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Achtung Banditen ! (10)

La pendule fait tic tac tic tac, les marteaux piqueurs font pic pic pic pic, glou glou glou font les canalisations
et la cloche du couvent fait ding ding dong
Mais ...


Quoi, quoi, qu'est -ce que tu marmonnes encore, dit Lucien l'âne en arrivant au petit galop clop, clop, clop de celui qui est en retard.


D'abord, dit Mârco Valdo M.I., je ne marmonne pas... Je chantonne. Nuance. Et c'est du Trenet, alors, silence, je compose...


Tu composes quoi ? Une chanson ? Quelle chanson..? dit Lucien l'âne tout agité car il sent le mystère. Avec des marteaux-piqueurs et des canalisations... Qu'est-ce que tu me chantes... ? Et puis, une pendule et encore une cloche et même un couvent, je n'y comprends rien.


Ne t'inquiète pas, Lucien mon bon ami, je m'en vais t'expliquer tout ça calmement et tu verras combien c'est logique et comme tout se tient bien dans cette histoire que je vais te raconter là, maintenant.


J'y compte bien, car je ne comprends rien jusqu'à présent. Je croyais que tu allais me raconter un épisode d'Achtung Banditen ! et voilà que tu chantonnes, dit l'âne en faisant un saut de côté et une petite ruade. C'est à cause des taons, avec le temps qui est lourd, les taons sont difficiles.


Mais qui te dit que ce n'est pas un épisode d'Achtung Banditen ! Pas moi, en tous cas. Je t'annonce même le contraire, mon brave Lucien. C'est un feuilleton d'Achtung Banditen ! C'est même le dixième...


Ah, Ah, dit Lucien l'âne en singeant Bosse-de-Nage qui n'est pas là et dont on se demande s'il viendra un jour, mais là n'est pas la question. De quel Achtung Banditen !, celui avec Marco Camenisch ou celui avec Paolo à Rome ?


Désolé pour toi, ce n'est ni l'un, ni l'autre. En fait, c'est moi qui l'ai rangé dans la catégorie des Achtung Banditen ! Ach ! Terroristen... En fait, tu le verras au fil de l'histoire tous les Achtung Banditen ! ont ceci de commun, que ce sont des histoires assez explosives et qu'il s'agit chaque fois d'attentats politiques qui visent à frapper une puissance énorme avec des moyens somme toute fort réduits. C'est souvent un groupe d'hommes, parfois, un individu, qui affrontent des forces supérieures en nombre, en armements, en puissance... et généralement, des forces qui entendent imposer par la force leur point de vue, leur façon d'organiser le monde à leur profit. Ceux qui se rebellent sont traités comme tu l'as remarqué de terroristes.

 

 





Oui, oui, dit Lucien l'âne. Mais je ne vois pas le rapport avec ta chansonnette.


D'accord, ce n'est pas évident. Que disait ma petite chanson que tu as interrompue trop tôt, sinon tu aurais déjà mieux compris. La pendule, tic, tac : tu sais qu'il faut être prêt à temps quand on mène une action et que d'autre part, le tic, tac... même dans Tintin, c'est le bruit de la bombe. Les marteaux-piqueurs, pic,pic : mais c'est le travail du sapeur que de faire le trou pour poser la bombe au bon endroit. Les canalisations : glou, glou : quand tu creuses pour installer une bombe, dans nos mondes superéquipés, tu rencontres partout des canalisations, et des égouts... Le ding, dong est bien celui du couvent voisin, mais tu vas le découvrir plus loin.


Oh, oh, dit Lucien l'âne, ça devient bougrement intéressant.


Alors, voilà, je voulais présenter un épisode qui raconte l'attentat qui envoya haut dans les airs un amiral espagnol, par ailleurs chef du gouvernement espagnol en 1973. C'était un épisode qui m'était quasiment donné par mes amis de « Canzoni contro la guerra » ou « Songs against war » où partant d'une chanson espagnole de Soaks, traduite en italien, ils faisaient un récit de l'affaire Carrero Blanco et présentaient la chanson de Soaks. Je l'ai traduite à mon tour en français et je me suis dit que cela t'intéresserait.


Bon sang d'âne, mais tu as bien fait. Sûr que ça m'intéresse., dit Lucien piétinant des ses deux pieds avant un pissenlit de joie.

 

Puis, comme je me préparais à raconter cette histoire, j'ai eu en mémoire une chanson de Charles Trenet, qui n'avait rien d'un terroriste – encore qu'il fit une révolution dans la chanson et qu'il était lui-même assez explosif... Une chanson de Trenet, mais chantée à la fois – je veux dire dans ma tête, pas dans la réalité – par Trenet et par Georges Brassens. T'imagine la fête ! Cette chanson était liée au sujet , car elle s'intitule Boum... et elle est pleine de boums. Or, Boum, c'est précisément le bruit, disons plus exactement, la représentation du bruit – on dit onomatopée – d'une bombe qui explose. Et de fil en mèche, j'en ai fait une parodie reprenant l'histoire de l'amiral volant, sous le titre de L'amiral Boum. Je ne sais si Trenet me pardonnera, mais Brassens aurait certainement bien apprécié, même s'il n'y a plus de Pyrénées...


L'envol de Carrero

Madrid 20 décembre 1973. L'amiral Carrero Blanco établit l'imbattable record de saut en hauteur à l'automobile.

 

 

J'ai comme le vague pressentiment que l'insertion dans une collection de « Chansons contre la guerre »d'une chansonnette devenue par la suite presque populaire, qui se réjouit, et pas un peu, d'un attentat à la dynamite qui coûta la vie à la victime désignée – laquelle était un grandissime tas de merde – mais aussi à un pauvre chauffeur qui avait commis l'unique faute de conduire la voiture de ce tas de merde en question, pourrait provoquer quelque discrète « perturbation » dans nombre d'âmes non-violentes, pacifistes à outrance, etc. Je le comprends. Comme je comprends que le fait que l'attentat fut organisé et mené à bien par l'ETA pourrait créer encore plus de perturbation. Celui qui a un peu de mémoire aura déjà compris que le tas de merde en question s'appelait Luis Carrero Blanco; il était le successeur désigné de Francisco Franco, son collaborateur le plus proche depuis le « pronunciamento » de 1936 qui déclencha la guerre civile espagnole (un million de morts), le très catholique exécuteur de tous les massacrés et de tous les fusillés et de tous les garrotés du Caudillo, etc. D'accord, d'accord, l'ETA qui l'écarta le 20 décembre 1973 par l'opération « Ogre » (ce qu'en effet, Carrero était!) serait un groupe « terroriste », mais il faut toujours se demander qui étaient et qui sont les vrais terroristes ? Quarante ans et des poussières de terreur en Espagne, qui l'a fait ? Telle est la vraie question. Chacun aura sa réponse. Cependant, j'en donne une, qui ouvrira peut-être aussi des controverses ultérieures dans ce site heureusement multilatéral; et c'est une réponse très simple. Parfois pour être vraiment « contre la guerre », la guerre, il faut la faire. La firent en Espagne, ceux qui pendant trois ans combattirent le franquisme et furent écrasés dans le sang. La firent aussi ceux qui organisèrent l'attentat contre Carrero Blanco, ce qui interrompit le processus de continuité du régime et sans doute, accéléra la mort de Franco (deux ans plus tard) et la fin de son régime sanguinaire qui était un État en guerre continue contre l'humanité et contre la vie. Luis Carrero Blanco était un des hommes les plus détestés d'Espagne. Après tant d'années, de pareilles chansons, connaissant de plus un processus de « popularisation » rapide ne peuvent être écrites, s'il n'y a pas une vraie et profonde haine. Une chanson d'une terrible ironie, une moquerie méchante ... comment a-t-il gagné cette haine, Carrero ? Au nom de la paix, toujours et partout, acritique et supérieurement couarde, c'est la guerre qui triomphe. Depuis le temps de la Pax Romana d'Octave Auguste, la paix a toujours bien plu au pouvoir : la paix pour faire ce qu'il veut. Même Mussolini fut longtemps glorifié pour avoir « pacifié » l'Italie, et ensuite, ruiner le pays pour faire la guerre. Et, Francisco Franco ne fut-il pas, au fond, aussi un pacifiste quand il refusa d'entrer dans cette guerre mondiale ?

 

La paix d'hommes comme Carrero Blanco est parfaitement synthétisée dans une affirmation qu'il fit peu avant d'être propulsé dans l'éternité : « Si en Espagne, on finit par comprendre que tous ceux qui descendent dans la rue pour créer de la confusion, doivent être reçus à coups de fusil par la police, ce sera la fin du désordre. »

 

 

L'Ogre

 

 

Luis Carrero Blanco, né à Santona en 1903, entre à l'académie navale en 1918. En1925, il rencontre pour la première fois Francisco Franco (1892-1975), à cette époque colonel; des deux sympathisent rapidement et en 1934, ils collaborent ensemble à la répression de la grève des Asturies.

En 1936, Franco après la victoire électorale du Front Populaire, déclencha un soulèvement contre le gouvernement républicain, donnant le départ à ce qui passa à l'histoire sous le nom de Guerre Civile Espagnole. Carrero Blanco appuya immédiatement le soulèvement militaire et contribua à sa victoire en 1939, initiant ainsi une collaboration étroite avec le dictateur, collaboration qui sera interrompue seulement en 1973 par son mémorable vol plané en automobile.

 

Au cours des années, Carrero Blanco eut des charges toujours plus importantes : ministre de la Président en 1951, vice-Président du Gouvernement en 1967. En 1969, il fut des soutiens les plus acharnés du choix de nommer le prince Juan Carlos de Bourbon, successeur de Franco avec le titre de roi.

 

En juin, 1973, Francisco Franco (81 ans) nomma l'amiral Carrero Blanco, président du gouvernement, charge détenue jusque là par le Caudillo lui-même, lequel resta néanmoins chef de l'État et généralissime des armées.

 

Surnommé l'Ogre en raison de sa détermination et de sa férocité dans la répression, Luis Carrero Blanco fut la victime d'un attentat dynamitard des plus spectaculaires organisé par les séparatistes basques de l'ETA militaire – à Madrid, le 20 décembre 1973,

Huit mois auparavant, un commando opérationnel ( dénommé « TXIKIA », en l'honneur de Eustakio Mendizàbal « Txikia », membre de l'ETA assassiné par la police en avril 1973 à Algorta – en Biscaye – près de Bilbao) de quatre membres de l'ETA, plus des membres logistiques (José Ignacio Abaitua Gomeza "Marquín", José Miguel Beñarán Ordeñara "Argala", Pedro Ignacio Pérez Beotegui "Wilson", Javier María Larreategui Cuadra "Atxulo", José Antonio Urruticoechea Bengoechea "Josu" et Juan Bautista Eizaguirre Santiesteban "Zigor" ) avait loué un sous-sol au 104 de la Calle Claudio Coello, à Madrid; d'où, en se faisant passer pour des électriciens effectuant un raccordement, ils avaient creusé un long tunnel jusqu'au centre de la chaussée, pour y installer une charge explosive très puissante.

Par cette rue passait chaque jour, le routinier Luis Carrero Blanco; ses horaires et son parcours étaient invariables. Il se sentait tellement en sécurité qu'il avait plusieurs fois refusé une escorte et des mesures de sécurité spéciales, malgré que l'hypothèse d'un attentat l'effraya plusieurs fois.






 


 


Très catholique, comme il convenait à une personnalité en vue du régime clérico-fasciste espagnol, Carrero Blanco était sorti comme chaque matin à huit heures de sa maison de la Calle de Los Hermanos Bécquer. Il monta dans sa Dodge Dart noire blindée, immatriculée PMM – 16416 et se rendit à la messe pour prier à l 'église de S. Francisco de Borja, annexe du couvent des Jésuites de Serrano. A 9 h 36, le 20 décembre 1973, il sortit de l'église et tandis que la Dodge Dart avec à son bord Carrero Blanco, le chauffeur José Luis Pérez Mogena et le policier José Antonio Bueno Fernández, passe par la Calle Claudio Coello, à l'endroit prévu explosa environ 500 kg de Goma-2.

L'explosion fut si violent qu'elle propulsa la grosse automobile (2300 kg) de Carrero Blanco à plus de vingt mètres de hauteur en lui faisant dépasser le toit (et les cinq étages) d'un couvent annexe à l'église. L'auto « atterrit » sur le balcon du deuxième étage de l'édifice, de l'autre côté du bâtiment. Bien que mortellement blessés, les occupants furent transportés à l'hôpital; ils moururent néanmoins très vite.

 

Quinze minutes après l'attentat devait commencer le procès de dix membres du syndicat clandestin des « Commissions ouvrières »; la date et l'heure de l'attentat furent peut-être choisies pour ce motif.

 

Un des membres du commando de l'ETA fut assassiné quelques mois plus tard.

 

Un membre du même commando TXIKIA déclara par la suite :

 

« En soi et pour soi, l'exécution visait plusieurs buts très claires. Depuis 1951, Carrero Blanco assurait quasiment la charge de chef du gouvernement du Régime. Carrero symbolisait mieux que tous la figure du « franquisme pur », sans pour cela être lié à aucune des tendances franquistes. Son but était d'amener l'Opus Dei au pouvoir absolu. Homme sans scrupules, il avait progressivement construit son propre État dans l'État; il avait créé un réseau d'informateurs dans les ministères, dans l'armée, dans la Phalange et jusque dans l'Opus Dei. Sa police réussit à s'infiltrer dans tout l'appareil franquiste. Il était devenu ainsi l'élément-clé du système et une pièce fondamentale des jeux politiques de l'oligarchie. D'un autre côté, il avait réussi à devenir irremplaçable par son expérience et sa capacité de manœuvre et car personne autant que lui ne savait maintenir l'équilibre à l'intérieur du franquisme ».

 

C'est probablement dès le lendemain de l'attentat, qui fut accueilli avec une authentique jubilation dans toute l'Espagne antifranquiste, que commencèrent à circuler de terribles blagues comme celle-ci : A la mort de Francisco Franco, le Caudillo, bien connu comme un vaniteux envieux, s'adressa à Saint Pierre et lui dit : « Mais comment se fait-il que Carrero a déjà l'auréole...? . Et Saint Pierre lui répondit : « Ce n'est pas son auréole, c'est le volant de la voiture »... ou des plaisanteries sur le « record du monde de saut en hauteur à l'automobile » qui donnait enfin à l'Espagne un recordman mondial à une époque où l'athlétique Espagne faisait de la peine. Cela aussi rend compte du climat qu'avait suscité l'élimination du hiérarque. Ce fut peut-être l'unique moment dans l'histoire où toute la population espagnole antifranquiste fut favorable à l'ETA.

 

A l'annonce de la mort de son « dauphin », Francisco Franco déclara que « son ultime lien avec la vie avait été coupé ». (Il attendit pourtant encore deux ans avant de rejoindre son « dauphin » auréolé). Le pauvre malheureux ne se préoccupait évidemment pas des centaines de milliers de vie que lui, Carrero et tous les autres avaient coupées depuis 1925 dans le Riff, les Asturies et durant la guerre civile.

 

En 1980, le cinéaste italien Gillo Pontecorvo tourna ce film « Ogre », qui reconstruit fidèlement toutes les phases de la préparation et de l'exécution de l'attentat. Basé sur le livre « Operacion Ogro » de l'écrivaine anarchiste catalane Eva Forest Tarrat (1928-2007), il fut interprété entre autres par Gian Maria Volonté, Eusebio Poncela, José Sacristán e Angela Molina. La musique était d'Ennio Morricone.

 


 


 


 

 


 


 


L'Envol de Carrero

 

Hai, hai, qui a fait voler l'amiral ?

 

Jeudi avant le déjeuner

Carrero devait aller prier

Mais il ne put aller prier

Car il devait voler.

 

Et il s'est envolé, ainsi Carrero a volé

Et il s'est envolé et il arriva ainsi bien haut

Et il s'est envolé, ainsi Carrero a volé

Et il s'est envolé et il arriva ainsi bien haut

 

Même si Carrero fut ministre de la marine

Son unique rêve avait toujours été de voler

Jusqu'au jour où l'ETA militaire

transforma enfin son rêve en réalité.

 

Elle fit sauter

un pétard, BOUM !

Et jusque par dessus le toit, BOUM

Elle l'a fait sauter.

 

 

Et Carrero a volé, a volé, a volé

Et puis du haut du toit est tombé

Et Carrero a volé, a volé, a volé

Et puis du haut du toit est tombé

 

 

Il s'est envolé, envolé, envolé, Carrero

Il s'est envolé, envolé, envolé, le salaud.

 

 

Je dois te dire que si tu veux voir cette fameuse performance de l'amiral, tu peux aller sur le site de Canzoni contro la guerra, il y a un extrait du film L'Ogre; c'est très parlant. Et maintenant, dit Mârco Valdo M.I., je vais te montrer ma chanson, ma parodie, rien que pour le plaisir et puis, quand même, elle dit bien ce que je pense à propos des Achtung Banditen !... J'insiste sur le fait que c'est une parodie...


Oui, oui, dit Lucien l'âne aux yeux noirs comme le diamant et aux dents d'ivoire éléphantesque. En avant toute pour L'Amiral BOUM.

 

L'amiral Boum

 

 

La pendule fait tic tac tic tac
Les marteaux piqueurs font pic pic pic pic
Glou glou glou font les canalisations
Et la cloche du couvent fait ding ding dong
Mais ...

Boum
L'amiral a fait Boum
Tout avec lui a dit Boum
Et l'auto a fait Boum Boum

Boum
Quand l'amiral s'envole
Tout avec lui dit Boum
Et c'est l'Espagne qui rigole.

Tout a changé depuis
Et la rue a des yeux qui regardent aux fenêtres
Et les gens se sourient
Et l'Espagne va renaître

Boum
L'amiral a fait Boum
Tout avec lui a dit Boum
Quand l'auto a fait Boum Boum


Boum
Le monde entier fait Boum
Tout l'univers fait Boum
Quand les dictateurs font Boum Boum
Boum
Mon cœur fait Boum Boum
Il fait toujours Boum Boum

Quand les dictateurs s'envolent.

Boum Boum Boum...

Boum Boum Boum...

 

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