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Nouvelles chansons de chômage pour Lucien

Salut, dit l'âne en s'ébrouant pour faire tomber l'eau du ciel de son dos. Quoi de neuf aujourd'hui ?  Une petite chanson peut-être ? Une petite chanson pour le chômage ? Une histoire de chômeur ?  Quoi ?

T'as bien deviné, Lucien. J'ai pensé que pour un récital, je n'avais pas écrit assez de chansons. Alors, je viens d'en faire deux autres.

Toujours avec le même principe. Toujours des parodies ? demande en souriant de ses dents immenses, Lucien, l'âne hellène. Mais avant de me répondre, laisse-moi te dire d'où je viens et comment et pourquoi je suis devenu un âne, car comme tu le sais, peut-être, je devrais être un homme, si ce n'avait été cette sorcellerie. Écoute ce que disait le récit antique duquel j'ai pu m'échapper pour converser avec toi. Je situe l'action. Palaistra, mon amante, est la servante de la sorcière et elle s'est arrangée pour me faire voir sa patronne se transformer en oiseau en s'enduisant d'une certaine huile, une huile essentielle, sans laquelle rien n'aurait été possible. Puis, à ma demande, Palaistra a subtilisé l'huile et m'en a enduit le corps pour que je devienne un oiseau, un de ces beaux aigles au port impérial; enfin, c'est comme ça que j'imaginais les choses. « 
Mais, malheureux ! je ne deviens pas oiseau ; c'est une queue qui me sort de derrière, mes doigts disparaissent tous je ne sais où ; je n'avais plus que quatre ongles en tout, qui n'étaient rien d'autre que des sabots ; mes mains et mes pieds étaient des pieds de bête, les oreilles étaient longues, le visage large. Me passant en revue, je me vis âne, et je n'avais plus de voix humaine pour m'en prendre à Palaistra, mais, allongeant la lèvre et la regardant ainsi de travers, tout comme un âne, je lui adressais autant de reproches que je pouvais, devenu âne au lieu d'oiseau.

Elle se frappe le visage des deux mains. « Misérable que je suis ! Quel malheur j'ai fait là ! Dans ma hâte, j'ai été trompée par la ressemblance des boîtes, et j'en ai pris une autre, au lieu de celle qui fait pousser des plumes. Mais courage, mon chéri : le remède est aisé. Il te suffit de manger des roses ; tu te dépouilleras aussitôt de la bête et redeviendras mon amant. Cette nuit du moins, chéri, reste sous forme d'âne ; à l'aube, je courrai te chercher des roses que tu mangeras, et tu seras guéri. Tout en parlant, elle me caresse les oreilles et le reste du corps. » (tiré de Onos de Lucien de Samosathe ; la traduction est celle du professeur Michel Dubuisson de l'Université de Liège).

Funeste erreur, mais pire encore, je n'ai jamais eu mes roses et donc, me voici environ deux mille ans plus tard. Enfin, ce n'est pas tout à fait exact, j'ai eu mes roses et je suis redevenu un humain, mais comme tel, je suis mort depuis longtemps et j'ai survécu sous la forme de l'âne noir. Mais, tu le sais bien Marco, nous sommes des enfants de la littérature; une bonne mère, soit dit en passant. Bon, maintenant, revenons à tes parodies. Dépêche-toi, j'en raffole.

 

Voilà, Lucien mon ami, toi qui parlait déjà des salariés dans l'Antiquité, j'ai fait deux nouvelles parodies qui stigmatisent le chômage et le traitement qu'on fait subir aux chômeurs. Comme il est de coutume pour une parodie, j'ai choisi des chansons connues. Elles ne sont pas de la même trempe, mais elles serviront toutes les deux fort bien mon objectif. La première que j'ai parodiée est fort connue et déjà bien ancienne; elle s'intitule : « Dans la vie faut pas s'en faire », un principe qui t'aurait bien aidé dans tes tribulations attiques. Elle me reste dans l'oreille dans une version que chantait Maurice Chevalier en roulant l'r à la parisienne, c'est -à-dire en envoyant la langue vers le haut du palais L'autre, la seconde, s'intitule « En sortant de l'école » et elle est de Jacques Prévert, autre parisien.

Et maintenant, si tu le veux bien, place à la chanson.

 

Dans la vie, faut chercher un emploi

 

 

Licencié par mes patrons
Une fois, le préavis épuisé
J'étais stressé, je n'avais plus un rond
J'étais paumé, ma femme était partie
Tout autre que moi se serait dit
Tout ça, ça ne va pas aller
Il se serait tué d'un coup de couteau
Empoisonné, foutu à l'eau
Pendu ; bref, suicidé
Moi, je suis allé à l'Onem
Et j'arrête pas de lui répéter :


Dans la vie faut pas s'en faire
Moi je ne m'en fais pas
Toutes ces petites misères
Seront passagères
Tout ça s'arrangera
Je n'ai pas un caractère
A me faire du tracas
Croyez-moi sur terre
Faut jamais s'en faire
Moi je cherche un emploi

Quand je rentre chez moi
C'est un vrai calvaire
Je vois tout ce que je dois
Tout ce qu'il faudrait pour bien faire
Et comme je n'ai plus de quoi
Plus personne, plus de salaire
Je ne suis plus du premier âge
Et bien loin de la pension
Il ne me reste que mon courage
et mon allocation.

 

Dans la vie faut pas s'en faire
Moi je ne m'en fais pas
Je vais à l'Onem
Je fais confiance au Forem
Je cherche un emploi
Je n'ai pas un caractère
A baisser les bras
Croyez-moi dur comme fer
Moi, je sais y faire
Je trouverai un emploi.

 

Je suis allé au Forem
Réclamer un emploi
On m'a dit cherchez vous-même
Pour vous, on n'en a pas
C'est comme ça le Forem
Quand on n'a pas d'emploi.
Je me suis motivé moi-même
J'ai fait toutes les boîtes d'interim, mais ça sert à quoi
De faire des lettres, de se présenter soi-même
Quand il n'y a pas d'emploi.

 

Dans la vie faut pas s'en faire
Moi je ne m'en fais pas
Je vais à l'Onem
Je fais confiance au Forem
Je cherche un emploi
Je n'ai pas un caractère
A me faire du tracas
Croyez-moi sur terre
Faut jamais s'en faire
Moi je cherche un emploi


Chanson « Dans la vie faut pas s'en faire » de Albert Willemetz. Musique: Henri Christiné   1921

Parodie Marco Valdo M.I. 2008

En sortant de l'école



En sortant de l'école
nous avons rencontré
Tout un tas de mystères
qui nous ont emmenés
tout autour de la terre
chercher un emploi salarié


Tout autour de la terre
nous avons recherché
les emplois qui se cachaient
sous les coquillages
dans des îles parfumées
et puis, nous avons fait naufrages
et notre bateau a coulé.

Au-dessus de la mer
nous l'avons cherché
Nous, les trois mousquetaires
dans la lune et les étoiles
sur un bateau à voiles
Nous sommes allés au Japon, en Angleterre
pour trouver à travailler
plongeant au fond des mers
à la poursuite d'emplois salariés.

Revenant sur la terre
nous avons rencontré
sur la voie de chemin de fer
des emplois qui fuyaient
fuyaient tout autour de la Terre
fuyaient tout autour de la mer
fuyaient devant l'hiver
qui lui aussi voulait les attraper

Mais nous sur notre chemin de fer
on s'est mis à rouler
rouler derrière l'hiver
et on l'a écrasé
et la maison s'est arrêtée
et un patron nous a engagés

C'étaient des emplois intérimaires
et il nous a bien remerciés
et toutes les fleurs de toute la terre
soudain se sont mises à pousser
pousser à tort et à travers
sur la voie du chemin de fer
qui ne voulait plus avancer
de peur de nous réveiller

Alors on est revenu à pied
à pied tout autour de la terre
à pied tout autour de la mer
tout autour du soleil
de la lune et des étoiles
A pied à cheval en voiture
et en bateau à voiles.
 
Poème et chanson de Jacques Prévert
Parodie de Marco Valdo M.I. 2008

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