Alors, dit l'âne un peu ironique, tu en as encore fait une ?
Ben oui.
Et elle s'appelle comment ?, dit l'âne en écartant la mouche de sa queue.
En fait, la mouche n'est pas sur la queue de l'âne et c'est un peu normal, car ce serait fort inconfortable pour elle. Je veux dire pour la mouche, à moins qu'elle n'aime la balançoire. Mais dans
ce cas, faut pouvoir s'accrocher. C'est bien connu de tous les âniers, les ânes balancent toujours leur queue et tant pis si ça vous dérange. C'est ainsi. N'allez pas croire que ça lui sert
d'éventail; à l'endroit (enfin, si on peut dire) où elle se balance, l'usage de l'éventail n'est pas primordial. Mais faut chasser les mouches, surtout celles qui piquent, c'est-à-dire les
taons.
L'âne balance sa queue pour chasser le temps ? Non, le taon.
Avec tout ce commentaire, dit l'âne en balançant sa queue derechef, tu ne m'as toujours pas dit comment s'appelle ta chanson, ni de quoi elle parle. C'est encore une parodie, je parie.
Ben oui.
Ben oui, quoi ? dit l'âne en agitant la queue encore un peu plus nerveusement.
Ben oui, c'est une parodie. Son titre est Mon carrousel à moi. Je t'explique de quoi il s'agit. Et d'abord, connais-tu Jean Constantin ? En as-tu déjà entendu parler ? C'était un gars assez
drôle, fort sympathique et qui faisait de la musique (du piano) et des chansons. Il a failli faire mourir mon grand-père.
Oui, il a voulu tuer ton grand-père ? Ou alors, il a failli l'écraser ?
Écoute l'âne, tu n'y es pas du tout. Jean Constantin a écrit et surtout chanté une des plus mémorables scies de toute l'histoire de la chanson. Et ce n'est pas peu de choses.
Quel rapport avec ton grand-père ? dit l'âne en se mordant la queue (ce que tout le monde ne peut pas faire...).
Ben, quand il entendait cette chanson, il devenait vert de rage. On aurait dit qu'il allait éclater. Faut dire qu'il travaillait dans l'atelier en écoutant la radio et que la chanson en question
passait plusieurs fois par jour. Évidemment, je l'entends encore. Alors voilà, la chanson – celle qui faisait hurler si fort mon grand-père – cette chanson-là raconte l'histoire d'un gars
qui cherche ses pantoufles et qui hurle logiquement "Où sont passées mes pantoufles ?", comme il ne les trouve pas tout de suite, il repose la question : "Où sont passées mes pantoufles ?"
et comme il ne les trouve pas encore, il s'énerve et répète de plus en plus vite et de plus en plus fort, "Où sont passées mes pantoufles ? Où sont passées mes pantoufles ? Où sont passées mes
pantoufles ?" , et ainsi de suite. Mon grand-père lui aurait volontiers donné les siennes (de pantoufles) pour qu'il la ferme. C'est là que j'ai vu des pantoufles volantes. Elles
finissaient leur vol dans le récepteur de radio pendant que ma grand-mère hurlait, voyons André, arrête, tu va casser la radio. C'est bien ce qu'il voulait faire.
Et tu aimes bien cette histoire de pantoufles, dit l'âne hilare. Moi, de toute façon, que veux-tu que je fasses de pantoufles?
Ben oui, j'aime bien cette histoire de pantoufles. Elle me rappelle mon grand-père. Il est mort d'une crise cardiaque.
Enfin, c'est grâce à lui que je suis passionné par les scies. Il adorait, si j'ose dire ainsi, du moins il réagissait très fort à Piaf, Mariano, Aznavour et plein d'autres dont je t'épargne la
liste.
Oui mais, Jean Constantin dans tout çà ? dit l'âne et baissant la tête pour cueillir une rose dans le parterre.
Jean Constantin était un fabriquant de scies. En plus des Pantoufles, il a chanté un Shah Persan dont le rêve était de voir pousser le gazon devant son papa, son palais en toutes saisons.
J'entends encore mon grand-père hurler que ce shah-là vienne vivre ici au lieu de vivre là. Du gazon, je lui en ferai bouffer moi du gazon et à tous les repas encore bien.
En fait, ce shah avait du gazole, mais pas de gazon, dit finement l'âne en souriant de ses dents jaunes. Mais ta chanson, ce n'est pas celle des Pantoufles, ni du Shah. Quelle est-elle
alors ? Et était-elle elle aussi une scie ?
Ben oui. Une vraie scie, une scie à métaux, mieux, une scie circulaire. Elle tournait, tournait, tournait. Le titre de de la chanson de Constantin était double, sans doute à force de
tourner. On a le choix entre "Tu me fais tourner la tête" ou "Mon manège à moi".
Et toi, tu en as fait une parodie et tu l'as intitulée comment cette chanson ? , susurre l'âne en bavant un peu sur les poils de son poitrail.
Ben tout simplement, Mon carrousel à moi. J'explique avant que tu ne poses la question. Oui, elle a un rapport avec les chômeurs et le chômage. En fait, quand un chômeur se présente devant le
contrôleur (je dis ça en gros, c'est pas parfait au milipoil, mais c'est grosso modo ce qui se passe); donc, pour résumer, le chômeur se présente devant le contrôleur ( bof, certains disent
facilitateur, mais ça c'est une blague, ce gars-là ne facilite certainement pas la vie du chômeur, bien au contraire et pour contrôler, il contrôle). Tu vois ça, le contrôleur assis dans son
fauteuil - derrière lui, un mur; devant lui, un bureau et de l'autre côté, debout, la casquette entre les mains, le chômeur. Ils font leur petite affaire. Je veux dire un contrat et hop, le
chômeur repart avec une menace de sanctions sur le râble. Mais surtout, c'est ce qui nous intéresse, il doit chercher de l'emploi (le voilà qui se mue en Indiana Jones et qui fonce à travers
l'espace à la poursuite de l'emploi) et revenir se montrer un temps plus tard, pour une nouvelle séance de lévitation administrative. Et ainsi de suite, à l'infini.
C'est ce mouvement perpétuel qu'on appelle en jargon : le carrousel.
Bon, dit l'âne en ouvrant grands ses yeux luisants. Bon, et alors, ta chanson ?
Ben, ma chanson, elle raconte les rencontres du contrôleur et du chômeur; elle fait tourner le carrousel. Elle est chantée par le chômeur. Enfin, tu va voir.
Alors, dit l'âne un peu ironique, tu en as encore fait une ?
Ben oui.
Et elle s'appelle comment ?, dit l'âne en écartant la mouche de sa queue.
En fait, la mouche n'est pas sur la queue de l'âne et c'est un peu normal, car ce serait fort inconfortable pour elle. Je veux dire pour la mouche, à moins qu'elle n'aime la balançoire. Mais dans
ce cas, faut pouvoir s'accrocher. C'est bien connu de tous les âniers, les ânes balancent toujours leur queue et tant pis si ça vous dérange. C'est ainsi. N'allez pas croire que ça lui sert
d'éventail; à l'endroit (enfin, si on peut dire) où elle se balance, l'usage de l'éventail n'est pas primordial. Mais faut chasser les mouches, surtout celles qui piquent, c'est-à-dire les
taons.
L'âne balance sa queue pour chasser le temps ? Non, le taon.
Avec tout ce commentaire, dit l'âne en balançant sa queue derechef, tu ne m'as toujours pas dit comment s'appelle ta chanson, ni de quoi elle parle. C'est encore une parodie, je parie.
Ben oui.
Ben oui, quoi ? dit l'âne en agitant la queue encore un peu plus nerveusement.
Ben oui, c'est une parodie. Son titre est Mon carrousel à moi. Je t'explique de quoi il s'agit. Et d'abord, connais-tu Jean Constantin ? En as-tu déjà entendu parler ? C'était un gars assez
drôle, fort sympathique et qui faisait de la musique (du piano) et des chansons. Il a failli faire mourir mon grand-père.
Oui, il a voulu tuer ton grand-père ? Ou alors, il a failli l'écraser ?
Écoute l'âne, tu n'y es pas du tout. Jean Constantin a écrit et surtout chanté une des plus mémorables scies de toute l'histoire de la chanson. Et ce n'est pas peu de choses.
Quel rapport avec ton grand-père ? dit l'âne en se mordant la queue (ce que tout le monde ne peut pas faire...).
Ben, quand il entendait cette chanson, il devenait vert de rage. On aurait dit qu'il allait éclater. Faut dire qu'il travaillait dans l'atelier en écoutant la radio et que la chanson en question
passait plusieurs fois par jour. Évidemment, je l'entends encore. Alors voilà, la chanson – celle qui faisait hurler si fort mon grand-père – cette chanson-là raconte l'histoire d'un gars
qui cherche ses pantoufles et qui hurle logiquement "Où sont passées mes pantoufles ?", comme il ne les trouve pas tout de suite, il repose la question : "Où sont passées mes pantoufles ?"
et comme il ne les trouve pas encore, il s'énerve et répète de plus en plus vite et de plus en plus fort, "Où sont passées mes pantoufles ? Où sont passées mes pantoufles ? Où sont passées mes
pantoufles ?" , et ainsi de suite. Mon grand-père lui aurait volontiers donné les siennes (de pantoufles) pour qu'il la ferme. C'est là que j'ai vu des pantoufles volantes. Elles
finissaient leur vol dans le récepteur de radio pendant que ma grand-mère hurlait, voyons André, arrête, tu va casser la radio. C'est bien ce qu'il voulait faire.
Et tu aimes bien cette histoire de pantoufles, dit l'âne hilare. Moi, de toute façon, que veux-tu que je fasses de pantoufles?
Ben oui, j'aime bien cette histoire de pantoufles. Elle me rappelle mon grand-père. Il est mort d'une crise cardiaque.
Enfin, c'est grâce à lui que je suis passionné par les scies. Il adorait, si j'ose dire ainsi, du moins il réagissait très fort à Piaf, Mariano, Aznavour et plein d'autres dont je t'épargne la
liste.
Oui mais, Jean Constantin dans tout çà ? dit l'âne et baissant la tête pour cueillir une rose dans le parterre.
Jean Constantin était un fabriquant de scies. En plus des Pantoufles, il a chanté un Shah Persan dont le rêve était de voir pousser le gazon devant son papa, son palais en toutes saisons.
J'entends encore mon grand-père hurler que ce shah-là vienne vivre ici au lieu de vivre là. Du gazon, je lui en ferai bouffer moi du gazon et à tous les repas encore bien.
En fait, ce shah avait du gazole, mais pas de gazon, dit finement l'âne en souriant de ses dents jaunes. Mais ta chanson, ce n'est pas celle des Pantoufles, ni du Shah. Quelle est-elle
alors ? Et était-elle elle aussi une scie ?
Ben oui. Une vraie scie, une scie à métaux, mieux, une scie circulaire. Elle tournait, tournait, tournait. Le titre de de la chanson de Constantin était double, sans doute à force de
tourner. On a le choix entre "Tu me fais tourner la tête" ou "Mon manège à moi".
Et toi, tu en as fait une parodie et tu l'as intitulée comment cette chanson ? , susurre l'âne en bavant un peu sur les poils de son poitrail.
Ben tout simplement, Mon carrousel à moi. J'explique avant que tu ne poses la question. Oui, elle a un rapport avec les chômeurs et le chômage. En fait, quand un chômeur se présente devant le
contrôleur (je dis ça en gros, c'est pas parfait au milipoil, mais c'est grosso modo ce qui se passe); donc, pour résumer, le chômeur se présente devant le contrôleur ( bof, certains disent
facilitateur, mais ça c'est une blague, ce gars-là ne facilite certainement pas la vie du chômeur, bien au contraire et pour contrôler, il contrôle). Tu vois ça, le contrôleur assis dans son
fauteuil - derrière lui, un mur; devant lui, un bureau et de l'autre côté, debout, la casquette entre les mains, le chômeur. Ils font leur petite affaire. Je veux dire un contrat et hop, le
chômeur repart avec une menace de sanctions sur le râble. Mais surtout, c'est ce qui nous intéresse, il doit chercher de l'emploi (le voilà qui se mue en Indiana Jones et qui fonce à travers
l'espace à la poursuite de l'emploi) et revenir se montrer un temps plus tard, pour une nouvelle séance de lévitation administrative. Et ainsi de suite, à l'infini.
C'est ce mouvement perpétuel qu'on appelle en jargon : le carrousel.
Bon, dit l'âne en ouvrant grands ses yeux luisants. Bon, et alors, ta chanson ?
Ben, ma chanson, elle raconte les rencontres du contrôleur et du chômeur; elle fait tourner le carrousel. Elle est chantée par le chômeur. Enfin, tu va voir.

Mon carrousel à moi.
Tu me fais tourner la tête
Mon contrôleur à moi, c'est toi
Je suis toujours à la fête
Quand tu me fais chercher de l'emploi
Je ferais le tour du monde
Ça ne tournerait pas plus que ça
La terre n'est pas assez ronde
Pour attraper un emploi...
Ah! Ce qu'on est bien tous les deux
Quand on est ensemble nous deux
Quelle vie on a tous les deux
Quand on s'aime comme nous deux
On pourrait changer de planète
Je ne trouverais rien
Ce serait toujours ma fête
Et la terre n'y est pour rien
Ah oui! Parlons-en de l'emploi
Pour qui y a-t-il de l'emploi ?
Ma parole, y en a pas !!
Y a que toi qui dis qu'il y en a !
Mais moi et mes mômes
C'est toute la vie qu'on chôme
Et si y avait pas de vie, même,
Nous on chômerait quand même
Car...
Tu me fais tourner la tête
Mon carrousel à moi, c'est toi
Je suis toujours à la fête
Quand tu me fais chercher de l'emploi
Je ferais le tour du monde
Ça ne tournerait pas plus que ça
La terre n'est pas assez ronde...
Pour attraper un emploi...
Paroles: Jacques Constantin. Musique: Norbert Glanzberg - Mon Manège à moi.- 1958
Parodie : Marco Valdo M.I. - Mon Carrousel à moi - 2008