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Dis-merci ! Chanson de chômage.

Ah, te voilà ! D'où viens-tu comme ça ?, dit Marco Valdo M.I. en regardant l'âne claudiquer cahin-caha sur le chemin caillouteux.

Mon ami, tu ne devineras jamais ce qui m'est arrivé. À moi, l'âne noir, venu de Samosathe ou peut-être d'Éphèse; ça, ça reste un mystère. Ce qui m'est arrivé aussi d'ailleurs.

En tout cas, tu m'as l'air vraiment choqué, comme si on t'avait battu.

Bof, battu, ce n'est rien, nous, les ânes, on a l'habitude et le poil très résistant. Si ce n'était que battu... C'est bien pire, crois-moi.

Et quoi donc, Lucien. Quel est ce mystère ? Qu'a-t-on bien pu te faire pour te mettre dans cet état ?

Je t'ai dit que tu ne devineras jamais. Et c'est bien vrai. Mais pour me faire sourire, essaye quand même – là je t'ai donné une rime, une indication... Pour un poète comme toi, ce doit être une clé.

Bon, ça va. Je cherche, mais pas trop longtemps. Si on ne t'a pas battu, tu as eu un accident. Un camion t'a foncé dedans ?

Non, dit Lucien, ce n'est pas ça. Tu gèles.

Un boucher t'a poursuivi avec un grand couteau ? C'est affolant, ça, pour un âne. Tu aurais pu finir en boudin, mon ami Lucien.

Non, non, pas du tout. Tu gèles toujours., dit l'âne sarcastique. Cherche mieux.

Tu es tombé dans un profond fossé ou dans un ravin ?

Là, tu vas me vexer, moi et tous mes congénères. Nous ne tombons pas dans les fossés. Au pire, on nous y pousse, on nous y jette, mais nous n'y tombons pas. Et même, si tu veux le savoir, on ne m'y a pas jeté. Du moins, dans un vrai ravin.

Ah, dit Marco Valdo M.I., je commence à voir, on t'a fait mal, mais pas physiquement.

Maintenant, dit l'âne en commençant à sourire, tu chauffes et fort.

Quelqu'un t'a insulté ?

Non, dit l'âne.

Quelqu'un t'as injurié ?

Non, dit l'âne.

On t'a crié dessus.

Non, dit l'âne. Et de toute façon, comme tous les ânes, je m'en fous qu'on me crie dessus.

On t'a menacé de te battre à mort ?

Non, dit l'âne. Je vais te le dire, car tu ne trouveras jamais. On m'a convoqué à l'Onem pour un contrat.

Pas possible. Toi, un âne. Ce n'est pas possible, Lucien.

Et bien, si. Le contrôleur m'a montré mon dossier, ils ont été rechercher qu'au départ, j'étais un homme, que j'avais vingt ou vingt-cinq ans et ils m'accusent de me déguiser en âne pour échapper au contrôle et pouvoir travailler en noir. Comme si j'avais envie de travailler ? A-t-on idée ? Faut être un humain pour avoir des idées aussi saugrenues, mais passons. Ils m'en ont tellement dit que voilà, pour avoir la paix et mettre fin à leur harcèlement, j'ai signé un contrat et je suis obligé, moi, un âne de chercher un emploi. C'est la pire des humiliations.

Voyons, Lucien mon ami, ne dis pas ça. Ils l'ont fait pour ton bien. Ils veulent seulement t'activer.

Mais je ne veux pas être activé, ni par devant, ni par derrière., dit l'âne noir de colère.

Mais calme-toi, Lucien. Je ne t'ai jamais vu aussi remonté. Je te dis qu'ils veulent t'aider...

Et puis quoi encore, dire merci, peut-être ? Si tu veux me faire plaisir, fais-moi une chanson, une de tes parodies, pour me consoler. Là, je dirai – et avec plaisir encore – merci.



 



Dis Merci !

Chanson de chômage.


Quand ton boulot détale
Par un soleil d'été
Et que ta femme cavale
Car tu n'as plus de blé
Quand l'ombre et la lumière
Dessinent sur ton corps
Les traces de ta misère
Tu peux aller encore

À l'Onem, à l'Onem, à l'Onem
Au Forem, au Forem, au Forem

Quand ton pain se fait vieux
Quand ton pain se fait dur
Quand le rire dans tes yeux
D'un seul coup n'est plus pur
Toi tu voudrais dire non
À ce foutu contrat
Ton honneur lui dit non
Mais tes mots ne viennent pas

À l'Onem, à l'Onem, à l'Onem
Au Forem, au Forem, au Forem

Quand tu n'es plus toi-même
Plus rien qu'un numéro
Rien qu'une goutte d'eau
Dans un océan statistique
Quand tu es contrôlé,
De façon systématique
Quand tu es harcelé,
Tu angoisses, tu paniques

 

À l'Onem, à l'Onem, à l'Onem
Au Forem, au Forem, au Forem

Tu ne sais pas, tu ne sais plus
Si tu existes encore
Quand on t'a fait la chasse
Comme on fait à la guerre
Quand c'est toi le soldat
Qui meurs et qui la perds
Quand enfin on t'excluera
Car il n'y a pas d'emploi pour toi.


Dis merci !, à l'Onem, à l'Onem
Dis merci !, au Forem, au Forem

 


"Que je t'aime..." Chanson de Johnny Halliday - Paroles: Gilles Thibaut. Musique: Jean Renard   1969

"Dis merci ..." Parodie de Marco Valdo M.I. 2008


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