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6 juillet 2013 6 06 /07 /juillet /2013 22:57

LES ATHÉES : DÉNIGRÉS, NORMAUX, LIBRES


 

Version française des Dernières Nouvelles de l'UAAR – Union des Athées, Agnostiques et Rationalistes. (3 juillet 2013) :

Texte italien : http://www.uaar.it/news/2013/07/03/atei-denigrati-normali-liberi/


 


 

Précepte laïque 


 

Crédules, encore un effort pour devenir (tous) laïques !


 


 

D'abord, un petit ex cursus relatif au mot qui désigne celle ou celui qui n'a aucune croyance... On peut avoir recours à divers substantifs : laïque, non-croyant, incroyant, incrédule, irréligieux... et on remarquera la curieuse appellation étazunienne : les « nones » (en gros, les « non inscrits »), mais celui que je préfère : mécréant. Nous utiliserons dorénavant ce mot comme dans les Pays-Bas espagnols fut utilisé celui de Gueux ; l'insulte est devenue un terme de reconnaissance. Mécréants, nous sommes... Mécréants, nous resterons ! Per che « Noï, non siamo cristiani, siamo somari »

 

Asino risuscitato


 


 


Les enquêtes sur la religiosité ou la mécréance reflètent souvent le temps où elles sont faites, beaucoup sont fortement conditionnées par la désirabilité sociale et par la manière de formuler les questions. Toutes ne sont pas également crédibles. Elles constituent cependant au moins l'occasion pour discuter de situations réelles. Le nombre de mécréants augmente et augmentent les enquêtes qui les prennent en considération. Tant à faire penser que maintenant la majorité des études s'oriente vers la compréhension des différences entre les croyants et les mécréants.

Un récent sondage du Pew Tribune réfléchit sur l'opinion que les Étasuniens ont de la croissance des irréligieux. Il en ressort que 48% retient que c'est une chose négative, le 11% que c'est positif, pendant que pour 39%, ça n'a pas d'importance. Aux Usa, le préjugé contre les mécréants est encore fort, mais les choses semblent changer dans le sens d'une plus grande tolérance, ou au moins indifférence. Le groupe qui accepte le moins l'augmentation du nombre des mécréants est celui des protestants évangéliques (avis négatif à 78%), pendant que les plus ouverts sont les catholiques hispaniques (à 36% ne plaît pas la croissance des Nones – mécréants ).

Hemant Mehta, animateur du blog Friendly Atheist, se demande comment il est possible même qu'un discret pourcentage de « non affiliés » ( 19%) voit la croissance du nombre des mécréants comme quelque chose de négatif, face à 24% qui en ont une idée positive (surtout parmi les plus jeunes) et 55% qui sont indifférents. Mehta propose quelques explications : dans la catégorie « sans religion » sont comprises des personnes qui ont une approche spirituelle, ou bien des croyants plus indifférents auxquels ne plaît pas « la croissance du bruyant activisme athée » ; peut-être pour certains la perte de la foi comporte la carence du sens de « communauté et esprit d'équipe », vu que le principal succès de la religion est de créer des instants de socialisation. Pour cela, il suggère qu'il faudrait faire davantage pour améliorer l'image des athées et des agnostiques.

Ce sont des occasions utiles, vu que parfois même notre association est critiquée pour le seul fait d'exister ou pour une initiative jugée excessive, pas seulement par les intégristes religieux mais aussi par certains incroyants. Une autre réflexion qu'on peut faire à propos de cette étude est que l'augmentation des incroyants fait percevoir que ce qui compte, pour évaluer une personne ou la société, ce n'est pas seulement la religion (ou son inexistence) : on peut lire en ce sens les hauts pourcentages d'indifférents.

Une autre recherche intéressante sur les athées vient de l'University of Tennessee de Chattanooga, signée de Christopher F. Silver, proche des groupes sceptiques et laïques américains. Dans son étude, il distingue six types de mécréants, habituellement tous repris parmi les « nones » et étiquetés comme asociaux et agressifs par la propagande religieuse intégriste. Chez les mécréants, il y a en effet différentes typologies caractérielles et d'approche de la mécréance : un signe de richesse et de complexité, comme dans n'importe quel autre milieu ou groupe social. Le directeur de l'enquête, Thomas J. Coleman III, synthétise avec ironie : « Congratulations mécréants, vous êtes fondamentalement normaux ».

Les « Intellectual atheist/agnostic » (Intellectuels athées et agnostiques) sont le groupe le plus considérable, intéressés à l'enrichissement culturel et philosophique, signe que la culture est le moyen principal à travers lequel on arrive à la mécréance. Il y a ensuite les « activist atheist/agnostic » (militants athées et agnostiques), « les moins narcissiques et les plus engagés dans la communauté » et dans l'associationnisme, souvent pour les droits humains, des femmes, des homosexuels et engagés contre les injustices sociales et économiques. Silver repère même les « seeker-agnostics » (agnostiques chercheurs), qui se montrent plus ouverts à la métaphysique. Il y a ensuite les « anti-theist » (antidieux), les anticléricaux qui attaquent beaucoup la religion et sont les plus visibles, quoiqu'ils se révèlent entretemps les moins répandus. Les « non-theist » (les sansdieux), en croissance, sont ceux qui n'accordent pas beaucoup d'importance à la religion dans la vie ou en n'en ont pas été influencés, et sont peu enclins au militantisme. Pour conclure, la recherche mentionne les « ritual atheist/agnostic » (les athées et agnostiques ritualistes), qui trouvent utiles les rites, traditions ethniques, cérémonies ou formes de méditation (par exemple beaucoup de juifs, qui se définissent culturellement tels quoiqu'ils soient peu ou pas croyants).

La troisième enquête dont nous parlons aujourd'hui est celle du psychologue Ryan Ritter de l'University of Illinois sur Twitter, publiée dans Social Psychological & Personality Science. Les chercheurs ont analysé des centaines de milliers de tweets écrits par des suiveurs de personnalités chrétiennes et athées (déjà un critère douteux, qui ne permet pas d'identifier croyants ou non). Ceux qui suivent les personnalités chrétiennes importantes, synthétise Mehta, tendent à employer plus de mots comme « je connais », « je sais », « je sens », à employer des termes positifs (« heureux », de l'« amour ») et à décrire des situations. Pendant que les athées se focalisent sur l'analyse (« je pense », « je retiens »), emploient plus souvent des mots négatifs et tendent à exprimer plus souvent des critiques. Soutenir sur base de cette recherche que les croyants soient plus aimables et heureux et les athées plus enragés et malheureux est simpliste. Le même Ritter précise : « cela ne veut pas dire que les seconds soient en général plus malheureux », vu que les mécréants ne sont pas moins heureux que les croyants dans les nations moins religieuses. En somme, soutient-il, l'augmentation du bonheur parmi les mécréants dépend plutôt de la plus grande disponibilité de lieux de socialisation et de support laïques et du plus grand sentiment d'estime perçu dans la société, lorsque s'affaiblissent les préjugés anti-athées.

Cette recherche nous suggère qu'il existe des différences dans la façon dont sont employés les moyennes sociales de ces groupes. Ce n'est pas un hasard si les mécréants sont plus réfléchis et plus critiques : ils vivent plongés dans une société où la religion a une position dominante et où parfois ils sont discriminés ou doivent répondre à des contestations. Pour cela, parmi leurs défauts, il y a aussi celui d'être plus polémiques. Les croyants parlent plus souvent de ce qu'ils font (comme se rendre à l'église) et assaisonnent leurs discours avec des commentaires doucereux concernant Dieu.

Cela n'est pas étonnant, au fond la liberté d'expression est un principe revendiqué et promu par le monde mécréant et fort stigmatisée par le religieux, qui préfère tant qu'il le peut promouvoir la soumission. Mais aussi parce que le problème n'est pas l'expression de sentiments positifs. Très probablement, même les pires inquisiteurs comme Torquemada et Pie V ont laissé plus de mots positifs que négatifs. Du reste, les textes sacrés comme Bible et Coran ne se comportent pas autrement : abondance de bons principes, mais en même temps formulation d'indications terribles appliquées à tours de bras pendant des millénaires. La raison nous enseigne par contre que ce qui compte le plus, c'est la pratique. Et nous attendons donc la prochaine recherche sur le sujet.


 

La rédaction


 

L'Opéra des Gueux

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Marco Valdo M.I.
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