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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 14:02

Oh lala, mon ami Lucien, comme tu es beau de profil sur ce fond blanc de neige, on dirait une statue équestre...


Ne te moque pas de moi, dit Lucien l'âne en serrant un peu les dents et en se racrapotant tout serré de froid, la neige, c'est très beau, vu de l'intérieur. Mais, Marco Valdo M.I., crois-moi, si tu dois passer ta journée avec les pieds nus dans la neige et ce vent qui te coule entre les jambes, tu apprécierais bien moins ce tribut à la beauté.


Allons, allons, Lucien mon ami, n'as-tu pas vu que de jeunes filles mettent comme toi leur ventre à l'air, tout ça pour être belles et crois-moi, elles sont moins poilues que toi...

et je t'assure qu'elles montrent ainsi leur boudine pour des raisons assez mystérieuses ...


Peut-être croient-elles que ça va convaincre les garçons ou d'autres filles, allez savoir, de s'intéresser à leur personne. C'est peut-être bien une sorte d'appât, dit Lucien l'âne en agitant son ventre avec une ostentation rythmée.


Tout-à-fait, Lucien mon cher ami, tu as bien perçu la chose. C'est un appât, un appeau consistant, une sorte de piège tendu... Il en est de pire, il en est de meilleur, il en est pour tous les goûts... Des musculeux et plats, des tendres, des gentiment grassouillets, des franchement bardés, des gélatineux et de toutes les couleurs... en fin presque; je n'en ai pas encore vu qui étaient peints ou teints en vert, en rose, en bleu, en lilas, en mauve, en gris, en jaune, en orange... pas encore vu de fluorescents...


Mais à mon avis, dit l'âne Lucien en riant des deux yeux, la chose ne saurait tarder et peut-être même qu'on pourrait y ajouter de ces petites lumières et tant qu'à faire, des clignotantes...


J'imagine assez bien... Arrivés là, on y mettrait bien du son... Avec les variations musicales que l'on connaît maintenant pour les sonneries des téléphones portables... Enfin, crois-moi, Lucien mon ami, on n'a pas encore tout vu...


Je le pense bien, mon cher Marco Valdo M.I., et j'ajouterai volontiers, je l'espère. Oui, franchement, j'espère voir encore des choses aussi futiles...


Futiles ?!... Là, Lucien, je crois bien que tu te trompes. Ce n'est nullement futile. Pourquoi crois-tu que la nature à pourvu certains oiseaux de plumages multicolores, des poissons de mille couleurs, a donné de si beaux pelages à certaines espèces, de si grands et beaux attributs à certains ... (Lucien, je t'en prie, je n'ai pas besoin de démonstration...) Pourquoi ? Si ce n'est pour assurer in fine la reproduction de l'espèce ? Et tu trouverais futile de se peindre la boudine en rouge ou d'y insérer un diamant dans le nombril... Bon, d'accord, je te l'accorde volontiers, il y a d'autres façons et jusqu'ici, l'affaire a fonctionné sans en passer par là, mais ce n'est pas une raison. Bien au contraire, ce serait même une raison pour le faire et une bonne raison. Je m'explique. La nouveauté, Lucien, la nouveauté ! Le changement, Lucien, le changement... Voilà bien le moteur de la boudine peinte et de la publicité. Car, vois-tu Lucien, la boudine à l'air, peinte ou non, est un signal. Il s'agit de de signaler, de se faire remarquer... Tout le monde ne peut pas se mettre des plumes...


Oui, dit l'âne Lucien, mais alors, tu peux aussi t'attendre à voir surgir des réclames sur les boudines ou sur le bas du dos... Jusqu'où la publicité n'irait pas se nicher...

Cependant, mon cher Marco Valdo M.I., si tu voulais me dire quelles sont les canzones de ce jour, car on est dimanche, il me plairait beaucoup de les entendre...


Je vois, mon ami Lucien, que tu es pressé et je le comprends ... Tu as froid à ta boudine. Alors voilà, je vais te faire connaître trois canzones, disons savoyardes.


Et pourquoi donc, mon cher Marco Valdo M.I., des canzones savoyardes ? Qu'est-ce que la Savoie vient faire ici ?


J'y viens, j'y viens. Et même immédiatement.

Il te souviendra, mon cher Lucien, que la maison régnante d'Italie, les rois d'Italie sont de création récente et antérieurement, ils étaient rois de Piémont et de Sardaigne, et plus avant encore, ducs de Savoie. C'est donc ainsi que les Savoies (avec s quand il y en a plusieurs comme pour les ânes – oh, excuse-moi Lucien, disons pour les chiens) ont donné quelques rois à l'Italie (quatre en tout : deux Victor-Emmanuels, deux Humberts. Particularité italienne : les Victor-Emmanuels se comptent à partir de deux. Le deuxième de ces rois d'Italie s'appelait Humbert 1 (Umberto I°)et pour nous, il va devenir un des protagonistes de nos trois canzones que dès lors, j'ai regroupées sous le vocable de canzones savoyardes. Il y a aura un rôle bref, mais décisif : il meurt. Brutalement. Assassiné par un jeune anarchiste qui n'avait pas trop apprécié que cet Humbert fasse massacrer de sang froid des centaines de personnes qui manifestaient à Milan pour avoir du pain. Ce jeune anarchiste était revenu spécialement d'Amérique pour accomplir son acte vengeur. Il s'appelait Gaetano Bresci, c'était un ouvrier tisserand.


Trois chansons qui racontent la même chose ? Ou alors, elles sont quand même différentes ?, dit l'âne Lucien.


Et bien, Lucien mon ami,, je vais répondre à ta question en te racontant leur histoire à ces chansons. J'avais traduit il y a déjà un certain temps, celle qui apparaît en premier, La Maison du Voleur et pour tout te dire, si je la trouvais fort bien faite et très intéressante, je n'en avais pas perçu toute la portée. Je veux dire la portée politique et historique. Par la suite, j'ai traduite la deuxième chanson, la Savoyarde et là, de fil en aiguille, je suis revenu sur la première. Quant à la troisième, je l'ai écrite; en fait, au départ, c'était uniquement mes notes et mes commentaires sur les deux premières; elle s'est révélée être la suite de l'histoire de l'assassin d'Humbert et elle-même une histoire d'assassinat, mais d'un assassinat qui n'ose pas s'avouer, d'un assassinat hypocrite, d'un assassinat sur commande, contre un homme sans défense et déjà condamné. L'hypocrisie, c'est que d'un côté, face au public, on l'avait gracié, on lui avait imposé une peine de prison et de travail forcé, de bagne quoi; de l'autre, on l'a fait suicider dans sa cellule. Selon certaines sources, le témoignage des prisonniers des cellules voisines, ce sont trois gardiens qui l'ont battu à mort, puis, pour la forme, ils l'ont pendu aux barreaux de sa cellule. C'était au début du vingtième siècle; c'étaient des méthodes crapuleuses qu'on retrouvera par la suite et pas seulement en Italie.





Gaetano Bresci





LA MAISON DU VOLEUR



Chanson italienne – La Casa del Ladro – Ascanio Celestini

Version française – La Maison du Voleur – Marco Valdo M.I. – 2008



Emmanuel Philibert de Savoie a récemment déclaré que “L'Italie est un pays prêt pour une monarchie constitutionnelle”. En considération de cette déclaration du prince, nous voulons dédier cette chanson à Gaetano Bresci, tisserand, anarchiste et tueur de roi.”

J'approuve, dit Lucien l'âne; j'approuve , dit Marco Valdo M.I.

Nous approuvons, disent-ils et même, nous souhaitons que toutes les monarchies ( et spécialement certaines de notre connaissance) s'autodétruisent avant que nous ayons à les détruire par la force des choses; elles et tous leurs suppôts..




J'entre en cachette comme un voleur dans la maison du voleur

Je regarde dans la maison du voleur: tout a été volé

Jusqu'à l'air que maintenant je respire avec le souffle court

est le fruit d'un vol.


Quand un voleur trouve un voleur dans la maison, il n'est pas du tout content

Et de ce fait, ce voleur me voit et me dit: "Ne bouge pas”.

Il me dit : “Regarde-moi bien, moi, je ne suis pas seulement un voleur.

Je suis le patron.”

L'œil droit ne sait pas ce que regarde le gauche.

La bouche tait la mémoire de ce qu'il a vu

Que je me déplace maintenant, avant que ce soit le matin

Personne n'espionne mon pas sous le ciel turquoise.


Mais je dis de faire sonner une sonnette devant un serpent.
Je dis que même le serpent, même celui-là, change d'avis

et comprend que cracher toute la vie

n'a servi à à rien.


Mais le patron est une chose différente, c'est une étrange serpent.

Le patron est une chose différente, c'est une bête curieuse.

Lui, il commence en suçant le lait depuis qu'il est enfant

Et ensuite, il suce toute chose.

Son œil droit ne sait pas ce que regarde le gauche.

Sa bouche tait la mémoire de ce qu'il a vu

Que je me déplace maintenant, avant que ce soit le matin

Personne n'espionne mon pas sous le ciel turquoise.

Et de fait, à la fin, le patron est une espèce de voleur

Sauf que quand il vole, le patron, il n'y a pas de délit

Et même quand il est arrêté, son alibi prévaut

Car lui, c'est la loi.


J'entre ainsi en cachette comme un voleur dans la maison du voleur

Et ce voleur me dit qu'il n'est pas seulement un voleur

Mais je ne suis pas non plus un voleur, dis-je et je m'approche de lui

Moi, je suis un assassin.







LA SAVOYARDE


Chanson italienne – La Savoiarda – DDT

Version française – La Savoyarde – Marco Valdo M.I. – 2008



Gaetano Bresci naît le 10 novembre 1869 à Coiano di Prato en Toscane dans une famille paysanne. Il rentre très jeune dans l’industrie textile en travaillant dans une filature. Il commence alors à fréquenter les milieux anarchistes de Prato. Il est une première fois condamné à 15 jours de prison pour « outrage et refus d'obéissance à la force publique » ce qui lui vaudra d’être fiché comme anarchiste dangereux et d’être réincarcéré en 1895 sur l’île de Lampedusa suite aux lois Crispi. Amnistié fin 1896, il n’arrive pas à retrouver du travail et décide d’émigrer aux États-Unis.

Arrivé à New York le 29 janvier 1898, il se rend à Paterson dans le New Jersey, où il travaille dans l’industrie textile. Là, il retrouve une forte communauté anarchiste parmi les milieux d'immigrants.

En 1898, face aux émeutes contre la hausse des prix, le général Bava Beccaris fait tirer au canon sur la foule à Milan (plus d'une centaine de morts et de mille blessés – un vrai carnage) et ensuite, le Boucher engage une sanglante répression. Bava Beccaris est ensuite décoré par le roi d’Italie Humbert 1er. Gaetano Bresci décide de venger les émeutiers et les victimes de cette répression en tuant le roi.

Il retourne donc en Italie et le 29 juillet 1900, lors d’une visite d'Humbert 1er à sa villa de Monza, il l’abat de trois coups de revolver.

Il est arrêté et jugé le 29 août à Milan. Défendu par l’avocat Francesco Saverio Merlino, il est condamné aux travaux forcés au pénitencier de Santo Stefano. On le retrouvera pendu dans sa cellule le 22 mai 1901, vraisemblablement assassiné. (tiré de l'article sur Wikipedia)



C'est en traduisant cette chanson et pour y apporter – au départ – un commentaire que j'ai - chemin faisant – écrit la canzone « Gaetano, gracié et pendu ». Elle raconte l'histoire, la fin de Gaetano Bresci; en somme, elle est la suite de celle-ci.

Ainsi parlait Marco Valdo M.I.




À la fin du siècle

Un roi avait décoré

un général, un lâche

qui avait tiré

au canon sur la foule

qui réclamait seulement du pain.

Autres victimes oubliées

de l'Italie libérale.


Il y avait un homme qui n'avait

pas pu les oublier ces morts.

Cet ignoble massacre

ne pouvait rester impuni.

Il s'était alors embarqué

Pour revenir en Europe.

Dans sa poche, un pistolet,

Rage et haine au cœur.

Quelle belle journée de soleil.

Dans les jardins de la villa royale,

Un carrosse pour le roi,

Une cour pour les couillons.


Foule qui applaudit, foule qui rit.

Soudain, un bras se lève

Six coups droit au cœur

Hop, un Savoie au créateur.

Il tire... Gaetano tire...

Umberto expire.

Gaetano tire...

Il tire... Il expire.






Gaetano tire ... Il tire... Il expire





GAETANO, GRACIÉ ET PENDU.




Quand on vous disait qu'on était en guerre, dans cette guerre que les riches et les puissants font aux pauvres depuis cent mille ans.
Cette chanson est faite à la mémoire de tous ceux qui furent suicidés dans les prisons (et ailleurs aussi) sous les régimes les plus divers, dans les prisons des princes ou des États - certains même sont dits démocratiques. Appelons çà la déraison d'État.


C'est fou comme on meurt en prison.
Celui qui au grand jamais
ni pour rien au monde ne se suiciderait,
subitement, se suicide en prison.
Gaetano... Gaetano Bresci
Qui tua un roi d'Italie
Pourtant, les Savoies t'avaient gracié.
Pour la vie, on t'avait accordé
Un cadeau royal, un gâteau de Savoie
La prison à perpétuité et les travaux forcés..
On est généreux chez les puissants et les rois,
d'un geste, le nouveau souverain graciait ;
de l'autre main... les sbires t'exécutaient.
Pas d'enquête, plus de dossier, pas d'explication
Dans sa cellule Gaetano gracié pendait.
C'est fou ce qu'on meurt en prison

Gaetano... Gaetano Bresci
Qui tua un roi d'Italie
Gracié, pour la forme
Gracié, battu à mort et pendu
Pour la bonne forme
aux barreaux de sa cellule suspendu.
Méfiez-vous des grâces et des cadeaux
D'un gâteau de Savoie, d'un royal cadeau.
Il est utile de savoir, bonnes gens
En prison, souvent
On meurt suicidé,
contre son gré.
Comme Gaetano Bresci
Qui tua un roi d'Italie
Gracié, battu à mort et pendu
aux barreaux de sa cellule fut pendu.
Suicidé,
contre son gré.
C'est fou ce qu'on meurt en prison.
Celui qui au grand jamais
ni pour rien au monde ne se suiciderait,
subitement, se suicide en prison.

Gaetano... Gaetano Bresci,
Qui tua un roi d'Italie
Cent ans après, plus de cent ans après,
Pas d'enquête, plus de dossier, pas d'explication
Dans sa cellule Gaetano gracié pendait.
C'est fou ce qu'on meurt en prison
Gracié, pour la forme
Gracié, battu à mort et pendu
Pour la bonne forme
aux barreaux de la cellule suspendu.
Suicidé,
contre son gré.
C'est fou ce qu'on meurt en prison.
Celui qui au grand jamais
ni pour rien au monde ne se suiciderait,
subitement, se suicide en prison.



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