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Signor Tuttobianco

Fu, fu, fu...Toc, clac, toc, clac, toc, toc... Zut, j'ai buté sur un caillou et voilà, j'ai raté un pas... dit Lucien l'âne en arrivant tranquille, tranquille en levant le front comme un fumeur de pipe.


Oh lala, Lucien, toi l'âne au pied d'Hermès, tu as bien failli te le casser ce pied, dit Marco Valdo M.I., et ça peut faire très mal. Imagine, tu aurais pu être l'âne à la patte cassée... Mais remets-toi et dis-moi, à part ça, comment ça va ?


Pour le reste, tout va, mais j'étais un peu distrait en arrivant, dit l'âne en soupirant comme une cornemuse crevée. Figure-toi, mon ami Marco Valdo M.I., que j'ai entendu dire que tu étais traduit en italien et cela me trottait dans la tête et moi, je trottais sur le chemin et à trotter des pieds et de la tête, je me suis un peu emmêlé les pinceaux. Alors, voilà pourquoi je me suis pris le pied dans ce caillou, chose très inhabituelle pour un ongulé comme moi. À ma décharge, tous les ongulés n'ont pas des amis qui s'intéressent à la chanson et qui leur racontent des histoires presque tous les soirs.


Oui, bien sûr, mais tous les ânes ne sont quand même pas des hommes ensorcelés, ressuscités un nombre incalculable de fois dans l'histoire de ces derniers millénaires. Je n'ose même pas faire allusion aux textes et images qui te représentent dans des poses et des situations que je qualifierai pudiquement de scènes de la vie intime. Mais enfin, pour un âne et vu la réputation faite à l'espèce asine, il est assez normal que cela ait inspiré certain dessinateur italien, entre autres.


D'accord, d'accord, ne me fais pas plus noir que je ne suis, dit Lucien l'âne aux yeux et au poil couleur de diamant sud-africain. Je suis bourré de bonnes intentions à ton égard et je m'apprêtais à te demander de me narrer cette histoire de traduction et voilà que tu me critiques, que tu m'attribues – en public encore bien – des mœurs légères ou graveleuses, je ne sais...
Me voilà bien marri... Alors, je t'en prie, passons à ton histoire.


Et bien , tu sais, mon ami Lucien que j'ai pris le pli de participer à l'aventure collective et bénévole de constituer une collection, osons le mot, encyclopédique de la « chanson contre la guerre », la guerre étant entendue, cette fois, comme il faut, c'est-à-dire de façon globale, dans tous ses aspects de guerre civile et de guerre sociale et pas seulement de guerre entre États constitués. Je précise ceci, car ce n'est en aucun cas un site de compilation ou d'illustration, un machin vaguement culturel. Enfin,c'est un site qui fait aussi un vrai travail autour du concept de guerre à travers les chansons venues du monde entier. De surcroît, c'est un site courageux et nettement, pro-civil comme disait Boris Vian. Là, il faut que j'abrège.


Oui, oui, tu nous donneras l'adresse de ce site et on ira voir de quoi il retourne, dit l'âne avec un ton de voix où perçait comme une primevère, une pointe d'impatience. Mais ton histoire du jour....


J'avais remarqué que Canzoni contro la guerra avait relevé un bon nombre de chansons françaises, des chansons de qualité, s'entend. Et notamment, des chansons de Léo Ferré... Un auteur et chanteur que je connais bien et que j'aime bien...


Moi aussi, dit Lucien l'âne en relevant ses oreilles et les ouvrant grandes comme des feuilles de laitue, j'aime beaucoup Léo Ferré.


Donc, si tu veux bien me laisser terminer, mon bon Lucien, Je trouvais qu'il en manquait certaines et que je donnerais bien un petit coup de main pour  combler ce manque. D'ailleurs, je pense que je vais de temps en temps refaire un tour du côté de Léo, ici aussi. J'avais envoyé Madame la misère... et je me suis dit compte tenu de mille choses : l'intrusion de l'église dans le débat sur l'Europe et son exigence de nous faire avaler une pseudo-civilisation chrétienne, de l'invasion papale dans les téléviseurs et les médias en général, les oukases lancés contre bien des gens par la papauté, son soutien au régime berlusconien ... que la chanson de Léo Ferré sur ce sujet était tout-à-fait d'actualité. Comme tu le sais, elle est intitulée Monsieur Tout Blanc. Elle est adressée au pape de l'époque, lequel s'appelait Pie Douze. Tu sais qu'on numérote les papes comme les films de Rambo, évidemment pas en chiffres arabes, mais en chiffres romains, ça s'impose – soit Pie XII. Pie XII est ce pape dont le silence fut assourdissant pendant la guerre et sa mutitude, éclatante face aux exactions, massacres, assassinats, hécatombes, génocides et autres exterminations nazies. Léo Ferré le lui rappelle dans sa chanson : « Y a pas longtemps, vous vous taisiez... », lui dit-il. Bref, j'avais donc envoyé cette chanson et aussi, un petit commentaire d'introduction.


Et alors, dit Lucien l'âne en tendant des lèvres en avant comme seuls les ânes savent le faire ou peut-être aussi, les chevaux, les chameaux et les dromadaires, et alors, quoi ? Qu'en est-il advenu de la chanson et de ton commentaire ?


Et bien, non seulement, elle a été incorporée au site, mais en plus elle a été traduite en italien (ce qui somme toute est un juste retour pour Léo, fils d'émigré italien), mais  plus encore, mon commentaire aussi a été traduit... J'en étais tout ravi. Maintenant, sans plus tarder, je te livre l'ensemble avec même des photos de papes...


Mon pauvre ami Marco Valdo M.I., avec tout ça, tu risques fort d'être excommunié... Et pour ne pas l'oublier, donne nous l'adresse de ce site....


La voici : http://www.prato.linux.it/~lmasetti/canzonicontrolaguerra/index.php?lang=it

évidemment, tu peux toujours aller sur Google, Yahoo et autres moteurs de recherche et chercher « canzoni contro la guerra »...



Monsieur Tout Blanc


Léo Ferré

Lingua : Francese


Sito scomunicato

[1950]
Paroles et musique: Léo Ferré
Testo e musica: Léo Ferré

Monsieur Tout-Blanc, c'est le pape, l'homme dans la papamobile, l'homme au balcon de la place Saint Pierre. C'est lui que Léo Ferré interpelle dans cette chanson écrite au temps de Pie XII. Son successeur actuel est Joseph Ratzinger, qui jouait aux échecs dans un camp en 1945. Comme les choses de la vie s'entrechoquent. Les temps changent chantait Bob Dylan, les temps ont changé, les temps n'ont pas changé...

Les grands ors de l'église ont toujours illuminé la civilisation chrétienne. Pendant ce temps-là, comme disaient les paysans (i braccianti) de Lucanie :
Noi non siamo cristiani, siamo somari – nous nous ne sommes pas des chrétiens, nous sommes des bêtes de somme. La civilisation (la chrétienne, celle qu'on nous impose – faut-il souligner que c'est de toute la force des armes, des polices, du capital, de l'église ... – sous ce nom qu'ils veulent prestigieux), leur civilisation, leur société, leur monde s'était arrêté à Eboli. Sur sept ou huit milliards d'habitants de cette planète, combien ont-ils accès à cette civilisation ? En vérité, je vous le dis, combien crèvent pour qu'elle puisse continuer à se rouler dans sa cupidité, dans son confort, dans son aisance, dans son mépris de l'autre ? Dans la guerre que les riches et les puissants mènent contre les pauvres, l'Église a un rôle éminent qu'elle joue avec convictions – les fameuses convictions religieuses.

Pendant ce temps-là, Monsieur Tout Blanc, que faites-vous ? Vous vous taisez...

De toute façon, Joseph ou qui que ce soit qui te succèdera, vous n'avez plus droit à la parole, vous vous êtes disqualifiés depuis si longtemps... Déjà au temps de Pierre Valdo (vers 1200) ... que vous avez persécuté, déjà, comme des milliers, des millions d'autres, depuis.
Voilà de quoi parle la chanson de Léo Ferré, de ça et de l'amour, de la solidarité, la vraie, sur le terrain des jours en banlieue, d'ici ou d'ailleurs. Pendant ce temps-là, moi je vivrai... Tu comprends, Joseph, moi, je vivrai qu'il disait Léo et moi, je le dis avec lui... Je vis et j'aime charnellement aussi, bien entendu... Dans la vie, faut s'aimer, mon petit père....

Marco Valdo M.I.

*

Il signor Tuttobianco è il papa, l’uomo nella papamobile, quello che si affaccia al balcone di piazza San Pietro. Ed è proprio di questo signore che Léo Ferré parla in questa canzone scritta ai tempi di Pio XII. Il suo attuale successore è Josef Ratzinger, che giocava a scacchi in un lager nel 1945. Come si scontrano l’una con l’altra, le cose della vita. I tempi cambiano, cantava Bob Dylan, e i tempi sono cambiati, o non sono cambiati…

I luccicanti ori della chiesa hanno sempre illuminato la civiltà cristiana; nel frattempo, come dicevano i braccianti lucani:
Noi non siamo cristiani, siamo somari. La civiltà (quella cristiana, quella che ci viene imposta –e bisogna sottolineare che ciò avviene con la forza delle armi, delle polizie, del capitale, della chiesa…con quel nome che vogliono prestigioso), la loro civiltà, la loro società, il loro mondo si era fermato a Eboli. Su sette o otto miliardi di abitanti di questo pianeta, quanti hanno accesso a questa civiltà? A dire il vero, vi dico, quante persone crepano perché essa continui a rotolarsi nella sua avidità, nei suoi agi, nel loro disprezzo per l’altro? Nella guerra che i ricchi e i potenti conducono contro i poveri, la Chiesa ha un ruolo importante che svolge con convinzione – le famose convinzioni religiose.

Nel frattempo, Signor Tuttobianco, lei che fa? Tace…

Ad ogni modo, Josef o chiunque sia il tuo successore, non avete più diritto alla parola, vi siete squalificati da troppo tempo…già dal tempo di Pietro Valdo (verso il 1200)…che avete perseguitato, già, come migliaia, come milioni di altre persone, poi. Ecco di che cosa parla la canzone di Léo Ferré, di questo e dell’amore, della solidarietà, quella vera, quella delle giornate in periferia, qui o altrove. Nel frattempo, io vivrò…capisci, Josef, vivrò di quello che diceva Léo, e lo dico assieme a lui… Vivo e amo, anche carnalmente, va da sé…Nella vita bisogna amarsi, paparino…

Marco Valdo M.I. (traduction de R.V.)



Monsieur Tout-Blanc
Monsieur Tout-Blanc
Vous enseignez la charité
Bien ordonnée
Dans vos châteaux en Italie
Monsieur Tout-Blanc
La charité, c'est très gentil
Mais qu'est-ce que c'est ?
Expliquez-moi

Pendant ce temps-là, moi je vis à Aubervilliers
C'est un petit coin perdu au bout de la misère
Où l'on n'a pas tellement de questions à se poser
Pour briffer, faut bosser mon petit père

Monsieur Tout-Blanc
L'oiseau blessé que chaque jour
Vous consommez
Était d'une race maudite
Monsieur Tout-Blanc
Entre nous dites, rappelez-vous
Il n'y a pas longtemps
Vous vous taisiez

Pendant ce temps-là, moi je vivais à Aubervilliers
Ça n'était pas l'époque à dire des rosaires
Il y avait des tas de questions qu'il fallait se poser
Pour durer, faut lutter mon petit père

Monsieur Tout-Blanc
Si vous partez un beau matin
Les pieds devant
Pour vos châteaux en paradis
Monsieur Tout-Blanc
Le paradis, c'est peut-être joli
Priez pour moi
Moi je n'ai pas le temps

Car je vivrai toujours à Aubervilliers
Avec deux bras noués autour de ma misère
On n'aura plus tellement de questions à se poser
Dans la vie, faut s'aimer mon petit père

Monsieur Tout-Blanc
Si j'enseignais la charité
Bien ordonnée
Dans mes châteaux d'Aubervilliers
Monsieur Tout-Blanc
Ça n'est pas vous que j'irais trouver
Pour m'indiquer
Ce qu'il faut donner

(inviata da Marco valdo M.I.)

inserita il 24/7/2008 - 13:53



Lingua: Italiano


Versione italiana di Riccardo Venturi
24 luglio 2008

SIGNOR TUTTOBIANCO

Signor Tuttobianco
Signor Tuttobianco
Lei insegna la carità
Ben ordinata
Nei suoi castelli in Italia
Signor Tuttobianco
La carità è una bella cosa
Ma che diamine è ?
Me lo spieghi, su

Di questi tempi, io vivo a Aubervilliers,
Un angoletto sperduto in fondo alla miseria
Dove non si hanno tante domande da farsi
Per mangiare bisogna lavorare, paparino moi

Signor Tuttobianco
L’uccello ferito che lei consuma
Ogni giorno
Era di una razza maledetta
Signor Tuttobianco
Diciamocelo pure, si ricordi
Che non molto tempo fa
Lei stava zitto…

In quei tempi là vivevo a Aubervilliers,
Non era un periodo da dire rosari
C’erano tante domande che bisognava farsi
Per continuare a vivere bisogna lottare, paparino moi…

Signor Tuttobianco
Se lei, un bel giorno, partirà
A piedi in avanti
Verso i suoi castelli in paradiso
Signor Tuttobianco
Il paradiso magari sarà anche carino
Pregate per me
Io non ne ho il tempo

Perché vivrò sempre a Aubervilliers
Con le braccia avvinte alla mia miseria
Non si avranno più tante domande da farsi
Nella vita bisogna amarsi, paparino moi.

Signor Tuttobianco
Se io insegnassi la carità
Ben ordinata
Nei miei castelli di Aubervilliers
Signor Tuttobianco
Non è certo lei che andrei a trovare
Per farmi indicare
Quel che bisogna dare.


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