritablement « ne sont pas préoccupants », je n’aurais aucun doute de battre les cils 40 fois, sans problème.

Ici aussi, les idées sont polluées par l’information de la société du spectacle et de la communication aliénée dans les ruines de ce « monde » trop canalisé. Mais il faut que pour s’éclaircir les idées, la prison est étroite entre ces quatre murs ; mais la prison de la société est aussi une forte barrière. La prison est la coercition de vivre ensemble coude à coude avec des personnes très différentes et de vivre de manière confuse des relations plus ou moins affines. Mais avec l’étroitesse antinaturelle dans les cellules communes, même les affinités n’arrivent pas à empêcher qu’après peu de temps, ces êtres privés de l’espace « naturel » suffisant se fassent un tas d’ennuis réciproques. Vice-versa, vu la condition existentielle extrême, forcément, avec le temps, les personnes sont privées dans leurs relations de tout masque caractériel, idéologique, etc. et les subterfuges dans la convivance, dans l’autodéfense collective et dans les efforts pour changer les conditions de vie ne sont pas facilement applicables.


Novara, 4 juillet 1998


Hier, j’ai reçu un tract en solidarité avec Patrizia Cadeddu, arrêtée à Milan et justement aujourd’hui, elle m’a écrit continuant ainsi une correspondance pas très fournie, mais intense en termes d’affection et de discussion. C’est une vraie Sarde audacieuse et fière.

Il n’est pas vrai qu’ils lui ont refusé les arrêts domiciliaires ; c’est elle qui les a refusés quand le PM les lui a offerts, en pleine audience, je crois. D’un côté je l’admire car c’est un « cadeau » intéressé de ce typique tas de merde de PM, qui d’une certaine manière veut se laver la conscience. Certes, le terme « terroriste » est usé et tellement utilisé mal à propos qu’il veut dire tout et le contraire de tout.

Ce qui est vrai par contre c’est qu’ils m’ont refusé les visites de la Raffi. Pas grave ! Pour « avis négatif de la questure de Carrare », ce qui revient à donner au renard la clé du poulailler.

Ici, le salut, c’est de se tapir dans sa cellule et de ressasser souvenirs et songes, rage et sérénité, mais on est trop souvent interrompu par les ouvriers, des musiques, des nourritures, des contrôles et des bêtises diverses, tellement qu’il est même difficile d’organiser sa journée.

Pour ne rien dire des télés. Elles nous cassent tellement les oreilles que, un clou chassant l’autre, l’unique solution est d’allumer la sienne pour ne pas entendre les 15 autres en même temps, dans le tohu-bohu de cette architecture carcérale.


D’intenses et persistantes douleurs au trijumeau, fatigue due à l’âge, bras droit hors d’usage, mais grande énergie. Il me plairait d’arriver aux presque quatre-vingts ans d’Annaberta, forte de ses motivations et de ne pas se laisser aller même dans les situations les plus désespérées.

Par contre, Donato Farina, le frère de l’Ordre des Humiliés qui attenta à la vie de Charles Borromée, me tient compagnie à l’Oasis vert. On parle d’un fait de 1569 comme démonstration que chaque époque, en plus des infâmes représentants du pouvoir, a aussi ses dissidents. Pas encore tout à fait oubliés.

L’auteur de ce petit livre remarquable et vif écrit textuellement… : « Si la balle dont était chargée mon arme avait atteint son but, l’histoire de la Contreréforme en Haute Italie, dans la canton du Tessin et sur les terres des Grisons sur la jurisprudence du diocèse de Milan, aurait pris un autre cours, car en Europe, personne ne montrait autant de ferveur à poursuivre des hérétiques et des sorcières que Charles Borromée. »

Malheureusement, l’histoire alla différemment. Farina finit tué après d’atroces tortures et Borromée sanctifié, après avoir dissous l’Ordre des Humiliés et confisqué leurs propriétés. Peut-être que dans cinquante ans, on fera des saints du cardinal Ratzinger et du juge Antonio Marini.





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11 novembre 2008 2 11 /11 /novembre /2008 22:17

Moi, je te le dis, c'est du beau temps pour la saison. Particulièrement, le vent. J'aime le vent quand il souffle comme çà et qu'il fait une sorte de grand concert nocturne. Mieux encore quand il est accompagné par la pluie et ses millions de petits bruits rythmés, saccadés...

Et bien, dit l'âne Lucien en ouvrant des yeux si grands qu'ils semblaient vouloir avaler le ciel tout entier, en voilà une étrange manière de voir les choses. Mais au fond, pourquoi pas... Vois-tu, Mârco Valdo M.I., ce que je ne saisis pas bien, c'est comment tu arrives à trouver tant d'intérêt à ces phénomènes atmosphériques...



Mais enfin, Monsieur l'âne, n'avez-vous pas perçu que c'est là un des grands plaisirs de l'automne, par exemple. À ce moment de l'année où il y a encore des feuilles et où le froid est somme toute encore assez relatif. Le son est différent en hivers et pour en revenir aux grands mouvements symphoniques du vent, je prends la peine non de fermer la fenêtre de ma chambre, mais bien de l'ouvrir. Oh, rassure-toi, il ne faut pas l'ouvrir beaucoup; il suffit de laisser passer le son. Je t'explique comment faire. Tu te prépares – pour la nuit, et puis tranquillement, tu t'étends confortablement, tu te couvres bien de sorte à ne pas avoir froid et à te trouver comme dans un cocon ou un nid... Évidemment pour un âne, c'est différent, mais enfin, tu vois ce que je veux dire.



Je vois, je vois, Monsieur Mârco Valdo M.I., puisque tu me donnes du Monsieur, je t'en donnes aussi. Quoique je ne t'ai jamais vu dans ton lit, ni dans ta chambre, mais enfin, je me figure assez bien la chose. Disons que tu es dans ton étable ou ton écurie ou ta stalle et que tu t'étends dans une litière bien remplie et toute confortable. Je suppose qu'après, tu fermes les yeux et tu te concentres sur l'univers sonore de la nuit.



C'est précisément, ce que je fais, mon bon Lucien, Mârco Valdo M.I.. Donc, je m'installe le plus tranquillement du monde et je me laisse aller dans ce monde sonore de la nuit. C'est fou ce qu'il y a de bruits différents que l'on peut entendre la nuit et ils varient selon l'heure. Il y a le raffut des oiseaux juste avant la tombée de la nuit. Il y a après une sorte de calme qui s'installe. Puis, les aboiements, les chats en balade, les nocturnes, les dernières roucoulades des pigeons ou des tourterelles, les bruits de la ville autour, le glissement des voitures, les bruits des moteurs des automobiles et ceux plus rauques et plus graves des bus, le bruit lointain des trains et parfois, leurs sifflements, les hurlements des motos qui se précipitent on ne sait où, les sirènes de police, d'ambulance, des pompiers, les alarmes, les bruits des usines plus sourds ou de grands entrechoquements métalliques... et couvrant le tout, par instants, le vent, les feuilles qui jouent à le moduler, et d'un coup, les premiers tout petits choquements des gouttes de pluie et ensuite, c'est selon, les sortes de lourdes gouttes qui passent progressivement aux ras de tambours, puis parfois même, au bruit de rafales de mitraille. En somme, j'ai ainsi un concert gratuit et fabuleux, toujours différent aussi. Moi, j'adore çà.



Je vois, je vois. C'est presque une passion, comme qui dirait, dit l'âne, un peu éberlué.



Une passion, oui, si on peut dire ainsi, c'est passionnant. Surtout quand les eaux commencent à ruisseler en des centaines de ruisselets différents qui racontent toute une histoire de vie... dit Mârco Valdo M.I..



Mais, dit Lucien l'âne un peu désappointé, mon cher Mârco Valdo M.I., n'étais-tu pas venu pour me présenter des canzones... Tu es déjà en retard de deux jours.



Si, si, ne t'en fais pas, j'y viens à l'instant, dit Mârco Valdo M.I.. Ce sont des chansons sur la guerre. J'avais, mon cher Lucien, traduit quelques chansons nouvelles (pour moi), de chanteurs que je ne connaissais pas et plusieurs portaient spécifiquement sur la guerre. Les deux premières de Fabio Bello s'adressent directement à la Guerre, comme à une personne. La troisième est plus historique, elle est de Davide Buzzi et raconte la bataille de la Bérézina que dut livrer l'armée napoléonienne lors de sa retraite de Russie. Une histoire tragique... Et j'ai ajouté une chanson française que j'ai toujours bien aimée, qui parle évidemment de la guerre et pourrait être la suite de celle sur la Bérézina. C'est l'histoire d'un soldat qui revient de guerre après un long moment et qui apprend que sa fiancée entretemps est morte. Une étonnante chanson de guerre, car il s'agit d'une chanson comique et pour tout dire, une des plus hilarantes chansons contre la guerre; la célèbre Adèle des Quatre Barbus. Adèle, celle qui a eu le bon goût de mourir en se transformant ainsi en charcuterie fine : Car elle est morte Adèle...


Je me réjouis d'avance, mon bon Mârco Valdo M.I., dit l'âne en faisant un sourire jusqu'à ses oreilles qu'il avait pourtant dressées en points d'exclamation ! Et soit dit en passant, comme quoi on peut rire de tout... et puis, le rire est une excellente façon de chasser le malheur et d'en dévier les effets. Allons-y et sans tarder encore.



APPELLE-LA PAR SON NOM.

Chanson italienne – Chiamala per nome – Fabio Bello

Version française – Appelle-la par son nom – Marco Valdo M.I. – 2008



Tu es revenue.

Qui sait comme je t'imaginais plus lointaine encore.

Ils t'ont appelée

Je ne savais pas que quelqu'un t'attendait

Peut-être que tu ne t'en étais jamais allée

Que tourné le coin de la rue, tu as grandi en silence,

enracinée fortement les longs des rives de la rue,

Une herbe forte et dure qu'on ne peut extirper...

Comment ne pas comprendre que tu nous as toujours accompagnés !


Je ne t'ai pas aimée

Tu étais étrangère même racontée

Tu m'as expliqué :

Il n'y avait rien d'injustifié...

Mais te rencontrer, non, cela ne m'allait pas.

Je sentais venir les frissons le long de mon dos;

je sentais parmi les gens et pour les gens une grande peine;

je comprenais d'un coup ton horrible entrée en scène.


Je t'appellerai pas ton nom

pour pouvoir te démasquer

car il n'y a aucun sens

à vouloir te célébrer.

Et pour te crier en face

la douleur que tu as créée

en cachant des choses atroces

derrière la raison d'État.

Car c'est une saloperie

ton arrivée sur terre.

Car l'homme se fatigue

d'être le fils de la GUERRE.


GUERRE


Chanson italienne – Guerra – Fabio Bello

Version française – Guerre – Marco Valdo M.I. – 2008



Guerre,

On reparle de guerre.

Étrange, qu'y a-t-il d'étrange ?

Il y a que personne ne peut te dire où

Tu le demandes aux gens

Ils te répondent parce que

Parce que, parce que.


Guerre,

C'est peut-être une autre guerre

Tu la sens dans l'air, mais il n'y a pas d'air.

Elle est peut-être cachée dans un endroit lointain,

Peut-être l'as-tu enlevée à la main

À la main, à la main.


Guerre

Elle n'existe pas, la guerre

Ce qui rend folle ta tête, c'est seulement une lumière

Coupe les fils qui la mènent au cœur.

C'est peut-être seulement une rime,

Mais il faut de l'amour, de l'amour, de l'amour.


BEREZINA 1812


Chanson italienne - BEREZINA 1812 - Davide Buzzi – 1996

Version française - BEREZINA 1812 – Marco Valdo M.I. – 2008



Alors que sur le plan militaire, la bataille de la Bérézina des 26 -29 novembre 1812 fut une réelle victoire de l'armée napoléonienne contre des forces de très loin supérieures en nombre et en armement, la Bérézina est restée dans la mémoire collective de la culture française comme la déroute des déroutes, comme la fin d'un rêve trop grand, comme la fin d'un épisode de délire collectif, comme la fin de la Grande Armée. Le passage de la Bérézina, fleuve russe, a constitué pour l'orgueilleuse Armée napoléonienne la marque d'infamie suprême. Une immense douleur et le sentiment d'une perte irréparable. Ce fut aussi pour ceux qui s'y trouvèrent engagés – des rescapés de l'hiver russe – une épreuve terrifiante, un passage en enfer... Bien sûr, d'autres armées, d'autres temps, d'autres lieux ont connu pareille mésaventure. On songe aux forces nazies à Stalingrad et plus loin dans le temps, à certaines croisades et à l'effondrement de l'empire d'Alexandre...

Dans cette chanson, le point de vue macro-historique est un peu occulté par le regard du soldat qui se traîne sur la route du retour avec le seul et ténu espoir d'arriver à rentrer chez lui... Pour découvrir, qu'Adèle, la bien-aimée laissée au pays au moment de s'en aller à la conquête du monde, est morte, entretemps.





Ils marchaient lentement sur les routes

Pavées par le vent

De milliers de pensées

D'infinis sentiments

Ils regardaient au loin

Les champs qui passaient

Je voudrais m'arrêter un peu

Pour le souvenir”

Leur pensée qui volait

vers leurs enfants

Chez eux

ou vers la petite fraise que peut-être

Ils ne reverraient pas

Défendre aune autre terre

Pour pouvoir manger

Au pis aller

Il restera une médaille...”


Le soldat marchait

en chantant des chansons

que le temps n'emportera pas

Sous ses pieds, la glace

bat le temps car ...

.... Peut-être n'y a-t-il plus de temps.

Sur cette terre

Lointaine, le temps

ne passe pas

On parle une autre langue

Nous nous sentons trop isolés

Nous voyons de loin

la fumée des canons

Je voudrais m'éveiller tout de suite

Pour ne pas mourir.”

Le dernière pensée

qui volait vers

ses enfants chez lui

Monter l'arme blanche

Prêts pour l'attaque.

Penser à demain :

C'est peut-être seulement un jeu

Peut-être, moi, demain,

je n'y serai plus...”


Le soldat combat

en chantant des chansons

que le temps n'emportera pas

sous ses pieds, la glace

bat le temps,car ...

... Peut-être n'y a-t-il plus de temps...


Ils rentraient lentement

sur des routes

détruites par le temps

Voir leurs enfants adultes

Ou leur fille désormais mariée

Dix ans plus vieux

Mille ou plus de morts à se rappeler

J'ai été plus chanceux

que beaucoup...”


Le souvenir avance

Laissant des remords

Que le temps n'apaisera pas

Sous ses pieds la terre

Fleurit car...

... Je suis vivant...”




Sous ses pieds la terre

Fleurit car...

... Je suis vivant...”

... Voici pourquoi...





ADÈLE


La guerre et ses conséquences sont souvent traitées sur le mode tragique et on le comprend aisément. Cependant, il est d'autres façons d'aborder la question de la guerre en chansons. Une de ces façons peut être dite « tragicomique », autrement dit, on traite la guerre si ce n'est par le mépris, au moins par l'humour et par le rire. On connaissait ici – je veux dire dans la chanson de langue française – la chanson de Francis Blanche sur « Le Général à vendre » , qui fit grand bruit et soulève encore le rire des auditeurs.

Il en est une autre qui fut chantée par les Quatre Barbus (sans qu'on ne sache trop qui en était l'auteur...) et qui reste gravée dans la mémoire populaire et un demi-siècle plus tard, déchaîne elle aussi et encore des torrents de rire. C'est la chanson épouvantablement triste du jeune soldat – un marin, un cuirassier selon les versions – qui s'en revient de guerre et veut revoir sa fiancée. Mais la pauvrette est morte entretemps. Rien de drôle, a priori... Si ce n'est qu'elle se prénomme Adèle et que la nouvelle de sa mort fait hurler de rire : car elle est morte Adèle – en français : mortadelle et in italiano : mortadella. Comme disait Léo Ferré, « pour le rire des têtes de mort ... Thank you, Satan! ».


C'était un cuirassier
Qui revenait de guerre

C'était un cuirassier
Qui revenait de guerre

Pour aller voir Adèle,
Adèle sa bien-aimée.

Pour aller voir Adèle,
Adèle sa bien-aimée.


Il s'en alla trouver
Trouver son Capitaine

Il s'en alla trouver
Trouver son Capitaine

Pour aller voir Adèle,
Adèle sa bien-aimée.

Pour aller voir Adèle,
Adèle sa bien-aimée.


Son capitaine lui dit :
"Garde à vous, pan

Demi tour à droite
Et fout-moi le camp !

Et va-t-en voir Adèle,

Adèle ta bien-aimée.
Et va-t-en voir Adèle,
Adèle ta bien-aimée. "


Bonjour mes chers parents,
Bonjour cher père, chère mère,

Bonjour mes chers parents,
Bonjour cher père, chère mère,

Mais où est donc Adèle,
Adèle ma bien-aimée ?

Mais où est donc Adèle,
Adèle ma bien-aimée ?

Hélas mon cher enfant,
Il n'y a plus d'Adèle,

Hélas mon cher enfant,
Il n'y a plus d'Adèle,

Hélas mon cher enfant,
Il n'y a plus d'Adèle,
Car elle est morte Adèle,
Adèle ta bien-aimée.

Car elle est morte Adèle,
Adèle ta bien-aimée.


Il s'en alla pleurer
Sur la tombe d'Adèle

Il s'en alla pleurer
Sur la tombe d'Adèle

Adèle, “ mon Adèle,
Adèle ma bien-aimée.

Adèle, “ mon Adèle,
Adèle ma bien-aimée.



Adèle lui répondit
Du fin fond de sa tombe :

Adèle lui répondit
Du fin fond de sa tombe :
" J'ai la bouche pleine de terre
Mais le cœur plein d'amour."

" J'ai la bouche pleine de terre
Mais le cœur plein d'amour."


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4 novembre 2008 2 04 /11 /novembre /2008 20:58

Mais qui voilà... Ne serait-ce pas mon ami Lucien l'âne que je vois là bas ?, dit Mârco Valdo M.I..


Ne dirait-on pas Mârco Valdo M.I., que je vois ici, dit l'âne en arrêtant tout net son petit trot.


Oui, c'est bien moi. Bien entendu, je comprends que tu ne me reconnaisses as si facilement dans ce noir, mais c'est juste quelques instants à attendre avant que ne s'éclaire le lampadaire. Avec ces soirs qui tombent de plus en plus tôt et les matins encore pluvieux, on devrait s'équiper de lanternes...



Une lanterne, dis-tu. Une lanterne, comme celle de Diogène qui s'en allait cherchant un homme... Je me vois bien arpentant les fossés à ta recherche dans une nuit sans lune, avec une lanterne coincée dans mes dents, dit Lucien L'âne aux dents redoutables et solides comme le roc. Avec tout ça, il y a bien deux jours que je t'ai vu. Tu m'avais dit à demain et hier, qui tait demain pour avant-hier, je t'ai attendu.


Oh, tu sais Lucien mon ami, qu'il faut parfois dans cette vie, se donner des moments à soi, des moments où on se fait plaisir... et vois-tu, je me suis fait un de ces petits repas – pas tout seul, bien sûr. Mais un de ces repas bien agréable que je m'étais préparé tout tranquillement et le tout arrosé de quelques bouteilles de vin blanc. C'était un plat de moules au riz avec de l'ail, des oignons et des poivrons. Une petite merveille ! Évidemment, tout ce vin m'a conduit tellement tard dans la soirée et même dans la nuit que je n'ai pu te rejoindre. C'est un peu désolant, j'en conviens, surtout si tu m'as attendu.


C'est vrai, je t'ai attendu, mais à la vérité, dit l'âne Lucien qui est franc comme le hareng, ne te voyant pas venir, j'ai quitté rapidement notre lieu de rencontre et je suis allé me faire une petite fête avec d'autres asins. J'aime bien ce mot : les asins, ça me rappelle mes débuts. Du temps où j'étais encore un as; un as asin. Trêve de toutes ces fariboles, dis-moi plutôt, si tu as quand même pensé à tenir ta promesse... Je te rappelle que tu m'avais dit que tu me ferais entendre l'une ou l'autre chanson le dimanche. J'admets que cette promesse peut être retardée par diverses circonstances... Mais aujourd'hui que tu es là devant moi, dis-moi, vas-tu me dire des chansons et de qui et de quoi.


Oh, Lucien mon ami, comment as-tu pu supposer un instant, même de façon purement rhétorique que je n'allais pas tenir ma promesse. Si ce n'était toi, je me vexerais. Mais bien sûr que j'ai l'intention de la tenir et mieux que je vais la tenir illico. En plus, c'est une série de chansons-sœurs et séduisantes en diable.


C'est mignon çà, des chansons sœurs, dit l'âne en souriant de ses yeux d'un noir d'encre. Je n'avais jamais entendu parler de chansons sœurs... De quoi s'agit-il ? Car avec toi, Mârco Valdo M.I., il y a toujours d'étranges manières de dire les choses. Des chansons sœurs ????


En fait, dit Mârco Valdo M.I., je comprends que tu n'aies jamais entendu cette expression, car, vois-tu, je l'ai inventée tout récemment pour ces chansons-là. Et j'ai bien fait, car l'idée est à la fois très parlante et assez pertinente. J'appelle des chansons sœurs, les chansons qui sont liées par une même musique ou qui portent sur le même sujet; en l'occurrence, celles que je vais te présenter répondent aux deux critères. Je t'en présente trois. Deux sont d'un même auteur, Alfredo Bandelli, dont je t'ai déjà parlé et la troisième est de Francesco Guccini.


Rien que du bon, tu me gâtes, mon ami Mârco Valdo M.I., dit l'âne en passant sa longue langue rouge entre ses dents blanches. Rien que du bon. Il est vrai qu'avec toi, on ne risque pas de devoir subir des ignominies. Mais de quoi parlent-elles, ces canzones ?


Je t'explique, dit Mârco Valdo M.I.. Je vais te les exposer dans l'ordre chronologique de leur création. La première qui est une très belle chanson – et je l'aime vraiment beaucoup, a servi de base pour la deuxième. Et la troisième, celle de Guccini, est sur le même thème que la seconde. Tout cela à l'air bien compliqué.... Mais quand je te dirai le titre de la première, tu comprendras tout de suite qu'il s'agit de grands moments de poésie.


Ah oui ?, comment s'intitule-t-elle;


Je te donne son titre en italien : Bella Bimba, que j'aurais pu traduire par Belle poupée et son titre français, celui que je lui ai forgé est : La belle fille sans nom.


C'est tout de suite plus mystérieux, dit l'âne. J'adore ce titre. Et les autres canzones ?


La seconde de Bandelli se nomme, tout simplement : À Silvia et celle de Guccini : Chanson pour Silvia. Quant à Silvia et son arrivée dans la chanson, je l'explique en détails dans le commentaire des chansons. En bref, il s'agit d'une militante italienne des droits de l'homme, emprisonnée aux Zétazunis pendant des dizaines d'années et pour laquelle se sont battus bien des gens en Italie et ailleurs; dont nos deux chantauteurs. Et si tu veux bien, les voici toutes ces chansons.






LA BELLE FILLE SANS NOM

Chanson italienne – Bella bimba – Alfredo Bandelli – 1988

Version française – Belle fille sans nom – Marco Valdo M.I. – 2008


Alfredo Bandelli a longtemps chanté cette chanson; jusqu'à tant qu'il a pu chanter. Il lui a donné une chanson-sœur qu'il a consacrée à Silvia Baraldini, une militante pacifiste et anti-raciste italienne qui arrêtée en 1982, fut condamnée à 43 ans de prison et qui fut emprisonnée des années aux Zétazunis en raison de son engagement dans la lutte pour les droits civiques des Noirs. Puis en Italie, après son extradition en 1999; elle n'en sortit qu'en 2001.

Ce phénomène des chansons-sœurs n'est pas fréquent et mérite qu'on s'y arrête un instant pour en définir les limites. En l'occurrence, il s'agit d'une même musique et d'un texte presque semblable; en somme, une variante. Dans la chanson française, on peut citer « Carcassonne » et « Le nombril des femmes d'agents »... chansons de Georges Brassens ou encore, chez le même Brassens, le mariage de Francis Jammes – auteur catholique et de Louis Aragon – auteur communiste, par le biais d'une musique commune pour « La Prière » du premier et du second : « Il n'y a pas d'amour heureux ».



Où cours-tu si essoufflée

Belle fille sans nom ?

Où emportes-tu ton joli visage ?

Où emportes-tu tes ondulations ?


Je vais retrouver mon compagnon

qu'ils ont mis en prison

Lui porter mon cœur

Lui porter cette fleur.


Va, belle fille, va

égalité, paix, liberté.

Va, belle fille, va

égalité, paix, liberté.


Où cours-tu si essoufflée

Belle fille sans nom ?

Où emportes-tu ton joli visage ?

Où emportes-tu tes ondulations ?


Je vais rejoindre mes camarades

qui ont été licenciés

Je vais demander justice

pour tous les exploités.

Va, belle fille, va

égalité, paix, liberté.

Va, belle fille, va

égalité, paix, liberté.

Où cours-tu si essoufflée

Belle fille sans nom ?

Où emportes-tu ta rage ?

Où emportes-tu tes ondulations ?

Dans les rues, je vais marcher

contre l'arme nucléaire

contre toutes ces sales guerres

qui détruisent la terre.


Va, belle fille, va

égalité, paix, liberté.

Va, belle fille, va

égalité, paix, liberté.





À SILVIA





Chanson italienne – A Silvia -Alfredo Bandelli – fin des années 1980

Version française – À Silvia – Marco Valdo M.I. – 2008



Alfredo Bandelli a longtemps chanté cette chanson; jusqu'à tant qu'il a pu chanter. Dans le répertoire de Bandelli, elle a une chanson-sœur (Bella Bimba – La belle fille sans nom), qui l'a sans doute précédée. [ Je ne sais si tu es au courant , disait Luciano Filippi – Gildo dei Fantardi à Riccardo Venturi, que cette chanson était d'abord intitulée Bella bimba et elle n'avait rien à voir avec Silvia Baraldini. Quand suurvint l'affaire, Alfredo Bandelli utilisa la mélodie de Bella Bimba et ne fit cette splendide composition.], Celle-ci « A Silvia » est consacrée à Silvia Baraldini, une militante pacifiste et anti-raciste italienne qui arrêtée en 1982, fut condamnée à 43 ans de prison et qui fut emprisonnée des années aux Zétazunis en raison de son engagement dans la lutte pour les droits civiques des Noirs. Puis en Italie, après son extradition en 1999; elle n'en sortit qu'en 2001 et ne fut entièrement libre qu'en 2006.

 

Par ailleurs, on ne peut passer sous silence la chanson « Canzone per Silvia » que plus tard, Francesco Guccini consacra à son tour (1993) à cette militante des droits de l'homme (fût-il noir...).



Silvia est renfermée dans sa cellule

à cause d'un rêve, pour un idéal,

dans cette Amérique sœur

progressiste et libérale.

Condamnée à la mort lente

dans une prison spéciale

par le maître blanc et fort

en son juste tribunal.

Non, il ne s'arrêtera pas

ce combat ne s'arrêtera pas !

Non, il ne s'arrêtera pas

égalité, paix et liberté !


Écoutez votre conscience,

démocrates et chrétiens,

qui siégez à toutes les tables

qui serrez mille mains.


Rendez à Silvia un peu d'air,

rendez à Silvia un peu de vent,

pour qu'elle puisse défaire

ses ailes du ciment !

Non, il ne s'arrêtera pas

ce combat ne s'arrêtera pas !

Non, il ne s'arrêtera pas

égalité, paix et liberté !


Et vous muets, arbres fatigués

Soulevez vos racines

vous, oui vous, camarades avancez

sans sourires hypocrites.


À bas les barres, à bas les gendarmes,

ce sera la liberté ou les flammes !

Que chaque Silvia soit recueillie...

ce sera liberté ou révolte !

Non, il ne s'arrêtera pas

ce combat ne s'arrêtera pas !

Non, il ne s'arrêtera pas

égalité, paix et liberté !




Silvia Baraldini



CHANSON POUR SILVIA.


Chanson italienne – Canzone per Silvia – Francesco Guccini – 1993

Version française – Chanson pour Silvia – Marco Valdo M.I. – 2008




Silvia, la Silvia de la chanson, c'est Silvia Baraldini.

Elle fut arrêtée en emprisonnée aux Zétazunis en 1982 pour sa participation à la lutte pour les droits civiques des Noirs. On la condamna à 43 ans de prison.

Le FBI ( comme le faisaient les polices fascistes...) a plusieurs fois offert à Silvia Baraldini de l'argent en échange de dénonciations. Pour avoir refusé, sa peine fut augmentée de trois ans.


Elle fut enfermée au pénitencier de Lexington où elle fut soumise à un régime carcéral d'isolement, de fouilles corporelles, de censure de la poste, de limitations des visites et de contrôle de tous les isntants, y compris les plus intimes. Une « Achtung Banditen ! » en quelque sorte !


Silvia malade d'une tumeur dut être opérée, enchaînée sur la table.

La prison de Lexington fut fermée après la dénonciation des conditions par Amnesty International.

Silvia fut transférée au quartier de haute sécurité de la prison de Marianna.

Un mouvement pour sa libération fut mené pendant des années en Italie; y participèrent entre autres : Antonio Tabucchi, Dario Fo, Umberto Eco, Francesco Guccini et bien évidemment, Alfredo Bandelli auteur lui aussi d'une chanson À Silvia.


Après son extradition en Italie en 1999, Silvia dut encore attendre 7 ans avant de recouvrer la liberté en 2006.





Les cieux d'Amérique sont mille cieux au-dessus d'un continent,

Le ciel de la Floride est une étoffe baignée de bleu,

Mais le ciel, là, en prison, n'est pas un ciel; c'est quelque chose qui couvre

le jour et je jour d'après et encore un autre jour, toujours du même rien.



Et dehors, il y a une route à l'infini, longue comme l'espoir,

et tout au long, il y a un village effiloché : motel, église, maisons, buissons

Des marais où en un temps lointain régnait le Séminole,

Mais autour de la prison, c'est un désert ou souvent danse le vent.


Tant d'années ont passé et tant doivent encore passer

Des jours et des jours et des jours qui font des mois qui font des années et des années amères.
Que reste-t-il à Silvia, là, en prison ? Il ne lui reste qu'à regarder.

L'Amérique dans les yeux en souriant de ses yeux limpides et clairs...


L'Amérique est grandiose et puissante, tout et rien, le bien et le mal,

Des villes avec des gratte-ciel, avec des slums et la nostalgie d'un grand passé,

Des technologies avancées et à l'horizon, l'horizon des pionniers

Mais parfois l'horizon est seulement une prison fédérale.


L'Amérique est une statue qui t'accueille et symbolise, blanche et pure,

la liberté, et du haut, fière, elle embrasse toute la nation.

Pour Silvia, cette statue symbolise seulement la prison

car l'Amérique a peur de cette petite Italienne.

Peur du différent et du contraire, de qui lutte pour changer,

Peur des idées des gens libres, de qui souffre, se trompe et espère.

Nation de bigots ! Maintenant je vous demande de la laisser rentrer

car il n'est pas possible d'enfermer des idées dans une prison...


Le ciel d'Amérique sont mille ciels au-dessus d'un continent,

mais le ciel que tu enfermes là, n'existe pas; c'est seulement un doute ou une intuition;

Je me demande s'il y a des idées qui valent la peine de rester là en prison

et Silvia n'a tué personne, jamais et jamais, n'a rien volé.

Je me demande à quoi on pense le matin quand on retrouve le soleil

ou comment on fait entre ces murs pour chasser sa grande nostalgie

ou quand à l'improviste une averse brise la monotonie,

je me demande ce que fait pour l'instant Silvia pendant que moi ici doucement je la chante...


Je me demande, mais je n'arrive pas à me l'imaginer; je pense à cette femme forte

Qui lutte encore et espère car elle sait à présent qu'elle ne sera plus seule.

Je la vois avec , sur son dos, sa chemise où il est écrit :

Que toujours l'ignorance fait peur et son silence est égal à la mort;

Que toujours l'ignorance fait peur et son silence est égal à la mort;

Que toujours l'ignorance fait peur et son silence est égal à la mort;


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31 octobre 2008 5 31 /10 /octobre /2008 00:02

Putain, dit l'âne Lucien en sautillant comme un moineau, je me demande bien ce qu'il peut foutre.... Il n'est pas du genre à faire poireauter ainsi un âne; voilà-t-il pas que je vais ici de long en large, que j'arpente ce chemin comme si je faisais le trottoir... Ah, le voici, le voici, le voilà... Oh, d'où viens-tu comme ça ? T'as fait quoi pour me laisser ainsi sous la pluie et dans ce froid... Moi, je me les gèle ici !


Allons, Lucien mon ami, ne t'excite pas ainsi. Calme-toi ! Tu vois bien que j'arrive. Je veux bien admettre qu'il fait froid, qu'il pleut, qu'il vente... Mais quand même, je suis là. Il t'arrive aussi d'être retardé...


Dans ce cas-là, tu râles aussi, Mârco Valdo M.I., je te ferai remarquer. Cela dit, je ne déteste pas le froid piquant, mais c'est ce foutu crachin qui me mouille partout et me gâte l'humeur. Et puis, comme tu sais, un âne c'est foutrement curieux et ça aime savoir, être mis au courant, qu'on lui raconte... Non pas les potins de la commère, ni même les aventures de la comète – enfin, tant qu'à faire, j'aimerais mieux... Non, ce qui m'intéresse ce sont des histoires qui ont du sens, des récits qui se tiennent... Si tu vois ce que je veux dire.


Évidemment, Lucien mon ami, je vois très bien de quoi tu causes. Et comme tu le sais, jusqu'à présent en tout cas, je t'ai toujours donné des récits qui ne t'ont pas trop déçu. Enfin, je l'espère.


Oui, pour ça, je dois dire que jusqu'à présent, je n'ai pas été déçu. Mais, mon cher Mârco Valdo M.I., je voudrais bien savoir ce que tu vas me raconter aujourd'hui et avoir quand même une petite explication sur ce que tu as fait, par ailleurs. Je crois deviner que ce n'est pas sans intérêt.


Commençons, si tu le veux bien, mon cher Lucien, par répondre à ta deuxième question qui – me semble-t-il est la première dans ta curiosité. Crois-moi, c'est tout simple et de fait, cela pourrait t'intéresser aussi bien que d'écouter mes récits. Comme tu le sais, depuis que je devise ici avec toi, j'ai – en parallèle en quelque sorte – entrepris de traduire des chansons italiennes, celles que j'appelle des canzones, ce qui m'évite de devoir répéter qu'elles sont italiennes d'origine. Je t'en ai déjà beaucoup entretenu.


Oui, oui. Je vois très bien de quoi il s'agit, mais je t'en prie, Mârco Valdo M.I., continue ton explication.


Donc, Lucien, tout âne que tu es, il ne t'aura pas échapper que ces canzones, je les envoyais au site de nos amis : Canzoni contro la guerra ou Antiwarsongs. Je le fais toujours encore et je n'ai pas l'intention de m'arrêter. J'avais recommandé ce site bien des fois à des amis. J'en ai – par exemple, Italiens ou Italiens d'origine ou d'ascendance italienne ou encore, très familiers de l'anglais, pour qui l'une ou l'autre version de ce site ne pose aucun problème. Il n'en va pas de même de mes amis de langue française, qui ne sont familiers ni de l'italien, ni de l'anglais... Pour eux, ces sites posent des difficultés de compréhension et donc d'utilisation qui les rebutent. Je trouvais la chose dommage et plutôt que d'ennuyer nos amis qui font fonctionner ce site merveilleux, je me suis dit que je ferais un blog qui ne reprendrait que les versions françaises d'un certain nombre de chansons italiennes – le but étant de faire connaître la chanson italienne, du moins celle d'une certaine qualité ou si tu veux, celle d'une certaine intelligence et porteuse d'une certaine vision du monde. Tu connais mon point de vue sur la guerre de cent mille ans et mon hostilité profonde à l'inanité. Soit dit en passant, avant que tu ne t'offusques, l'inanité n'est en rien la négation de l'âne.


Très drôle, en effet..., dit Lucien en tirant une langue longue comme sa longe. Cela dit, si je traduis ce que tu viens de m'annoncer, c'est que tu as créé un nouveau blog uniquement de chansons... pardon, de canzones.


Très exactement. Je l'ai d'ailleurs appelé : canzones et si tu veux le voir, tu te branches sur internet et tu cherches l'adresse : http://canzones.over-blog.com/

Arrivé là, il ne te reste plus qu'à lire. La particularité, c'est que c'est assez systématique et tu peux donc chercher par auteur ou sans doute aussi, par canzone. Logiquement, il doit y avoir la liste complète. Pour l'instant, certaines sont commentées, d'autres ne le sont pas. J'essaierai de le faire plus tard, mais il y a tant à faire... Pour l'instant, j'en ai mis une trentaine, mais j'en ajouterai régulièrement.


Ah bien, voilà qui me réjouis, car je ne connais nulle part un endroit où je pourrais trouver en langue française de façon un peu systématique la chanson italienne... Du moins, celle qui pourrait m'intéresser. Pas la chanson sirop... Pas la chanson bonbon... Celle qu'on suce, pleine de sucre synthétique... Pleine d'impudeur et de bruit...Pas celle dont la seule ambition est de faire du pognon ou de chercher la gloire; bref, pas la chanson poufiasse, la chanson putassière, pas la chanson pour télévision...


Je te comprends, mon ami Lucien. Léo Ferré parlait déjà de « l'honneur de ne paraître jamais à la télévision... ». Et d'ailleurs, tu vois comme les choses se mettent bien, je me disais que j'allais te proposer celle du jour; celle que je viens de terminer et qui m'a pris pas mal de temps... C'est elle qui m'a mis en retard, ce soir. Mais tu vas le voir, elle vaut le déplacement tant elle est extraordinaire de lucidité. Je crois d'ailleurs que la chanson – celle des canzones – est un instrument quasiment chirurgical d'analyse et de dissection de la société humaine. Je crois bien que cela tient au fait qu'elle doit, toutes proportions gardées, être courte. D'ailleurs, même l'opéra – dont on ne peut penser que ce soit une œuvre courte, même l'opéra souvent trouve sa lucidité dans des passages que les auditeurs retiennent. Mais laissons cela pour l'instant. Je parle de la canzone et de sa relative brièveté. De ce fait, elle est tenue plus que d'autres, à presser son trait. Elle a une parenté avec la nouvelle ou avec la chronique. Je te parlerai peut-être aussi un jour de la chronique qui est d'un art difficile, mais passionnant.


Oui, je te suis assez bien, Mârco Valdo M.I.. Mais cela ne me dit pas quelle est la canzone de ce jour, ni de qui elle est, ni de quoi elle parle.


Alors dans l'ordre, dit Mârco Valdo M.I., voici : elle s'intitule Fantoni Cesira, elle est de Francesco Guccini, elle date de 1973, je viens de la traduire et elle raconte l'histoire d'une jeune fille qui est attirée par le cinéma comme une éphémère par une lumière. Elle veut, comme tant d'autres, arriver à la gloire sur écran et pour ce faire, elle est prête à tout et se prête à tout. Elle suit un parcours parsemé de lits et comme dans un jeu de l'oie (ce que par parenthèse, elle est...), elle saute de lit en lit pour parvenir à ses fins.


Oui, je vois, dit l'âne, mais cela n'a rien de bien nouveau, ni d'extraordinaire.


Je te le concède. Ce qui est plus intéressant, c'est le côté prémonitoire de cette canzone. Je m'explique. Quand Guccini l'a écrite, elle décrivait un parcours classique de starlette. On était en 1973. Quand je la traduis en 2008, elle révèle le parcours obligé pour atteindre les sommets de l'État, dans des pays que la télévision hypnotise et je connais au moins deux pays où ce système fonctionne.


Lesquels, dit l'âne en souriant...


Je ne te le dirai pas, tu n'as qu'à réfléchir..., dit Mârco Valdo M.I. en souriant. Je te laisse découvrir le commentaire que j'en avais fait pour illustrer la traduction... Tu étais déjà présent. Enfin, je t'y avais mis... par anticipation.

Une dernière chose : habituellement, je mets des photos pour illustrer  le texte. Ici, cela me semble inutile... les journaux et les téléviseurs s'en chargent tout le temps.



.


Aux temps où Francesco Guccini écrivit et chanta l'histoire de Fantoni Cesira, c'était en 1973, la télévision était encore un service public et on n'arrivait pas aux sommets de l'État en passant par « là ». Ce qu'on appelle poliment en français, la promotion canapé existait certes, mais elle n'avait pas encore gangrené l'État et la société. On pourra faire remarquer qu'elle était déjà présente dans l'Empire romain; il est des traditions que tout Impero et tout Imperator remet invariablement au goût du jour; on pourrait même penser que c'est un signe qui les distingue entre tous.

Henry VIII changeait de femme et d'Église comme de chemise, Napoléon répudiait Joséphine, Evita succédait à Juan Manuel...


Cependant, Francesco Guccini en rapportant cette historiette de starlette ne se savait pas si prémonitoire; il n'avait pas entièrement perçu toute la portée de cette chanson. Il ne savait pas qu'au pays de l'image reine, le Sourire et les Tettes seraient les nouveaux signes du pouvoir.

Dès lors, Fantoni Cesira est une chanson éminemment politique; politique et critique.


Une petite paraphrase de Marco Valdo M.I., dont il sera le seul responsable, cela s'entend :


La morale de cette histoire du jour d'aujourd'hui est simple comme le pain

Au pays de l'argent, de la télévision et du pouvoir, il suffit d'être un peu putain.


On aurait pu intituler une version « up to date » de cette chanson : « La Fesse, le pouvoir et l'argent ».


Je me demande, dit l'âne, dans quel pays tout cela se passe... On dirait bien qu'il n'y en a pas qu'un...






FANTONI CESIRA



Chanson italienne – Fantoni Cesira – Francesco Guccini - 1973

Version française – Fantoni Cesira – Marco Valdo M.I. – 2008



Elle ... Elle s'appelait Fantoni Cesira, c'était la fille d'un alcoolique

Qui n'avait jamais un sou en poche et avait tout lâché pour le vin.

Travail et maison, fille et femme, qui ne pouvant s'accorder avec la boisson,

Car elle était abstinente, se tira une balle en 1953. Triste destin !


La pauvre jeune fille resta orpheline tandis que son père se saoulait.

Elle trouva du travail dans une usine et parfois au travail, elle rêvait.

Elle rêvait de yachts, de fourrures et d'habits, de villas et de piscines.

Dolce vita, beau monde, au cinéma comme les divas... Elle ne voulait plus d'usine !



Mais ce beau songe serait resté seulement un songe jamais réalisé,

quand au village, le jour de la fête du saint, un grand bal fut organisé.

Il y eut de la musique, des danses, des réjouissances, du spumante et des sons,

Puis à minuit, un jury choisi fit de Cesira Fantoni « miss Tétons ».




On lui ceignit la poitrine et les épaules de nœuds et de rubans de soie

sur lesquels était écrit en lettres d'or « vive les vaches laitières »

On lui offrit trente œillets et pour les voyages, un « nécessaire »

cinq flacons de shampoing et quatre billets de réduction pour le cinéma

Le soir même se présenta à Fantoni Cesira un monsieur assez distingué.

Il dit : « Vous permettez ? Je suis producteur. Votre visage m'attire, veuillez m'excuser...

Si vous le permettez, je vous accompagne; on gagne pas mal à faire du cinéma

mais ce soir-là, ce n'était certes pas au cinéma, que le producteur s'intéressa...


La brave fille consentit à perdre sa chasteté pour faire du cinéma,
mais ne perdit pas pour cela son courage; il lui restait Cinecittà !

Il laissa son fiancé, lâcha son travail, acheta un « topless » pour montrer ses seins,

elle fit placer son père à l'asile et s'en vint à Rome par le premier train.


Cesira fit cent antichambres et visita une dizaine de lits,

Certains soirs, elle fit le trottoir et même, se mit nue dans la Fontaine de Trevi.

Elle eut comme amants trois ou quatre nègres, deux secrétaires et trois cardinaux.

Un député qui la soutenait, lui fit faire un roman-photos.

La brave fille vivait bien, mais désormais elle ressentait l'appel de l'art,

pour avoir seulement un rôle dans un film, elle aurait donné n'importe quoi

Elle a étudié le bel canto, la régie, la diction, la mise en scène, tout le septième art,

Elle a couché avec trois producteurs et joué nue dans un film de Golia.


Elle a trouvé sa voie Fantoni Cesira, elle gagne des millions avec ses seins et son lit;

Elle se fait appeler Cesy Phantoni (avec ph) et veut devenir une « lady ».

Elle s'est rangée et est la maîtresse d'un producteur très influent

Il lui aura un prix « Strega » et avec elle, il produira trois ou quatre films par an.

Il est déjà marié, mais qu'importe ces bêtises quand on a du pognon,

Ils pourront faire des enfants; bientôt, à Mexico, ils se marieront.

La morale de cette histoire du jour d'aujourd'hui est simple comme le pain

pour avoir l'argent, la réputation et la gloire, il suffit d'être un peu putain.



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20 octobre 2008 1 20 /10 /octobre /2008 23:26

Tiens voilà Lucien, on t'a pas vu de la semaine... Tiens voilà Lucien, je me demande d'où tu reviens....

Allons, Mârco Valdo M.I., arrête de te moquer de moi, dit Lucien l'âne en se balançant sur ses quatre pieds comme un gille qu'aurait trop bu. Tu sais bien qu'on était ensemble et qu'on s'est – excuse-moi des termes – bourré la gueule comme des chameaux. Je dis des chameaux, car le chameau est capable de boire jusqu'à cent litres d'un coup. Presque autant que toi et moi. Alors, mon ami Mârco Valdo M.I., n'essaie pas de mettre sur mon pauvre dos qui en a tant vu toutes nos turpitudes. D'ailleurs, j'ai même dû te ramener sur icelui. Ah, Ah, fait ainsi l'âne singeant Bosse-de-Nage, le singe du docteur.

Oh la la, comme tu y vas, dit Mârco Valdo M.I.. On dirait que tu es fâché. Mais moi, je plaisantais. Entre nous, on s'est bien marré quand même. Avec ça que j'ai quand même eu du mal à m'en remettre. Au point, comme tu le vois, que nous voilà lundi et que je n'ai toujours pas pu te dire les canzones du dimanche que je t'avais promises. Mais ne t'inquiète pas, nous allons le faire pas plus tard que maintenant.

J'espère bien, dit Lucien en frottant son museau, long comme un jour sans pain, au tronc du saule (salix) qui est si vieux qu'il en est rugueux à souhait. J'espère bien que tu vas m'en faire connaître des canzones et plus qu'une, pour ta peine et pour la mienne de t'avoir porté.

C'est vrai, Lucien mon ami, d'avoir un âne comme pote, ça me botte. On rentre sans problème sur ton dos et je ne dois même pas dire où...

Bien sûr, Mârco Valdo M.I.. D'ailleurs, t'aurais bien eu du mal à expliquer où tu devais aller. Tu étais tellement ... disons, fatigué, que tu ne savais plus trop où tu devais aller. Et alors, ces canzones...

Nous y venons, nous y venons, au petit trot de l'âne, si tu veux bien, dit Mârco Valdo M.I.. D'abord, je t'accorde quatre canzones.

Oh, oh, c'est fabuleux, dit l'âne en redressant le col tout content. Mais encore...

Et bien, j'aimerais te faire un petit commentaire préliminaire, mon bon ami Lucien. Tu n'écoutes pas beaucoup la radio et tu ne regardes pas trop la télévision, je pense savoir.

Oui, oui, c'est exact, dit l'âne Lucien en prenant un air intrigué et en ouvrant des yeux d'âne étonné. Mais où veux-tu en venir ?

Je veux te demander si tu entends souvent des chansons disons révolutionnaires ou plus simplement, comme on dit par chez nous engagées, bref des chansons ouvrières, des chansons de gauche... des chansons de lutte... qui dénoncent le système, le régime, les patrons et toutes ces sortes de choses...

À vrai dire, j'ai bien l'idée que c'est jamais ou presque. Personnellement, mais je ne suis qu'un âne, je n'en connais presque pas, pour ne pas dire pas du tout. Du moins, des récentes. Et toi ?

Écoute-moi, Lucien mon ami, bien que je ne sois pas un âne, au moins biologiquement, je n'en connais pas plus que toi. La seule différence peut-être, c'est que moi, j'ai un peu cherché pour en trouver et que je suis revenu bredouille de mes recherches. J'en suis bien triste, mais c'est ainsi. Alors, voilà les canzones d'aujourd'hui sont toutes les quatre – comme d'autres que je t'ai déjà fait entendre venant d'Italie – des canzones de combat. Et pas des choses d'il y a un siècle ou un demi-siècle... Ce sont des canzones récentes et directement branchées sur l'univers contemporain. Je dirais même à certains égards qu'elles sont prophétiques, annonciatrices et en tous cas, révélatrices. Tu y découvres un autre monde que celui que diffuse la téléberlusconienne – le Pays du sourire et des seins nus. En somme, tu commences avec ces canzones à découvrir de la chanson qui pense, de la chanson qui revendique, de la chanson offensive... Et il est grand temps que nous allions à l'offensive... contre le libéralisme.

Fais-les moi entendre... dit l'âne tout enthousiasmé, tout en esquissant une petite ruade de plaisir.

Je te dirai simplement que le groupe qui les chante s'appelle Radici nel cemento (Racines dans le ciment) et qu'il est originaire de la région romaine.




LES PIERRES EN POCHE

Chanson italienne – Le Pietre in Tasca – Radici nel cemento.
Version française – Les Pierres en poche – Marco Valdo M.I. – 2008


On aurait pu croire - vu du côté de la chanson française - que la chanson de combat était éteinte, qu'à tout le moins, la flamme s'était calfeutrée sous la cendre. Mais ce qui est vérité en deçà des Alpes, ne l'est pas nécessairement de l'autre côté de l'arc alpin. De ce point de vue, il est grand temps de traduire la chanson italienne, celle qui vaut qu'on le fasse, s'entend. Et en voici une, pleine de vie, de flamme et de feu... et contemporaine en diable.
J'insère ici la note de bas de page, car elle mérite d'être lue et relue...(1)Le mot italien de Fasci – Faisceaux en français mérite un petit éclaircissement, car il a fait l'objet d'un détournement historique.
Si l'on se reporte au Zingari, un des dictionnaires important de la langue italienne, on trouve à Fascio, la définition suivante :
Fasci dei lavoratori : associations socialistes ou de tendance anarchiste, fondées par les paysans à la fin du 19ième siècle, c'est – à – dire bien avant 1900, pour lutter contre les propriétaires fonciers.
Fasci di combattimento : groupes fascistes fondés en 1919 qui furent la base musclée et crapuleuse du Parti Fasciste National et du régime qui s'ensuivit.
La présente chanson ramène le mot « fasci dei lavoratori » à son origine socialiste, anarchiste et révolutionnaire.

Eux, ils font des promesses qu'ils ne veulent pas tenir
pour assouvir leur faim, leur soif de pouvoir
Ce sont des hommes petits petits
mais ils se croient des géants,
Ce sont des mégalomanes ridicules
par moments aussi inquiétants,
ils sont forts avec les faibles
mais avec les forts, faibles,
prêts à assassiner par calcul
et ils se foutent des morts.
Ils commandent à des meutes de mâtins
qu'ils répandent dans les rues
avec leurs instincts assassins.
Ce sont des hyènes teigneuses
affamées de charognes,
de gros rats
à peine sortis des égouts.
Et alors, boum, boum
La rage éclate déjà !
Je te le dis boum boum
et la flamme monte,
et encore boum boum,
La rage éclate déjà !
Je le répète boum boum
et le feu monte !

Ils sucent le sang de celui qui travaille,
ils font des affaires avec qui exploite,
ils raclent jusqu'au fond
jusqu'à détruire toute ressource,
ils donnent l'aumône à qui obéit,
le bâton à qui proteste,
des ordres précis de t'éclater la tête en deux,
Ils se roulent dans l'or accumulé par leurs escroqueries,
protégés contre toutes les lois
car ce sont des tyrans,
amis de la mafia
et de la criminalité,
Ils sont la lie de l'humanité.
Et alors, boum, boum
La rage éclate déjà !
Je te le dis boum boum
et la flamme monte,
et encore boum boum,
La rage éclate déjà !
Je le répète boum boum
et le feu monte !

Pour nous, il y a la fatigue
Pour nous, aussi la sueur
Pour nous, les os rompus
et les yeux rouges de douleur
Pour nous, il y a les morts tombés au travail
À eux, par contre, le luxe,
les beaux habits,
le blé et l'or,
Pour nous, la misère
Pour nous, l'ignorance
Pour nous, le sang amer,
et le cœur plein d'espérance.
À eux, les fruits de notre travail quotidien
Et pourtant, ils tiennent toujours leurs mains en main.
Et alors, boum, boum
La rage éclate déjà !
Je te le dis boum boum
et la flamme monte,
et encore boum boum,
La rage éclate déjà !
Je le répète boum boum
et le feu monte !

Avec nos pierres en poche
Avec nos pierres et nos bâtons,
Nous ne craignons plus les patrons.
Nous sommes les faisceaux siciliens,
les faisceaux des travailleurs,(1)
Femmes hommes enfants
ouvriers et paysans
Avec les universitaires, les manœuvres et les mineurs
Nos drapeaux rouges au vent,
C'est le moment d'être unis à présent,
Car s'ils veulent nous faire plier,
Cette fois, nous devons les abattre.





ET ÇÀ NE FINIRA PAS


Chanson italienne – E non finirà – Radici nel cemento

Version française – Et çà ne finira pas – Marco Valdo M.I. – 2008



Et ça ne finit pas ici,
ce n'est pas encore fini,
et ça ne finira pas,
non non non, ça ne finira pas.
Ça ne finit pas ici,
ce n'est pas encore fini,
et ça ne finira pas
Pour qui lutte et qui espère
que tôt ou tard arrivera
une ère nouvelle de Justice et Liberté !

Et ça ne finit pas ici,
ce n'est pas encore fini,
et ne finira pas,
non non non, ne finira pas.
Ça ne finit pas ici,
ce n'est pas encore fini,
et ça ne finira pas.

Messieurs du monde, chefs d'État, enfoncez-vous bien ça dans la tête
Ce que vous avez devant vous, c'est une marée
Qui ne s'arrête pas, ne ralentit pas et qui ne s'inclinera pas
Devant la violence de l'autorité,
Devant la matraque de la police,
devant la mort proclamée de l'idéologie,
devant les balles de la répression,
devant les barrières de toutes formes et de toutes dimensions
et il n'y a pas de zone rouge qui puisse stopper
cette grande marée qu'on ne peut arrêter !

Et ça ne finit pas ici,
ce n'est pas encore fini,
et ne finira pas,
non non non, ne finira pas.
Ça ne finit pas ici,
ce n'est pas encore fini,
et ça ne finira pas
Ce n'est pas encore fini,
et ne finira pas.
Jusqu'au moment où finalement dans le monde il y aura
pour chaque être humain dignité et droits !
Ça ne finira pas, ne finira pas, ne finira pas !
Non !





WORKIN' CLASS


Chanson italienne – Workin' Class – Radici nel cemento

Version française – Workin' Class – Marco Valdo M.I. – 2008



Radio, TV et journaux ne parlent que de vous,
Il semble que plus personne désormais ne se lève à six heures...
Et pourtant, je vois des chantiers tout autour de nous
et alors, tu sais ce que je te dis :
ce soir, sera la fête pour vous !
Cha–na–na–na-na–na the workin’ klass!
Cha–na–na–na–na–na the workin’ klass!


J'ai entendu dire que la technologie nous sauvera,
qu'au travail, plus personne ne se cassera l'échine désormais
Je n'y crois pas beaucoup, mais ce sera peut-être vrai...
et alors, tu sais ce que je te dis : ce soir la star ce sera vous !
Cha–na–na–na-na–na the workin’ klass!
Cha–na–na–na–na–na the workin’ klass!

Je ne sais pas bien quand finira cette vieille histoire
Mais des « travaux en cours », il y en a plein la ville...
Et je sais que celui qui lutte et qui sue
tôt ou tard, prendra le dessus
Et alors, tu sais ce que je te dis :
Ce morceau est pour vous!
Cha–na–na–na-na–na the workin’ klass!
Cha–na–na–na–na–na the workin’ klass!





LA LOGIQUE DU PROFIT


Chanson italienne – La logica del profitto – Radici nel cemento

Version française – La logique du profit – Marco Valdo M.I. – 2008


Qu'est-ce qui rend esclaves tous les êtres humains ?

Qu'est-ce qui rend ignoble notre civilisation ?

Qui assèche les cœurs et ensuite, lie les mains,

c'est une avidité aveugle !

C'est la logique du profit

qui affame les populations.

À tuer sans pitié,

jusqu'où ira-t-elle

celle qui sème la destruction ?

Qui souffle sur le feu

de la violence ?

Sa guerre est un jeu

et une exigence,

elle fomente la haine entre les nations,

instrumentalise de vieilles vengeances et des religions

C'est la logique du profit

nourrie d'indifférence,

elle moissonne ses victimes.
Nos protestations ne sont pas légitimes

nous ne pourrions vivre sans

Nous sommes tous pris dans son engrenage

Comme les roues d'un parfait mécanisme.

Elle nous enlève l'âme et le courage

Puis elle nous rembourse avec le vide du consommisme.

C'est la logique du profit,

avec ses paladins

vêtus d'arrogance

qui tuent l'espérance

et font pleurer les enfants

et ne laissent pas en paix qui lui est opposé.

Comme des rapaces, d'impitoyables inquisiteurs.

Tu es un subversif, un révolutionnaire ?

Persécuté, comme un vil traître.

La logique du profit

Pour qui creuse-t-elle le trou ?

Tu la vois son hypocrisie

Quel sera son prochain coup ?

Elle est folle à lier !

Il n'y a pas de paix sur cette terre,

car elle est vorace et insatiable

Il n'y aura jamais de paix sur cette terre,

Ce sera la guerre... à l'infini !

Avec la logique du profit.


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16 octobre 2008 4 16 /10 /octobre /2008 23:17

Heidi, Heido, Heida !  Heidi, Heido, Heida ! Heidi, Heido, Heida ! Ha, ha, ha,ha,ha, ha...

Heidi, Heido, Heida !  Heidi, Heido, Heida ! Heidi, Heido, Heida ! Ha, ha, ha,ha,ha, ha...




Mais que chantes-tu là, mon ami Mârco Valdo M.I., dit Lucien l'âne en agitant ses oreilles comme deux sémaphores en délire.  On dirait une chanson de la guerre, une sorte de chanson militaire et pour tout dire, elle évoque de très mauvais souvenirs. N'était-ce pas un chant de l'armée nazie ? Serais-tu devenu fou ou veux-tu commémorer un grand moment du nazifascisme ?




Oh, Lucien mon ami, te voilà enfin. Je t'attendais plus tôt et en attendant, en t'attendant, je chantais. C'est en effet un chant nazi, hérité des défilés militaires chantants, un peu comme celui qui remontait la via Rasella en 1944 à Rome et qui a sauté  en l'air - et crois-moi, pas de joie. Mais pour le coup (et c'est le cas de le dire...), tu as tout à fait bien perçu que je commémorais un événement fameux pour ce qui concerne le nazifascisme. Mais  bien qu'il s'agisse d'un événement qui s'est déroulé en pays germanique, ce n'est pas d'un épisode fort lointain; il ne faut pas remonter à la période hitlérienne. Je dirais même qu'il est très proche. Je chante pour célébrer l'exploit de Jorg Heider, qui a réussi un parfait autogoal et tout seul encore bien. Il y avait bien le fameux record encore inégalé de Carrero Blanco, tu sais l'Amiral Boum, qui avait réussi à se tuer en auto en un bond de vingt mètres de haut... Mais il faut bien dire que les entraîneurs basques l'avaient solidement aidé. Pour Jorg Heider, l'exploit est tout différent: il a réussi  sans aide extérieur, tout seul, comme un grand, en vrai champion.  Au passage, note que je sais parfaitement que son nom s'orthographie Haider, mais tu comprendras pourquoi je m'obstine à l'écrire Heider quand tu auras vu la chanson de mon ami Riccardo Scocciante, que j'ai traduite ce matin.


Attends, s'il te plaît, dit Lucien en jetant un regard éperdu de ses yeux exorbités d'âne un peu dépassé par les événements. Allons-y doucement, Mârco Valdo M.I.. Ne viens-tu pas de m'annoncer que Jorg Haider serait mort ... Il s'agit bien de cet Autrichien qui nourrissait tant d'admiration pour son compatriote Adolf Hitler...


Si, si, dit Mârco Valdo M.I., c'est bien lui, c'est bien ce personnage odieux, cette ordure pour tout dire. Il a réussi un exploit splendide. Il a retourné une Phaeton de deux tonnes et demie en ligne droite dans un village et à la faire s'écraser (et s'écraser lui-même par la même occasion) sur le toit. La presse en a donné de splendides photos. C'était à la fin de la semaine dernière et voilà que mon ami (ce qui veut dire que c'est aussi le tien), donc notre ami Riccardo Scocciante, qui comme son nom l'indique est Italien, a écrit une chanson (en italien, évidemment) pour célébrer ce grand moment : le départ de Jorg Heider en Phaeton (le char du soleil) vers l'éternité. Bon vent au Phaeton, ton, tontaine et tonton...


Ah, une chanson et si vite..., dit l'âne un peu estomaqué et très curieux d'en savoir plus. Mais dis-moi, quand donc en as-tu eu connaissance et quand l'as-tu traduite ?


Quand j'ai ouvert ce matin mon ordinateur et que je me suis branché sur les dernières nouveautés du site que j'aime bien de Canzoni contro la guerra, j'ai trouvé cette chanson, mise en ligne pendant la nuit. Je n'ai pas pu me retenir de la traduire illico et de la faire parvenir aussi vite. Avant mes réunions du matin. C'était tellement jubilatoire... et j'avais pensé te montrer toute cette histoire dès ce soir. En fait, je vais te montrer exactement toute l'histoire telle qu'elle apparaît sur le site de nos amis italiens. Comme ça, tu verras aussi à quoi ça ressemble. Donc, ne t'effraye pas, la première partie est en italien, telle que je l'ai découverte au matin. Je l'ai mise en couleurs verte et mauve; elle comporte aussi une photo de Heider.  La seconde partie est en français et de couleur rouge et c'est celle où j'ai apporté ma contribution; tu y trouveras en plus un petit commentaire de Riccardo... Ce sera tout pour aujourd'hui... Mais nous nous reverrons bientôt avec la suite de nos feuilletons et des chansons.


Oui, j'en suis tout content, dit l'âne Lucien, mais avant de lire ce que tu m'as préparé, je voudrais savoir pourquoi tu as modifié ainsi l'orthographe du nom de ce héros si démocratique. Tu semblais avoir une explication particulière à me donner et il me paraît que tu allais t'en aller sans me la donner cette explication. Et comme je suis fort curieux, je la voudrais quand même...


Exact, Lucien, dit Mârco Valdo M.I.. Je me suis laissé distraire par mon propos et j'allais oublier de te donner cette explication. En fait, elle est toute simple. Commençons par le commencement. Riccardo Scocciante a fait sa chanson sous forme de parodie en partant d'une chansonnette qui a hanté les téléviseurs de toute la terre occidentale ou simplement, européenne, je ne sais trop, en servant d'indicatif à un des feuilletons télévisés les plus ringards de l'histoire (et Hermès sait qu'il y en a eu des feuilletons ringards sur les étranges lucarnes !). Ce feuilleton qui n'en finissait pas de feuilletonner s'intitulait Heidi et racontait l'histoire d'une petite Suisse ( et sans doute de petits suisses également) qui s'appelait Heidi et le feuilleton portait donc son nom au travers des airs jusque dans les foyers les plus reculés de la Romandie. Elle a dû en étourdir plus d'un parmi les jeunes téléspectateurs à qui on infligeait cette sombre historiette lactée et parmi ceux-là, il y avait certainement Riccardo Scocciante. La similitude phonique de Heidi et de Haider m'a conduit à créer ce mot-valise de Heider... Ce qui par parenthèse, ouvre la voie aux canards d'Autriche, les célèbres eiders, dont on fait des couettes et des oreillers... Comme tu vois, on fait dans le soporifique. Au fait, il a dû s'endormir au volant notre Heider d'élite... Et maintenant, allons-y...


Oui, oui, allons-y, dit l'âne en remuant la queue comme un métronome accéléré.


Une dernière chose quand même, dit Mârco Valdo M.I., le titre de la chanson italienne est Haider, Haider...  (calqué sur Heid, Heidi...) et le titre de la traduction que j'ai faite est celui que je te chantais et que je t'invite, comme j'invite tous les amis, à fredonner avec moi :

Heidi, Heido, Heida !  Heidi, Heido, Heida ! Heidi, Heido, Heida ! Ha, ha, ha,ha,ha, ha...

Heidi, Heido, Heida !  Heidi, Heido, Heida ! Heidi, Heido, Heida ! Ha, ha, ha,ha,ha, ha...









Haider, Haider

Riccardo Scocciante

Lingua: Italiano


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La goduriosa dipartita da questa valle di làgrime del merdoso leader nazifascista democràtico Jörg Haider, capo della BZÖ austriaca e altresì detto "L'infimo di Carinzia", ha ispirato al nostro Riccardo Scocciante questa riscritturina di una nota canzone per bambini, a suo tempo sigla del cartone animato roihageniano “Heidi” e cantata da Elisabetta Viviani (che fu fidanzata con l' "abatino" Gianni Rivera).

haiderbriaco


L'autore, scrivendoci, ha tenuto a precisare che è per lui motivo di assolutamente perfida soddisfazione il fatto che il suddetto sia venuto a mancare in circostanze del tutto degne dell'ultimo ragazzotto briaco che si stiànta dopo una sballosa notte in una discoteca di Riccione, andando briaco come un tègolo a 142 kmh dove c'era un limite di 70; viene solo da chiedersi la seguente cosa. Se, per caso, nella sua mortal carambola, il fascistone razzista austriaco avesse ammazzato qualche altra persona, gli sarebbe stato riservato lo stesso trattamento (in questo caso postumo) usato per un rom, o per un rumeno? Temiamo di no; del resto, è noto che questi tizi tutti law & order e tolleranzazzèro, sono immuni da tutte le norme che così volentieri applicano nei confronti degli altri.

Holaila, Holaila...

Haider, Haider, un nazista sui monti
Haider, Haider, eri triste laggiù in città
Accipicchia, c'è una curva fantastica
Haider, Haider, chi è briaco come te?

Holalaider, Holalaider, Holalaider, Holalaider
Holalaider, Holalaider, Holalaider, Holalaider
Ho-la-lai-der, Lai-der, Lai-do, Lai-do, Ha-ho

Haider, Haider, tenero, piccolo, con un Mein Kampf così!

Gli amici di montagna, Galan, Bossi e Borghe'
ti dicono sei un màrtire, ti spiegano il perché
Saresti indi uno strònzolo che in cielo sta a volar,
centoquaranta all'ora, ma non sai più piano andar?

Haider, Haider, ti tradirono i freni,
Haider, Haider, la Phaeton t'ha fatto "ciao"
Neve bianca, forse hai preso anche quella,
Haider, Haider, law & order ma per gli altri, ja!

Holalaider, Holalaider, Holalaider, Holalaider
Holalaider, Holalaider, Holalaider, Holalaider
Ho-la-lai-der, Lai-der, Lai-do, Lai-do, Ha-ho

Haider, Haider, tenero, piccolo, con un Mein Kampf così!

inserita il 15/10/2008 - 23:35

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HEIDI, HEIDO, HEIDA... HEIDI, HEIDO, HEIDA... AH, AH, AH ...


chanson italienne - Haider, Haider - Riccardo Scocciante - 2008
version française - HEIDI, HEIDO, HEIDA... HEIDI, HEIDO, HEIDA... AH, AH, AH .. - Marco Valdo M.I. - 2008


Un poing levé pour saluer la parodie d'Heidi-Haider de Riccardo.

Le joyeux départ de cette vallée de larmes du merdique leader nazifasciste démocràààtique Jörg Haider, chef de la BZÖ autrichienne et autrement nommé « L'infime de Carinthie » a inspiré à Riccardo Scocciante cette parodie d'une chanson pour enfants en son temps indicatif de ce dessin animé « Heidi »... (HEIDI, HEIDO, HEIDA... HEIDI, HEIDO, HEIDA... AH, AH, AH ...)
L'auteur, en écrivant, a tenu à préciser que c'est pour lui un motif de perfide satisfaction le fait que le susdit a manqué de la dignité élémentaire du gars bourré qui sort d'une discothèque de Riccione, allant soûl comme une tuile à 142 km/h où la limite était 70 km/h; on en vient à se demander la chose suivante. Si, par hasard, dans sa carambole mortelle, le fascistissime raciste autrichien avait tué une autre personne, lui aurait-on réservé le même traitement (en l'occurrence, posthume) qu'à un Rom ou à un Roumain ? Nous pensons que non; du reste, il est bien connu que ces types tout law & order et tolérancezéro, sont immunisés contre toutes les normes qu'ils appliquent volontiers à l'encontre des autres.


Holaila, holaila...

Haider, Haider, nazi des montagnes
Haider, Haider, tu étais triste ne bas en ville
Bordel, une courbe fantastique
Haider, Haider, qui est bourré comme toi ?

Holahaider, Holahaider, Holahaider, Holahaider,
Holahaider, Holahaider, Holahaider, Holahaider,
Ho-la-lai-der, Lai-der, Lai – do, Ha-ho.

Haider, tendre, petit, avec un Mein Kampf comme çà !

Tes amis des montagnes Galan, Bossi et Borghe'
te disent que tu es un martyr. Ils t'expliquent pourquoi
Tu es devenu un étron qui vole dans le ciel
Cent quarante à l'heure, mais ne sais-tu pas aller plus lentement ?

Haider, Haider, tes freins t'ont trahi.
Haider, Haider, la Phaeton t'a dit « ciao ».
Blanche-Neige, tu en as peut-être pris aussi,
Haider, Haider, law & order mais pour les autres, ja !

Holahaider, Holahaider, Holahaider, Holahaider,
Holahaider, Holahaider, Holahaider, Holahaider,
Ho-la-lai-der, Lai-der, Lai – do, Ha-ho.

Haider, tendre, petit, avec un Mein Kampf comme çà !

(inviata da Marco Valdo M.I.)

inserita il 16/10/2008 - 09:28


Un très grand merci à Marco Valdo M.I. pour le poing levé qu'il m'a offert avec sa traduction, qui représente aussi un beau poing serré dans le trouduc' des fachos européens, qui considéraient ce salaud comme un "exemple à suivre". J'en profite pour signaler que "Haider, Haider" a été reprise aussi par le site du Centre Populaire Autogéré CPA Firenze Sud de Florence.

νῦν χρῆ Mârco Valdo M.I.εθύσθην καί τινα πὲρ βίαν
πώνην, ἐπεὶ δὴ κάτθανε Mârco Valdo M.I.ύρσιλος.


"Maintenant il faut s'enivrer,
Il faut boire jusqu'à se soûler
car Myrsile est mort." (Alcée)

( Riccardo Scocciante)

inserita il 16/10/2008 - 11:37

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