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29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 23:31

LE VIOL

 

Version française – LE VIOL – Marco Valdo M.I. – 2013

Monologue italien – Lo stupro – Franca Rame – 1981

 

Texte de Franca Rame.
Publié dans "Quotidiano Donna" « Quotidien Femme » en 1973
Ensuite monologue théâtral, « Le Viol », en 1981.

 

 

 


 

 

 

 

 

Franca Rame est disparue ce 29 mai 2013, à l'âge de 84 ans. Ce maudit mois de mai semble ne vouloir jamais finir.

 

En 1973, Franca Rame fut enlevée et violée par un groupe de fascistes. Le fascisme signifie exactement ceci, sans ultérieures et inutiles précisions : le viol de l’intelligence, du courage et de la combativité par des moyens bestiaux. Les fascistes violent une femme de la même manière dont ils violent l'Histoire.

 

Franca Rame eut le courage de l'écrire, de le raconter, de le réciter en public. Pour que tous sachent ce que ça signifie.

 

Ses violeurs ont subi une procédure pénale arrivée à son terme après vingt-cinq ans et, donc, tombée sous le coup de la prescription.

 

Au dernier jour de sa vie, nous voulons la saluer en reproposant ce morceau terrible, et vrai. [CCG/AWS Staff]

 

 

 

Finalement, Lucien l'âne mon ami, nous y voici... Je connaissais le texte du « stupro » de Franca Rame, je connaissais son histoire... Et bien, il faut que je te dise, que j'ose avouer que je n'avais jamais osé le traduire... C'était trop dur. Et puis, j'avais comme une sorte de réticence morale à le faire.

Mais à présent qu'il est là dans les Chansons contre la Guerre, dans cette rubrique consacrée à la violence contre les femmes... Je n'ai plus aucune réticence à en faire une traduction, une version française. Sans doute a-t-il été déjà traduit mille fois, sans doute y a-t-il de meilleures versions françaises, mais qu'importe... Voici la mienne. Hommage à cette grande dame et honte, mille fois honte à ces fascistes... Oh, avec un réflexe de langage, j'allais dire ces bêtes... mais ce n'était pas le bon mot, pas le mot qui convenait... Car aucune bête, même et surtout sauvage, ne ferait ce que ces imbéciles ont fait. Ils n'étaient pas qu'imbéciles... Ils étaient imbéciles et fascistes... Car un imbécile normal ne ferait jamais ce qu'ils ont fait.

Ce ne pouvait être que des imbéciles, imbéciles parce que fascistes. Ce viol politique de Franca Rame était comme une réminiscence de ce qu'ils avaient fait – les fascistes, ces imbéciles, pendant le ventennio à l'Italie, à la population italienne, aux populations grecques, albanaises, libyennes, éthiopiennes... Ce que leurs alliés nazis avaient fait au poète Mühsam, ce qu'ils avaient fait aux anarchistes, aux socialistes, aux opposants de tous bords... À tous ceux de quelque origine qu'ils fussent, qu'ils ont jetés dans les camps, qu'ils ont torturés et fait disparaître de mille façons...

Je n'en dirai pas plus.

 

Tu as raison, le départ de Franca Rame : c'est jour de silence, c'est une nuit de silence, un silence dans la nuit.

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Le viol

 

 

Au centre de l'espace scénique vide, une chaise.

 

PROLOGUE

 

FRANCA RAME : Encore aujourd'hui, vraiment pour l’imbécile mentalité courante, une femme ne convainc vraiment d'avoir été violée contre sa volonté, que si elle a la « chance » de se présenter aux autorités compétentes - battue et sanglante, si elle se présente morte, c'est mieux ! Un cadavre avec des signes de viol et de sévices donne plus de garanties. Cette dernière semaine, au tribunal de Rome, sont arrivées sept dénonciations de viol.

Des étudiantes attaquées pendant qu'elles allaient à école, une malade attaquée à l'hôpital, des femmes séparées massacrées par des maris, sûrs de leurs bons droits. Mais le fait plus obscène est le rite terroriste auquel des policiers, des médecins, des juges, des avocats de la partie adverse soumettent une femme, victime de viol, lorsque celle-ci se présente dans les lieux compétents pour demander justice, avec l'illusion de pouvoir l'obtenir. Ce que je vous lis est la transcription du procès-verbal d'un interrogatoire pendant un procès pour viol, c'est tout entier un dégueulasse et ricanant rite de dérision.

 

LE MÉDECIN

Dites, mademoiselle, ou madame, pendant l'agression avez-vous éprouvé seulement du dégoût ou aussi un certain plaisir… une inconsciente satisfaction ?

 

LE POLICIER

Ne vous êtes-vous pas sentie flattée que tant d'hommes, quatre à ce qu'il semble, tous ensemble, vous désiraient tant, avec une si dure passion ?

 

LE JUGE

Êtes-vous restée toujours passive ou à un certain point avez-vous participé ?

 

LE MÉDECIN

Vous êtes vous sentie excitée ? Impliquée ?

 

L'AVOCAT DÉFENSEUR des VIOLEURS

Avez-vous senti que vous mouilliez ?

 

LE JUGE

N'avez-vous pas pensé que vos gémissements, dus certes à la souffrance, pouvaient être compris comme des expressions de jouissance ?

 

LE POLICIER

Avez-vous joui ?

 

LE MÉDECIN

Avez-vous atteint l'orgasme ?

 

L'AVOCAT

Si oui, combien de fois ?

 

Le morceau que je vais interpréter maintenant a été tiré d'un témoignage paru dans le « Quotidien Femme », témoignage que vous rapporte textuellement.

 

Elle s'assied sur l'unique chaise posée au centre de la scène.

 

FRANCA

 

Il y a une radio qui joue… mais je l'entends seulement un peu après. Seulement un peu après, je me rends compte qu'il y a quelqu'un qui chante. Oui, c'est une radio. Musique légère : ciel étoiles coeur amour… amour…

J'ai un genou, un seul, planté dans le dos… comme si celui est derrière moi tenait l'autre appuyé par terre… avec ses mains, il tient les miennes, fort, en me les tournant à l'envers. La gauche en particulier.

Je ne sais pas pourquoi, je me mets à penser qu'il est peut-être gaucher. Je ne comprends rien à ce qui m'arrive.

J'ai sur moi l'épouvante de quelqu'un qui est en train de perdre son cerveau, sa voix… ses mots. Je prends conscience des choses, avec une incroyable lenteur… Dieu, quelle confusion ! Comment suis-je montée dans cette camionnette ? Ai-je levé les jambes, l'une après l'autre, poussée par eux ou m'ont-ils chargée, en me soulevant comme un sac ?

Je ne le sais pas.

Il y a mon coeur, qui bat si fort contre mes côtes, qui m'empêche de raisonner… il y a ce mal à la main gauche, qui devient vraiment insupportable. Pourquoi me la tordent-ils tant ? Je ne tente aucun mouvement. Je suis congelée.

Maintenant, celui qui est derrière moi n'appuie plus son genou contre mon dos… s'est assis confortablement… et il me tient entre ses jambes… fortement… par derrière… comme on faisait il y a des années, lorsque on enlevait les amygdales aux enfants.

L'image qui me vient à l'esprit, c'est cela. Pourquoi me serrent-ils tant ? Je ne me bouge pas, pas un hurlement, je suis sans voix. Je ne comprends pas ce qui m'arrive. La radio joue, même pas très fort. Pourquoi la musique ? Pourquoi l'abaissent-ils ? Peut-être est-ce parce que je ne crie pas.

Outre celui qui me tient, il y en a trois autres. Je les regarde : il n'y a pas beaucoup de lumière… ni beaucoup de place… peut-être est pour cela qu'ils me tiennent à moitié étendue. Je les sens calmes. Très sûrs. Que font-ils ? On allume une cigarette.

Fument-ils ? Maintenant ? Pourquoi me tiennent-ils ainsi et fument-ils ? Il se passe quelque chose, je le sens… Je respire à fond… deux, trois fois. Non, je suis en plein brouillard… J'ai seulement peur…

Maintenant, il y a un qui se glisse tout contre moi, un autre se couche à ma droite, un autre à gauche. Je vois le rouge des cigarettes. Ils aspirent profondément.

Ils sont très proches.

Oui, il se passe quelque chose… je le sens.

Celui qui me tient par derrière, tend tous ses muscles… je le sens autour de mon corps. Il n'a pas accru son étreinte, il a seulement tendu ses muscles, comme pour être prêt à me tenir plus fort. Le premier qui avait bougé, se met entre mes jambes… à genoux… en me les écartant. C'est un mouvement précis, qui semble accordé avec celui qui me tient par derrière, car ses pieds se mettent subitement sur les miens pour me bloquer.

J'ai mon pantalon. Pourquoi m'ouvrent-ils les jambes avec le pantalon ? Je me sens plus mal que si j'étais nue !

De cette sensation, me distrait un quelque chose que je n'arrive pas à reconnaître tout de suite… une chaleur, d'abord ténue et ensuite de plus en plus forte, jusqu'à devenir insupportable, sur le sein gauche.

Une pointe de brûlure. Les cigarettes… sur le golf jusqu'à la peau.

Je me retrouve à penser à ce que devrait faire une personne dans ces conditions. Je ne réussis pas à faire quoi que ce soit, ni à parler ni à pleurer… Je me sens comme mise à une fenêtre, forcée à regarder quelque chose d'horrible.

Celui couché à ma droite allume les cigarettes, il tire deux fois et ensuite les passe à celui qui est entre mes jambes. Elles se consument vite.

La puanteur de la laine brûlée doit déranger ces quatre-là : avec une lame, ils coupent mon golf, devant, en longueur… ils coupent aussi mon soutien-gorge… ils me taillent même la peau en surface. À l'expertise médicale, on mesurera vingt et un centimètres. Celui qui est entre mes jambes, à genoux, me prend les seins à pleines mains, je les sens glaciales sur mes brûlures…

Maintenant… ils ouvrent la tirette de mon pantalon et ils s'y mettent tous pour me déshabiller : une seule chaussure, une seule jambe.

Celui qui me tient par derrière s'excite, je sens qu'il se frotte contre mon dos.

Maintenant celui qui est entre mes jambes me pénètre. J'ai envie de vomir.

Je dois être calme, calme.

« Remue-toi, putain. Fais-moi jouir ». Je me concentre sur les mots des chansons ; mon cœur se brise, je ne veux pas sortir de la confusion où je suis. Je ne veux pas comprendre. Je ne comprends aucun mot… je ne connais aucune langue. Une autre cigarette.

« Remue-toi, putain. Fais-moi jouir ».

Je suis de pierre.

Maintenant, c'est le tour du second… ses coups sont encore plus décidés. Je sens un grand mal.

« Remue-toi, putain. Fais-moi jouir ».

La lame qui a servi à me couper le golf passe plusieurs fois sur mon visage. Je ne sens pas si elle me coupe ou non.

« Remue-toi, putain. Fais-moi jouir ».

Le sang coule de mes joues à mes oreilles.

C'est le tour du troisième. C'est horrible de sentir jouir en soi des bêtes dégoûtantes.

« Je meurs, – j'arrive à dire – je suis malade du coeur ».

Ils croient, ils ne croient pas, ils se querellent.

« Faisons la descendre. Non… oui… » Une gifle vole entre eux. Ils écrasent une cigarette sur mon cou, ici, jusqu'à l'éteindre. Voilà, là, je crois m'être finalement évanouie.

Ensuite, je sens qu'ils me bougent. Celui qui me tenait par derrière me rhabille avec des mouvements précis. Il me rhabille, moi je ne peux pas. Il se plaint comme un enfant car il est l'unique qui n'ait pas fait l'amour… pardon… l'unique, qui n'ait pas ouvert son pantalon, mais je ressens sa hâte, sa peur. Il ne sait pas comment faire avec mon golf coupé, il enfile les deux bords dans mon pantalon. La camionnette s'arrête le temps de me faire descendre… et s'en va.

De la main droite, je tiens ma veste refermée sur mes seins découverts. Il fait presque noir. Où suis-je ? Au parc. Je me sens mal… dans le sens où je me sens m'évanouir… pas seulement à cause de la douleur physique dans tout le corps, mais à cause du dégoût… à cause de l'humiliation… à cause des mille crachats que j'ai reçus dans le cerveau… à cause du sperme que je sens sortir. J'appuie ma tête à un arbre… même mes cheveux me font mal… ils me les tiraient pour bloquer ma tête. Je passe ma main sur mon visage… Il est sale de sang. Je relève le col de ma veste.

J'avance… j'avance je ne sais depuis combien de temps. Sans m'en apercevoir, je me retrouve devant la Questure.

Appuyée au mur de l'immeuble en face, je reste là à regarder pendant un bout de temps. Les policiers… des gens qui entrent, qui sortent… Je pense à ce que je devrais affronter si j'entrais maintenant… Je pressens leurs questions. Je vois leurs visages… leurs demi-sourires… Je pense et j'y repense… Puis, je me décide…

Je rentre chez moi… je rentre chez moi… Je les dénoncerai demain.

Noir.

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Marco Valdo M.I.
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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 21:23

RÉFÉRENDUM DE BOLOGNE (suite et fin provisoire)

 

Non aux subventions pour les écoles privées (catholiques)

 

 

Neptune-Jean-de-BOLOGNE.jpeg

 

 

 

Référendum : scrutin achevé, le front qui demande l'abolition du subventionnement par la Commune des écoles maternelles privées frôle les 60 pour cent. La participation atteint 28,7% des votants potentiels.

 

 

 

La question posée par le référendum divisait la société et la politique bolognaises.

En gros, il y a le camp laïque, qui soutient l'enseignement public (A) et le camp confessionnel (en fait, essentiellement catholique) qui soutient l'école privée.

En faveur de l'abolition(A) des subventions aux écoles privées (catholiques), se sont rangés Sel (qui est dans la majorité communale avec le Pd) et le Mouvement 5 Étoiles.

Contre l'abolition (B) et donc pour le maintien du subventionnement aux écoles privées (catholiques), le Pd (à commencer par le maire Virginio Merola), le Pdl, la Ligue, Choix Civique et la Curie.

Lors de la bataille, on a vu dans l'arène beaucoup de personnalités importantes de la politique et de la culture nationale : premiers entre tous, Stefano Rodotà (pour l'abolition du financement public des écoles privées) et le cardinal Bagnasco (défendant – plaidoyer « pro domo » – le subventionnement des écoles catholiques).

 

Une fois les urnes fermées et le dépouillement achevé, la nuit bolognaise fut à deux visages : fête chez les vainqueurs – amertume chez les vaincus.

Le Comité Article 33 (A), qui avait imposé le référendum pour l'abolition du subventionnement public des écoles maternelles paritaires (catholiques), empoche une victoire plutôt nette : 59% contre 41 %.

La participation, du reste, est incontestablement importante, pour un référendum purement consultatif, sans obligation de vote et sans quorum : 85.934 citoyens y ont participé.

 

Quant au résultat du vote, il est assez clair : près de 60 % en faveur de (A) la suppression des subventions publiques (communales) aux écoles privées (catholiques).

Ce qui émerge des urnes est « un résultat dont l'administration devra tenir compte », note le Comité Article 33. « L'école publique – ajoute-t-il – a gagné le référendum malgré le fait qu'une large entente de forces politiques et économiques ait soutenu l'option B (maintien des subventions communales aux écoles catholiques – on parle tout de même de plus d'un million d'Euros par an) de tout son poids. Un résultat qui envoie au pays le message : l'école de tous, laïque et gratuite, est un bien commun et doit rester un droit comme prévu par notre Constitution ».

 

Longues figures, par contre, dans le camp « B » où l'espoir était de vaincre dans les urnes. Aucun des principaux protagonistes, en effet, n'avait fait campagne pour l'abstention. Au contraire même, le maire Virginio Merola (P.D.) s'était démené dans une longue série de rencontres avec la population pour l'inviter à participer au vote et à rejeter la question référendaire. Néanmoins, la défaite consommée, il n'a pas manqué de tenter de minimiser la portée du résultat.

 

« Dorénavant quelque chose changera sur le plan de la défense de la Constitution et sur le plan de la défense de l'école publique. 85 mille personnes ont voté. C'est une ville, ce n'est pas un nombre exigu considérant l'éventail de partis mobilisés contre ». Pour le collectif d'écrivains Wu Ming « C'est un beau succès en considérant que nous avions contre nous peut-être la plus large alliance de forces qu'on ait jamais connu, qui a fait campagne non pour l'abstention, mais pour aller voter B. En s'en tenant aux règles, maintenant la Commune a trois mois pour décider. Les référendaires devront presser la Commune. Le référendum a été fait pour rouvrir une partie, qui aujourd'hui n'est pas finie mais qui commence ».

 

« Dans les référendums finalement comptent les nombres et les citoyens qui souffrent de la crise et sont déterminés à arrêter le pillage des ressources publiques sont de loin plus nombreux que les pouvoirs économiques et politiques qui ont donné de la vie au grand « arrangement », commente l'Union des syndicats de base.

 

« Je n'oublierai pas que le maire avait dit que de ce référendum repartirait le Pd, tant il était convaincu de l'emporter. Au lieu de cela, les choses se sont déroulées différemment et maintenant si Virginio Merola et le Parti démocratique décident d'ignorer le résultat du scrutin d'hier et de passer outre, ils finiront par se cogner ou par tomber dans un précipice », prévient Massimo Bugani (M5S).

 

« Maintenant abolition des subventionnements ». « Dorénavant, notre objectif est d'exiger le respect du résultat du référendum, c'est-à-dire l'abolition des subventions aux écoles paritaires privées », a réaffirmé Maurizio Cecconi (Comité Article 33) dans la conférence de presse post-scrutin.

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Marco Valdo M.I. - dans Asino
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25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 21:14

L'ALARME de MARIA NOVELLA DE LUCA


 

194, AINSI MEURT UNE LOI


L'AVORTEMENT CLANDESTIN

RENAÎT EN ITALIE

 

La Repubblica – 23 mai 2013

 

http://inchieste.repubblica.it/it/repubblica/rep-it/inchiesta-italiana/2013/
05/23/news/aborti_obiettori_di_coscienza-59475182/?ref=HRER2-1

 

 

avortement-homme.jpeg

 

 

Plus de 80% des gynécologues sont objecteurs de conscience et les femmes repoussées des institutions retournent au secret : il y aurait vingt mille interruptions de grossesse illégales calculées par le ministère de la Santé, mais selon d'autres estimations, il y en a au moins le double. Ambulatoires, hors-la-loi et médicaments de contre-bande. « Une défaite pour tous, car la norme fonctionnait, mais c'est devenu un steeple-chase »

 

 

gardez-vos-prieres.jpeg

 

 

DE ROME

 

L'avis est écrit au marqueur, parfois sur un morceau de carton. « On n'effectue plus d'Ivg ici ». C'est-à-dire d'interruptions volontaires de grossesse. En clair : d'avortements. Des portes barrées, des départements fermés, jour d'après de quelque chose qu'il y avait, qui fonctionnait, et qui est maintenant hors d'usage, démantelé, abandonné. « Tous les médecins sont des objecteurs de conscience, allez ailleurs ! ». Ailleurs, c'est l'Italie qui tourne à la clandestinité : du nord au sud pour des régions entières, l'avortement légal a été rayé. Plus de de 80% des gynécologues, et plus de 50% des anesthésistes et des infirmiers n'appliquent plus la loi 194. Ça se passe à Rome, à Naples, à Bari, à Milan, à Palerme. Les femmes repoussées des institutions retournent au silence et au secret, comme il y a quarante ans . Certaines meurent, d'autres deviennent stériles, mais personne n'en parle. Vingt mille interruptions de grossesse illégales calculées par le ministère de la Santé sur base d'estimations plus mises à jour depuis 2008, quarante mille, peut-être cinquante mille en réalité. Septante-cinq mille avortements spontanés déclarés en 2011 selon l'Istat, mais un tiers sont le fruit probablement d'interventions « domestiques » finies mal. Des cliniques hors-la-loi, de la contrebande de médicaments : sur le corps des femmes est revenu fleurir l'ancien et riche bizness que la loi 194 avait presque extirpé.

 

Mais qui donc gère aujourd'hui ce « commerce » ramifié ? Quelles sont les routes de l'avortement clandestin, qui fait retomber notre pays dans le climat sombre des années antérieures au 22 mai 1978, quand finalement en Italie l'interruption volontaire de grossesse devint légale ? Et les avortements (légaux) commencent à diminuer, en arrivant aujourd'hui à être 53,3% en moins par rapport aux années Quatre-vingt.

 

 

 

 

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CLINIQUES ET CONTREBANDE

 

Réseaux d'ambulants hors-la-loi : le dernier géré par la mafia des Chinois a été démantelé à Padoue par la Garde de Finance il y a quelques semaines, et encaissait quatre mille euros par jour. Parmi les clientes, même femmes italiennes. Et ensuite enlèvements, vente de médicaments abortifs, fabrication de Ru486 de contrebande, 188 procédures pénales ouvertes dans la dernière année pour violation de la loi 194, souvent contre d’insoupçonnables professionnels qui agissaient dans leurs cabinets de consultation. Des femmes qui recommencent à mourir de septicémie, et des femmes qui migrent d'une région à l'autre en cherchant (souvent en vain) ces services qui assurent encore l'interruption volontaire de grossesse. Des gamines et des immigrées qui hantent les couloirs du metrò en cherchant les blisters d'un médicament pour l'ulcère à base de « misoprostolo » (Misoprostol - http://fr.wikipedia.org/wiki/Misoprostol) qui pris en doses massives provoque l'interruption de grossesse, vendu par les gangs sud-américains qui le font venir dans le port de Gênes des Etats-Unis. Dix pilules, 100 euro au marché noir, moins de la moitié si on l'achète sur Internet. Et les très jeunes avortent toutes seules, dans la baignoire faamiliale, pour que de la loi ou du juge tutélaire ne savent rien, car à l'hôpital la liste d'attente est trop longue et les plannings familiaux sont toujours moins nombreux. (De 2007 à 2010, ils en ont supprimés presque 300).

 

Alem par exemple, 17 ans, née Italie de parents égyptiens, bonne et brillante à école, hospitalisée dans le coma à Vérone pour un avortement provoqué avec un crochet. « Je ne voulais pas que mes parents s'apercevaient que j'étais enceinte - a-t-elle raconté - et à l'hôpital, ils ne m'ont pas voulue parce que j'étais mineure… ». Ou Irene, qui a grandi au sein des Vele de Scampia (Naples), déjà enfant-mère à 14 ans, à 16 ans avorte dans la baignoire familiale, mais se trompe de doses de misoprostolo, et finit dans un grand dispensaire de Naples entre la vie et la mort. « Je suis trop pauvre pour avoir un autre fils » avoue-t-elle aux médecins. Ou, encore, et c'est toujours au Sud, la pauvre histoire de l'achat et vente d'un nouveau-né, imaginée par un gynécologue de Caserte, Andrea Cozzolino, fini en prison le 8 mai passé. Il avait convaincu une jeune femme mineure qui s'était tournée vers lui pour un avortement clandestin, à accoucher, et ensuite vendre son enfant pour 25 mille euros…

 

Le pourcentage de réussite de ces avortements solitaires, presque toujours pharmacologiques et dont on trouve des instructions détaillées sur le net, est élevé : au-delà de 90%, mais celle qui se trompe y risque la vie. Le gynécologue Carlo Flamigni commente amer: « Contre la 194, il y a une conspiration du silence. Accéder aux services est toujours plus difficile, un steeple-chase, et les femmes moins expertes, plus fragiles, les plus jeunes, les étrangères, finissent dans le piège de l’illégalité. Je crois qu'aujourd'hui dans le marché clandestin, on trouve n'importe quelmédicament, même le Ru486. C'est une défaite pour tous, parce que la loi fonctionnait, et fonctionnait bien ».


MOURIR D'AVORTEMENT.

 

Pilar a 50 ans, le coeur grand et les bras forts. Au Pérou, elle était obstétricienne, ici elle assiste depuis vingt ans les femmes migrantes. « Mais il y a vingt ans – raconte-t-elle – dans votre pays, on pouvait avorter en sécurité, et lorsque les femmes étaient libérées, on leur enseignait la contraception ». « La dernière que j'ai accompagnée à l'hôpital m'a dit s'appeler Soledad ; d'elle, je sais peu, si ce n'est qu'elle fait la bonne et a déjà deux enfants en Équateur. Par deux fois, elle avait essayé de trouver un service d'Ivg, après avoir découvert qu'en Italie l'avortement est légal. Par deux fois, ils l'ont renvoyée en lui disant que ce n'était pas le bon jour, que les médecins n'étaient pas là. Ainsi elle l'a fait toute seule – révèle Pilar – avec les pastilles achetées à une amie, et lorsqu'elle m'a appelée, elle avait une très forte fièvre et une hémorragie en cours. Ils l'ont sauvé, elle n'a pas été dénoncée, mais pendant des mois, il était si faible qu'elle n'a pas pu travailler, elle a perdu sa place de bonne, et maintenant elle est inoccupée ». Et ce n'est pas seulement une question de femmes immigrées. « L'avortement clandestin actuellement concerne tous les classes de la société », ajoute Silvana Agatone, gynécologue et président de la Laiga, la ligue italienne pour l'application de la 194, qui depuis des années dénonce l'incroyable dissémination de l'objection de conscience dans notre pays.



« Il y a les avortements dorés, ceux des aristocraties, qui se déroulent en sécurité dans les cabinets de consultation, ou bien à l'étranger. Et puis, il y a les avortements des femmes pauvres, des clandestines, qui achètent des pastilles dans les couloirs du métro, et si quelque chose va mal se présentent aux Urgences en affirmant avoir eu un avortement spontané ». L'une se sauve, l'autre non. Comme cette femme nigériane qui arriva « avec une très grave infection dans notre hôpital et est morte de septicémie », se rappelle Silvana Agatone, qui travaille au « San Giovanni » de Rome. C'est allée mieux pour Mariangela, des Pouilles, qui en ne sachant plus où aller après la fermeture du dernier service d'Ivg dans sa province (Matera) raconte sur le forum "aborto-blogspot" (« avortement – blogspot ») s'être adressée grâce au tam tam à une (estimée) gynécologue d'un pays voisin. « Deux mille cinq-cents euros, une intervention chirurgicale stérile et sûre. Comme ils faisaient à ma mère et ma grand-mère, mais sans risques. Tout très triste cependant, je croyais que désormais nous avions droit à l'avortement légal ».



LA FUITE À L'ÉTRANGER.



Mais comme on est arrivé à ce démantèlement progressif d'une loi de l'État ? Est-il légal que des centres hospitaliers entiers n'aient plus de médecins qui appliquent les 194, à trente-cinq ans exacts de son approbation ? « Non, ce n'est pas légal, et en effet comme Laiga, nous avons fait recours au Conseil d'Europe, et notre recours a été accueilli. La vérité est que personne ne veut plus faire des avortements car on est discriminés dans la carrière et obligés à le faire seul et seulement ça ». Quelques données : dans le Latium, 91% des gynécologues sont objecteurs de conscience ; à Bari, les deux derniers médecins qui faisaient les avortements ont décidé d'abandonner le service ; à Naples, le service est assuré seulement par un hôpital dans toute la ville ; en Sicile, le taux d'abstention vis-à-vis de la loi 194 est de 80,6%. « Ceci veut dire que les listes d'attente sont épouvantables, et le risque existe de dépasser le nombre de semaines de grossesse durant lesquelles est permise l'interruption. Mais la vraie tragédie concerne l'avortement thérapeutique – conclut Silvana Agatone – car il s'agit d'une intervention à part entière, pour laquelle sont nécessaires les médecins internes à l'hôpital, le gynécologue, l'anesthésiste, les infirmières, et on ne peut faire appel à des professionnels extérieurs. Vu cependant le nombre de ceux qui pratiquent l'objection de conscience, il est évident que dans des temps très brefs dans les structures publiques italiennes on ne fera plus ce type d'avortements».

 

Et alors les femmes émigrent. Suisse, Angleterre, France. Quatre cents euros pour un Ivg avant le troisième mois, environ 3000 pour un avortement thérapeutique (au-delà de la 22ième semaine) en clinique. Mais toutes ne peuvent pas aller à l'étranger, et pour celles qui restent, la perspective est un calvaire fait d'humiliations et de véritables mauvais traitements en hôpital. Il écrit Serena F. qui a dû avorter à la 23ième semaine pour des très graves malformations du foetus : « Ils m'ont abandonné toute seule, sur un petit lit, pour 15 heures de tourment sans me donner ni des antidouleurs ni rien d' autre ; dans tout l'hôpital, il y avait seulement une jeune gynécologue pas objectrice, mais elle était surchargée de travail, et ainsi elle m'a confiée, si on peut dire, aux soins de deux infirmières. J'ai demandé plusieurs fois un peu d'eau, elles me l'ont apportée après des heures et des heures. Lorsque à la fin, mon très malheureux enfant est né, et est mort vite après, une des infirmières à voix basse m'a demandé si je ne m'avais pas honte de ce que j'avais fait… Le gynécologue l'a entendue et elle s'est mise en rage, celle-là a répondu, ça s'est terminé dans des hurlements. Une douleur folle. Voilà comment on avorte légalement en Italie ».

 

LES CHIFFRES D'UN DRAME.

 

Comment calcule-t-on les chiffres d'un phénomène clandestin ? Avec quels paramètres ? Depuis des années maintenant dans la relation au parlement sur la loi 194, on cite une estimation de 15/20 mille avortements illégaux par an, un nombre calculé seulement sur le taux d'abortivité des femmes italiennes (6.9 pour 1000) et une sous-estimation admise même par le ministère. Beaucoup d'autres éléments cependant portent au moins au doublement de ce chiffre, en faisant monter le nombre des interruptions de grossesse clandestines à 40/50 mille l'an. Entre temps, adaptant les estimations de l'illégalité au taux d'abortivité des immigrées, qui est de 26,4 interruptions par mille femmes, trois fois celui des Italiennes. En analysant ensuite les données de l'Istat (Institut national de la Statistique) par exemple, on voit avec clarté combien les avortements spontanés ont augmenté, en passant des 55 mille cas des années Quatre-vingt, à presque quatre-vingt mille aujourd'hui. Et selon beaucoup de spécialistes ce redressement n'est rien d'autre que le retour de l'avortement clandestin « masqué », exactement comme il se produisait avant la loi, lorsque les femmes après avoir tenté « de faire toutes seules » arrivaient à l'hôpital avec des hémorragies et des douleurs, et les médecins pour les sauver complétaient les avortements, enregistrés comme « spontanés ».

 

 

SUR LE DOS DES MINEURES.

 

 

Franco Bonarini, professeur de Démographie à l'université de Padoue dans la sage « Sexualité et reproduction dans l'Italie contemporaine » explique avec clarté : « L'accroissement du rapport entre les avortements spontanés et les grossesses pourrait être la conséquence d'une augmentation du recours à l'avortement volontaire provoqué illégalement. Même le risque plus élevé pour quelques catégories de femmes, d'immigrées, non mariées pourrait être un indice de ce phénomène ». Encore plus précis le calcul de Bruno Mozzanega, de l'université de Padoue, qui le rattache reconnecte à la diffusion croissante de médicaments pour interrompre la grossesse. « Les avortements clandestins sont encore une réalité sousestimée à 20 mille cas par an ; il faut y ajouter, comme le signale l'Istat, 73 mille avortements spontanés, à augmenter, par rapport à 1982, de 17 mille cas par an. Un accroissement moyen de 30% qui cependant chez les mineures approche les 70%. Si ce surplus d'avortements spontanés représentait seulement une partie des ratés (5-10%) des médicaments abortifs de contrebande, il en ressortirait un nombre d'avortement illégal de dimensions inimaginables à charge surtout des très jeunes, les mêmes qui déjà abusent de la pilule du lendemain ».

LE CALVAIRE DE PIERA

 

« J'ai trois enfants, et la plus petite, Alice, est née avec le syndrome de Down (trisomie 21). Je le savais, je l'ai voulu quand même. Ensuite, il s'est passé l'incroyable : à 44 ans, je suis tombée enceinte pour la quatrième fois. Mauro, Marco, Alice qui absorbe tout mon souffle. Il n'était pas possible d'avoir un autre enfant, avec le risque d'un nouveau handicap. Je suis allée dans un planning familial de ma ville pour commencer les formalités de l'avortement. J'ai dû subir un humiliant interrogatoire de quelques volontaires du Mouvement pour la Vie, mis là par la direction sanitaire, qui pendant deux semaines ont cherché à me faire « réfléchir », en cherchant de me convaincre de ne pas le faire, en me parlant ouvertement d'homicide, pendant que les délais étaient en train d'expirer. Un véritable abus. Hors-la-loi. Comme si je ne souffrais pas déjà assez. J'ai avorté à l'hôpital et ensuite, j'ai dénoncé le directeur de l'Asl… ».



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Marco Valdo M.I.
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23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 22:47

LE RÉFÉRENDUM DE BOLOGNE (SUITE 3)



ÉCOLE PUBLIQUE : LE RÉFÉRENDUM DE BOLOGNE NOUS CONCERNE TOUS.



Anna Angelucci
in micromega – micromega-online

(http://temi.repubblica.it/micromega-online/scuola-pubblica-il-referendum-di-bologna-riguarda-tutti/)

 

 

 

scuola-pubblica1.jpg

 

 



Comme on le verra ci-après, le référendum de Bologne sur la pertinence des financements publics aux écoles catholiques concerne tous les Italiens. « Car Bologne concerne Rome. Le Parlement et l'État Pontifical. Les lois, les pactes et la Constitution italienne. »

On ajoutera... et toute l'Europe, car la question est brûlante partout et partout, on assiste à une offensive lourde principalement de l’Église catholique (ECAR : Église catholique Apostolique et Romaine) qui, atteinte de boulimie financière, se jette avec avidité sur toutes les subventions, tous les subsides, toutes les dotations possibles au détriment des autres confessions et bien entendu, de l'intérêt public, au mépris de l'ensemble des citoyens. En somme, elle se conduit très exactement comme le fait une mafia...

Elle l'a toujours fait, c'est un fait historique que nul ne pourrait mettre en cause. Mais on doit se demander pourquoi elle devient plus vorace encore que par le passé... La réponse est sans doute à chercher bien évidemment dans son avidité, dans sa cupidité légendaires, mais aussi dans l'effondrement des ressources qui lui sont allouées par ses (in)fidèles. Les églises se vident, leurs caisses aussi.

Elle avait perdu la dîme, il y a bien longtemps et elle avait réussi à se faire entretenir par les pouvoirs publics, d'une part et lorsque d’autre part, elle n'arrivait pas à les séduire, elle se tournait vers le « peuple de Dieu ». Mais précisément, ce peuple se détourne de l'Église et le tronc du culte reste de plus en plus souvent démuni.

Elle avait trouvé le biais de faire financer ses écoles, prétextant de la qualité de son enseignement... Mais ce mythe-là aussi se dissout et la voilà, cette séniorie de croyants costumés, qui livre un combat féroce pour sa survie...

L'affaire de Bologne prend ainsi tout son sens, car - on lira par ailleurs le discours que Piero Calamandrei faisait il y a plus de soixante ans « en défense de l'école publique » - la victoire des « référendaires » à Bologne pourrait remettre sur ses pieds l'article 33 de la Constitution italienne et imposer son application partout – ce qui reviendrait à supprimer toute subvention à l'enseignement prive, essentiellement catholique. Au-delà, cela empêcherait la privatisation de l'enseignement, sa mercantilisation, sa soumission aux lois du « marché » et sa vassalisation à l'économie.





Citoyens, encore un effort pour devenir laïques.




Honneur au mérite du comité référendaire de Bologne « Article 33 », qui a mis définitivement à nu, et aux yeux de tous les citoyens italiens, le scandale du financement public des écoles privées.

 

Évidemment pleins d'appréhension, la Commune de Bologne, le Vatican et le Parti Démocratique ont décidé de mettre en ordre de bataille leurs troupes d'assaut (hauts prélats, politiciens, académiques, intellectuels, fonctionnaires de parti les plus bariolés) pour défendre le statu quo et attaquer les initiateurs d'un référendum qui érode la certitude granitique d'un pacte scélérat, ce pacte cathocommuniste qui produisit en 2000 la loi n. 62 sur les écoles paritaires. Juste un an auparavant, en 1999, Rocco Buttiglione avait présenté un projet de loi qui substituait ainsi le troisième alinéa de l'article 33 de la Constitution : « des organisations et des privés ont le droit de créer des écoles et des instituts d'éducation », en rayant la mention « sans charges pour l'État ». On ne peut certes nier que Buttiglione avait les idées claires mais, hélas, il ne devint ministre de l'Instruction. À sa place, de bonne volonté Luigi Berlinguer résolut plus ambigument la question avec une loi ad hoc, qui, en respect aux propositions élaborées du Groupe National École Catholique de CEI, reconnaissait aux écoles privées paritaires (catholiques) une fonction publique et les insérait dans le système national d'instruction.



D'alors, et en contournant la Constitution, les financements directs et indirects aux susdites écoles n'ont jamais manqués. Et, par dessus le marché, avec la loi et les décrets d'actualisation sur l'autonomie scolaire (autre utile cadeau de la gauche) les interventions et les ingérences du privé dans l'école d'État ont progressivement augmenté, en plus des contributions pseudovolontaires des familles, aux accords de réseau école-entreprise, aux sponsors, à la naissance d'écoles d'entreprise et du patronat, aux conventions et aux privatisations des écoles publiques pour la tranche de 0 à 6 ans.

 

Ce qui est en jeu dans le référendum de Bologne est très important. Il révèle un sous-bois de mensonges, d'hypocrisies, de manipulations de la réalité, d’idéologisme, de mauvaise conscience. On a accusé le comité référendaire d'en appeler à la Constitution de mauvaise foi, de vouloir laisser les enfants de Bologne sans école, de forcer le maire Merola à manquer à son programme de gouvernement. Accusations infondées, mensonges réitérés.

 

Nous autres, Italiens, nous savons qu'il n'en est pas ainsi. Et aujourd'hui finalement nous sommes appelés officiellement à exprimer notre opinion, à travers la voix des Bolognais. Car Bologne concerne Rome. Le Parlement et l'État Pontifical. Les lois, les pactes et la Constitution italienne.

 

La Curie se mobilise car la presque totalité des écoles privées paritaires en Italie sont catholiques. Et la Curie ne veut renoncer ni à ses financements, ni au maintien de son réseau capillaire d'écoles confessionnelles, qui lui permet de conjuguer catéchisme et instruction. Le Parti Démocratique italien se mobilise car il est catholique sans jamais avoir été laïque. Le Parlement sera vite face à un problème qu'il ne pourra plus occulter, ni différer.

 

La Constitution est claire : la République institue des écoles d'État pour tous les types et tous les degrés. Les privés qui veulent créer leurs écoles, confessionnelles ou non, peuvent le faire mais sans charges pour l'État.

 

Et les citoyens bolognais, le 26 mai prochain, le diront en nom et pour le compte de tous les Italiens.



(9 mai 2013)

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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 23:08

LE REFERENDUM DE BOLOGNE (suite)



Dans le Corriere della Sera de ce 21 mai 2013, on trouve un article relatant la suite des événements relatifs au référendum de Bologne, dont nous avons déjà parlé. Il est signé Francesco Alberti et est intitulé : « Prodi: sì ai fondi alle scuole paritarie / Il voto di Bologna spacca la sinistra »



 

On attend avec intérêt le résultat de cette consultation populaire qui témoigne d'une combativité laïque retrouvée... en Italie. Les « larges ententes » commencent à avoir des ailes lourdes ; on ne peut laisser un pays éternellement submergé par l'aqua santa. On verra ce qu'en dit le Corriere della Sera.

Cependant, dans cet article, il est fait référence à un discours de Piero Calamandrei (Roma, 11 febbraio 1950 - Discorso pronunciato da Piero Calamandrei al III Congresso dell'Associazione a difesa della scuola nazionale – Rome, 11 février 1950 – Discours prononcé au IIIième Congrès de l'Association en défense de l'école nationale) ; un discours en défense de l'école publique, quelle revendication ! On en propose un extrait lu en video : «  (http://www.youtube.com/watch?v=v_EoIyYHZck ») et on promet de publier prochainement une version française et bien évidemment, la version italienne de ce discours fort « laïque ». Un discours de 1950 qui montre clairement que l'Italie n'est pas l'Arche de Saint Pierre qu'on veut lui imposer d'être et que si brebis, troupeau et bergers il y a, il existe aussi des hommes épris de liberté. Deux mots à propos de ce discours, qui est d'une importance capitale pour la laïcité italienne. D'abord pour indiquer qu'il date de 1950... époque où se posait en Belgique également cette question scolaire, montrant certaine concomitance internationale dans l'offensive catholique, tout autant que certaines pressions escortant un premier Plan Marshall. Ensuite, pour indiquer également une autre coïncidence de date : ces années-là sont aussi celles où Calamandrei va développer le concept essentiel de « desistenza », « désistance », c'est-à-dire pour résumer : cet abandon des acquis et des objectifs de la « Résistance » au profit d'une version de la « large entente », mise en place dès 1946 et déjà au détriment de la laïcité.

D'un côté, comme dit Piero Calamandrei dans la conclusion de ce discours, il y a les gens « honnêtes », de l'autre, les « profiteurs du régime ». Cette division se retrouve aujourd'hui... et pas seulement à Bologne.

Extrait du Corriere della Sera (21 mai 2013)



Prodi : Oui Aux Subventions Aux Écoles « PARITAIRES » Catholiques

Le Vote De Bologne Brise La Gauche

L'ex Premier Ministre d'un côté (CATHOLIQUE).

Francesco Guccini soutient par contre l'autre côté (Laïque)

 

 

De Bologne.

Comme aux beaux (vieux) temps. Passion sanguine et coups verbaux. Sous les portiques des Deux Tours reviennent des atmosphères de laboratoire politique (avec une tendance vaguement « rixée » - à rixe). Et peu importe si beaucoup se seraient bien passés de ce référendum consultatif (on vote dimanche) qui, dans les intentions des initiateurs d'« Article 33 », tend à abolir les financements communaux (plus d'un million d'euros par an) aux écoles privées (presque toutes catholiques – 26 sur 27), en soutenant qu'en temps de vaches maigres, le secteur public ne peut pas faire de cadeaux, étant parfaitement conscients de placer ainsi une véritable bombe sous ce système conventionné qui naquit à Bologne il y a une vingtaine d'années, pour ensuite être exporté dans la moitié de l'Italie (à commencer par la Parme de Grillo et les Pouilles de Vendola : pour en citer seulement deux parmi ceux qui maintenant voudraient abolir ces subventions). « Guerre de religion, idéologisée et instrumentalisée » crie le front composite formé pour le maintien des subventions aux institutions catholiques : Pd (Parti démocratique – ex-gauche), Pdl (Parti de Berlusconi), Udc (Union du Centre), Cisl (Syndicats catholiques), Cei (Conférence des Évêques italiens, cardinal Bagnasco en tête). « Non, seulement le respect de la Constitution, laquelle exclut en ce cas toute charge pour l'État » répondent les partisans du référendum : Sel (Socialisme et Liberté), 5 Étoiles, les associations et certains intellectuels (Andrea Camilleri, Margherita Hack, Sabina Guzzanti)....

 

Face à face, les deux armées. Au milieu, un centre-gauche brisé. Et un Pd (à commencer par la junte – majorité communale - de Merola) assiégé. Une division qui renvoie aux années nonante. À partir de deux personnalités qui, comme par hasard, se sont affrontées récemment dans la course suicidaire (pour le Pd) au Quirinale (à la présidence de la République). Stefano Rodotà guide depuis le début le front qui veut abolir les subventions. Romano Prodi, par contre, est sorti à découvert seulement hier, en se rangeant pour le maintien de l'actuel modèle. « Je voterai l'option B (préserver les ressources financières pour les écoles paritaires privées - catholiques, ndt) ...», dit l'ex Premier ministre.

À Prodi, les référendaires ont immédiatement opposé l'auteur-compositeur Francesco Guccini (http://www.antiwarsongs.org/do_search.php?lang=it&idartista=7&stesso=1) partisan « avec le cœur » des raisons de ceux qui veulent abolir les subventions communales (aux écoles catholiques), qui déclare : « Je ne peux pas ne pas faire mienne la leçon de Piero Calamandrei – écrite dans son célèbre discours « En défense de l'école nationale ». À son côté, le secrétaire du Prc, Paolo Ferrero : « Prodi s'est grandement trompé ! Ce n'est pas un hasard si cette pluie d'argent public aux privés a commencé avec l'Olivier ». ...



NdT : Pour l'info des amis d'Albi, nous publierons prochainement une version française et bien évidemment, la version italienne de ce discours fort « laïque » .



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Marco Valdo M.I. - dans Asino
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16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 23:13

JUSTICE EUROPÉENNE ET

 

SUICIDE ASSISTÉ

 

Version française des Dernières Nouvelles de l'UAAR – Union des Athées, Agnostiques et Rationalistes. (15 mai 2013) :

Texte italien : http://www.uaar.it/news/2013/05/15/giustizia-europea-suicidio-assistito/

 

Préceptes laïques

Citoyens, encore un effort pour devenir laïques !

 

En somme, pour devenir laïque, il n'est pas nécessaire d'abandonner son dieu...

Bien au contraire, et rien n'empêche votre dieu de devenir lui aussi laïque...

 

Vers-le-neant.jpg

Vers le néant

 

 

Décidément, l’Italie est un vrai laboratoire du combat pour une Europe laïque et au-delà, bien évidemment.

Cette fois, il s'agit d'affronter la question délicate du suicide volontaire, du suicide assisté... Médicalement assisté, s'entend. Pas seulement de ce qui est généralement connu sous le nom d'euthanasie, que certains catholiques appellent pudiquement le « pieux homicide », qui ne se pratique qu'en toute fin de course ; qui n'est en somme qu'un petit coup de pouce vers le retour à l'infini ou vers le néant, ce qui en l'occurrence est la même chose. Ce qui est est, ce qui n'est pas, n'est pas ; ce qui n'est plus, n'est plus.

 

Le suicide assisté est une démarche d'une personne en pleine possession de ses moyens, dont la santé n'est pas (encore) fragilisée au point de devoir recourir aux soins palliatifs... Bref, une personne en bonne santé, en pleine possession de ses sensations, de sentiments, de ses volontés qui requiert en connaissance de cause d'être accompagnée vers le néant. Il s'agit là, en quelque sorte et sans doute pour certains paradoxalement, d'un choix de (fin de) vie.

Et s'il y a bien quelque chose de personnel et d'intime, c'est bien pareille décision... On est là au cœur de ce que les Anglo-saxons appellent la « privacy », la vie privée. Qui d’autre que moi aurait quelque chose à dire sur mon sentiment de moi-même, sur l'auto-défense de ma dignité. S'il échet que je recoure au suicide... e droit au suicide est une nécessité sociale et tout autant, celui d'être aidé dans cette autodestruction volontaire.

Le débat se développe en Italie aussi... et là aussi, il y a des empêcheurs de se suicider en rond.

 

 

 

 

 

Nous revenons une fois encore à l'euthanasie et même pour être plus précis, au suicide assisté. Nous en reparlons suite à une sentence de la Cour Européenne des Droits de l'Homme (CEDH), qui s'est exprimée justement sur ce thème, soulevant des interrogations pas banales qui nous interpellent tous, incroyants et croyants.

La CEDH a indiqué hier que la Suisse doit éclaircir à qui et sur quels critères est garanti par la loi l'accès au suicide assisté, vu aussi le phénomène des voyages de l'étranger — et de l'Italie — vers les cliniques où on le pratique. La sentence arrive suite au recours d'Anna Gross, une octogénaire qui vit à Greifensee en Suisse. Cette dame n'a pas de pathologies graves, mais elle entend recourir au suicide médical car elle ne veut pas assister au déclin de sa condition physique et de ses facultés mentales. En 2005, elle tenta de se suicider et finit à l'hôpital psychiatrique pour six mois. En 2008, les médecins reconnaissaient qu'elle avait la capacité de comprendre et de vouloir, que sa décision était pondérée et que bien au contraire elle s'était confortée au fil du temps parallèlement au déclin de ses facultés physiques et mentales. Mais ils refusàrent de prescrire à la femme les barbituriques, se fondant sur les limitations du code professionnel et craignant d'être considérés comme coupables de délit. La femme se tourna donc vers la commission médicale du canton de Zurich, qui refusa cependant la prescription sur base de la réglementation.

À ce point, la question finit au tribunal : le tribunal administratif du canton rejeta la requête parce que donner une aide à celle ou celui qui veut se suicider sans avoir de pathologies terminales ou graves constatées médicalement peut être une forme de facilitation punissable pénalement. Le recours suivant fut lui aussi rejeté par la Cour suprême fédérale en 2010, estimant qu'il n'y avait pas d'obligation de la part de l'État de garantir l'accès à des substances dangereuses et qu'il fallait défendre la santé publique en empêchant des abus. Dès lors, le cas est arrivé à la CEDH, qui par sa récente décision de quatre juges contre trois, a constaté une violation de l'article 8 de la Convention, concernant le droit à la vie privée. La Cour a fait remarquer que la loi suisse ne précise pas bien les cas dans lesquels elle admet le suicide assisté et que les critères devraient être définis par l'État. Maintenant, la Suisse a trois mois pour présenter un éventuel recours à la Grande Chambre. On en déduit, à chaud, que la CEDH retient nécessaire la protection l'égalité des droits et que donc, au moins abstraitement, l'accès au suicide assisté doit être, lui aussi, fondé sur ce principe fondamental. Cela fait pressentir que le sujet (le suicide assisté) n'est pas du tout tabou pour les juges de Strasbourg.

En Italie, on remarquera les commentaires d'Avvenire, qui retrace l'événement et conteste la décision en la considérant comme « surréelle ». Dans ce quotidien des évêques, Francesco D'Agostino, président des juristes catholiques et membre de l'Académie Pontificale pour la Vie, est encore plus net. Selon lui, on est passé des homicides « pieux » à un emploi massif de la médecine palliative qui « réussit à rendre acceptable la vie des malades en phase terminale », d'autant que : « aucun médecin n'est plus sollicité pour une demande de mort de la part de patients arrivés à la fin de leur vie ». Maintenant cependant, la place de cet « homicide pieux » aurait été occupée « par une autre et plus sournoise forme d'euthanasie, c'est-à-dire le suicide assisté ». Et à la pitié, on aurait substitué « un mobile qui n'a rien de compassionnel et d’émotif, mais qui est froidement rationnel : le respect, à la limite de l'obéissance, de la volonté suicidaire du patient ».

L'idée de beaucoup de personnes est qu'il vaut mieux ne pas dire et ne pas affronter certaines choses et qu'il suffit d'augmenter les doses de palliatifs pour hâter la mort des patients : par « pitié » et avec « émotion ». Si par contre, on revendiquait le droit à l'autodétermination, on affrontait directement un tabou et on demandait des procédures claires, alors tout deviendrait « froid » et « rationnel » et subordonné à la domination de l'État. Cette dichotomie artificielle examinée d'un œil attentif rend perplexe. Sur quelles bases peut-on pontifier qu'il n'existe pas d'implication émotive de la part des opérateurs ou de ceux qui entourent une personne dans les cas d'euthanasie ? Cette tendance manichéenne, typique des intégriste religieux, qui vise à déshumaniser celui qui n'est pas d'accord avec eux, est démentie par la chaleur et l'implication de nombreuses personnes précisément à propos de cas comme ceux de Piergiorgio Welby ou d'Eluana Englaro. Demander aux institutions des règles claires et le courage d'affronter certains thèmes dans le respect des libertés et sans les moralisations ou les diktats du Vatican est, à notre avis, préférable à la situation actuelle, qui est dépeinte comme idyllique mais ne l'est pas du tout. Sur la thérapie de la douleur, il serait souhaitable de faire bien davantage ; sans compter qu'il nous faut encore supporter les effets du « dolorisme » qui dérive de la conception chrétienne de la souffrance et qui bloque n'importe quel réforme qui tend à fournir des critères plus précis sur la fin de vie, tels à garantir l'autonomie des individus.

Quoique, en Italie, beaucoup préfèrent continuer à cacher la poussière sous le tapis, on parle partout de ces thèmes. En France, les députés écologistes ont lancé un appel au« stop à l'hypocrisie » et réclament également une loi dans leur pays. En Grande-Bretagne, continue le procès sur le cas de Tony Nicklinson, un homme paralysé par le syndrome d'enfermement s'est laissé mourir après que la cour lui avait refusé l'euthanasie ( NdT : Le 22 août 2012, Tony Nicklinson, un Britannique de 58 ans victime du syndrome d'enfermement décède à son domicile. Il avait été débouté par la justice le 16 août, alors qu'il demandait qu'un médecin l'aide à mourir sans être poursuivi pour meurtre, comme la loi le prévoit aujourd'hui). Entretemps dans l'État américain du Vermont, la Chambre a approuvé une loi sur la fin de vie, qui est en train d'être ratifiée par le gouverneur.

Pendant ce temps, chez nous, sous la pression des évêques qui l'exigent et l'obtiennent substantiellement, c'est encore un tabou. La campagne Euthanasie Légale, dont l'Uaar est initiatrice avec l'association Luca Coscioni, Exit et d'autres entités, est un premier pas, très important, qui rassemble déjà de très nombreuses signatures afin de présenter au Parlement une proposition de loi d'initiative populaire Mais il faudrait encore beaucoup d'autres pour rattraper le courant général de laïcité qui sur ce thème (et pas seulement) nous retarde par rapport aux autres pays occidentaux. Entretemps, continuent les voyages de l'espoir en vue d'obtenir une mort digne : il y a au moins une trentaine d'Italiens qui, comme Piera Franchini, tous les ans doivent se rendre en Suisse pour recourir au suicide assisté. Ce problème existe et doit être affronté. À Strasbourg et à Berne, c'est le cas ; à Rome — sur les deux les rives du Tibre — non.

 

La rédaction

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Marco Valdo M.I. - dans Asino
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15 mai 2013 3 15 /05 /mai /2013 11:24

DES ÉDIFICES PUBLICS SANS CRUCIFIX ? C'EST POSSIBLE!


Version française des Dernières Nouvelles de l'UAAR – Union des Athées, Agnostiques et Rationalistes. (14 mai 2013) :

Texte italien : http://www.uaar.it/news/2013/05/14/edifici-pubblici-senza-crocifisso/

 

 

 

 

La bataille du crucifix a lieu en Italie et pas seulement, elle se déroule également dans d'autres pays européens. Bien évidemment, elle est symbolique, mais justement elle l'est et c'est bien là le problème.

 

Car au fond, on pourrait très bien comme laïcs et a fortiori, quand on est athées, considérer – comme le fait la Cour de Justice Européenne des Droits de l'Homme, qu'il s'agit là d'un pur objet de décoration, sans plus. N'était le symbole... qui fut celui des croisades, dont ne peut prétendre qu'elles furent de grandes œuvres de paix. Et sans courir à Jérusalem, on peut ici rappeler la Croisade contre les Albigeois : « la levée, dans toute l’Europe, de la plus grande armée qui ait jamais été rassemblée sous la bannière du Christ. »et les grands massacres, les rapines et les conquêtes qui se firent sous le symbole de la croix.

 

commemoration-croisade-contre-albigeois-1.jpg

 

 

Bien sûr, on rétorquera que le crucifix et la croix sont aussi symbole d'un supplice... On n'ose imaginer que les Romains eussent préféré le pal...

 

Bref, la symbolique de la croix est partisane et confessionnelle. On ne peut en aucun cas souscrire à sa prétention d'incarner (c'est d'ailleurs une manie, chez ces gens-là...) l'Europe... laquelle est fille de la mythologie grecque; historiquement, Europe précède l'évangélisation de quelques siècles – à tout le moins. Et que dire aux descendants de Monsieur de Cro-Magnon, que nous sommes. (http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?lang=it&id=7817).

 

Il est juste aussi de rappeler ici que les laïques, les athées – sans compter les autres hérétiques en tous genres – furent poursuivis, torturés, massacrés sous le symbole de la croix.

 

Il se révèle donc qu'un tel objet est en soi porteur de toute cette histoire « full of sound and fury » et qu'il n'est pas sain qu'il figure dans les bâtiments publics et au-delà même, dans l'espace public.

 

Il apparaît cependant qu'il y a encore bien du chemin à faire... Europe, encore un effort pour devenir laïque.

 

 

 

 

 

Deux ans sont passés depuis la sentence avec laquelle la Grande Chambre de la Cour de Strasbourg, en renversant le verdict de premier degré, repoussa le recours de Soile Lautsi, membre de l'Uaar, soutenant que l'accrochage du crucifix dans les salles scolaires ne violait pas la Convention européenne. Cette sentence politique de la CEDH (Cour Européenne des Droits de l'Homme) faisait suite à une pression internationale sans précédent des pays les plus rétrogrades, parmi lesquels l'Italie. Et bien loin de confirmer l'obligation d'affichage comme il est parfois soutenu par ceux qui sont particulièrement intéressés à le clouer aux murs, la Cour attribua au crucifix une pure fonction « passive » d'objet de décoration : en le dévalorisant de fait et en retenant qu'il n'avait aucune portée ni caractère religieux. Il reste donc toujours possible d'éviter de marquer de façon confessionnelle les édifices publics. Une faculté que, de temps en temps, quelqu'un traduit même en pratique.

 

Comme c'est arrivé à l'université de Florence, où à l'occasion de travaux d'entretien, le crucifix accroché dans l'amphithéâtre du rectorat sur la place San Marco avait été ôté. La réfection terminée, sur décision du recteur Alberto Tesi, il n'a pas été remplacé. La question n'a pas été discutée au Sénat ou au Conseil d'administration de l'université .Le recteur a expliqué très simplement « avoir considéré juste que l'amphithéâtre, lieu de rencontre et de débats, ne nécessite pas la présence de symboles confessionnels ».

 

Dans l'amphithéâtre de Florence, il semble que le crucifix n'ait été présent que depuis quelques décennies et on ne sait pas bien qui l'y a mis. Déjà en 1994, le conseil de la Faculté d'Architecture approuva à l'unanimité le retrait du crucifix d'un bar à Saint Verdiana, suite à la demande des étudiants des collectifs, car « discriminatoire pour d'autres confessions religieuses ». Et il fut retiré sans gros scandale. Le seul à critiquer fut Franco Scaramuzzi, professeur émérite d'Agriculture, ex recteur de l'université florentine et maintenant président de l'Académie des Georgofili (une sorte d'Académie agricole). Selon lui, il valait mieux ne pas procéder à l'enlèvement du crucifix, car « il fallait éviter d'activer des oppositions » et car « indépendamment de chaque confession ou idéologie », il s'agissait d'un « symbole millénaire de notre histoire et de notre civilisation ».

 

Malgré la rhétorique et les tons tragiques de certains, c'est précisément le fait de vouloir imposer à tout prix le crucifix qui fomente des divisions, surtout en raison de l'activisme des cléricaux qui depuis quelques années, s'agitent toujours plus pour imposer n'importe quoi au nom de leurs « valeurs ». L'appel à la tradition — imprécis et sans enquête sur les modalités et sur la logique discutable avec laquelle celle-ci était imposée — ne peut de toute façon pas être utilisé dans le présent comme justification de pratiques et de comportements maintenant toujours moins en résonance avec le sentiment commun. D'autant que ce sont là des comportements traditionnels qui sont contestés à d'autres confessions, comme l'islam, car jugés peu laïques et contre les droits de tous. Il est évident que dans une société toujours plus sécularisée, où le christianisme n'est plus religion d'État, le symbole en question ne représente pas tout le monde. Si on veut être précis, il ne s'agit même pas de tous les chrétiens, mais seulement des catholiques et, encore, seulement ceux qui le réclament. Donc, ça n'a pas de sens d'imposer le crucifix dans un lieu public qui par nature, devrait être laïque et appartenir à tous et d'accorder des préférences à des confessions particulières. Si on ne part pas de ce simple bon sens laïque, qui logiquement précède le fait d'être ou non croyants, comment peut-on prétendre à des attitudes laïques de la part des autres communautés religieuses ? Et comment peut-on endiguer sérieusement les demandes de privilèges de la part d'autres confessions, ou se plaindre de l'intégrisme d'autrui, si on ne commence pas chez soi ?

 

Précédemment, le même recteur avait montré une sensibilité laïque non escomptée. En 2010, l'université avait envoyé aux étudiants une invitation à la messe pour l'inauguration de l'année académique. Notre cercle de Florence avait demandé des éclaircissements sur les modalités de participation au rite religieux et le recteur avait précisé que la messe se tiendrait « évidemment, en dehors de l'horaire de service des instituts (aux moments) contractuellement prévus comme les flexibilités, permissions, congés ». L'Uaar avait remercié le recteur pour sa réponse.

 

Le principe est au fond très simple et on ne devrait pas avoir besoin d'entamer des actions juridiques pour l'affirmer et il ne mérite pas les bruyantes levées de boucliers de croisés obsédés par la défense de leur identité. Dans les lieux de tous ne doivent pas figurer des symboles particuliers, comme justement le crucifix. Mais pour certains homines sapientes (différents des mâles alpha) l'impulsion biologique de marquer le territoire pour réaffirmer leur pouvoir est évidemment inéliminable. Un comportement si naturel ne surprend pas du tout. Il faut seulement relever l'incohérence de le poser dans le domaine de l'être au nom du surnaturel.

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Marco Valdo M.I. - dans Asino
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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 11:12

SALES TEMPS POUR LA LIBERTÉ DE CHOIX

 



Version française des Dernières Nouvelles de l'UAAR – Union des Athées, Agnostiques et Rationalistes. (13 mai 2013) : SALES TEMPS POUR LA LIBERTÉ DE CHOIX

Texte italien :http://www.uaar.it/news/2013/05/13/tempi-cupi-liberta-scelta/

 

 

En ces temps de plus en plus marqués par des dérives et de francs reculs civilisationnels dus aux recrudescences religieuses, nos amis de l'UAAR (Union des Athées, agnostiques et rationalistes italiens) ont bien raison de relever la contradiction qui existe entre la sécularisation (laïcisation) croissante de la société (italienne et sans doute, européenne) et l'offensive religieuse, notamment catholique, pour faire barrage à l'évolution vers plus de civilité. Ils ont tout autant raison de faire remarquer la pusillanimité des représentants politiques ou de pouvoirs publics ou d'État.

On avait cru – du moins dans nos pays et dans les parties de la population les plus laïcisées, que la voie du progrès intellectuel, scientifique, moral ouvrait une autoroute de civilisation et de bonheur. L'avenir semblait radieux pour l'humanité.

Il faut sans doute déchanter. La lutte pour la liberté humaine et pour la dignité de l'homme n'est pas finie... Loin s'en faut ! L’hydre religieuse relève la tête et on assiste partout dans le monde à des offensives cléricales et fidéistes. Il ne faut pas s'y tromper pour les laïques le temps de la résistance est venu : Ora e sempre : Resistenza ! (Maintenant et toujours : Résistance !) s'applique ici aussi.

En ce qui concerne l'Europe, rien de ce qui se passe en Italie ne doit nous rester étranger. En premier lieu, car tout ce qui se passe dans un pays européen a des incidences pour tous les autres et pour l'Europe elle-même et que c'est là , en Italie, que se trouve la tête de l'hydre catholique.

Et comme on le verra, les dernières nouvelles de là-bas ne sont pas rassurantes....



La manifestation des antiabortistes qui s'est déroulée hier à Rome ne peut pas être prise par dessous la jambe. Pas tellement car ce fut un succès de participation (à voir les images il ne semble pas que ce l'a été), que parce qu'elle constitue une très mauvaise prémisse politique pour les années à venir. Nous vivons en effet des temps de larges accords (ententes entre les patis politiques...) et nous l'avons maintenant compris à nos dépens : les compromis à la baisse voient presque toujours comme première victime la laïcité.

 

S'étaient donnés rendez-vous hier à Rome pour un cortège qui est parti du Colisée des milliers parmi des intégristes catholiques comme Militia Christi, des religieux, le laïcat catholique le plus réactionnaire, des mouvements d'extrême droite, néofascistes et cathofascistes, des enfants et des scouts rappelés pour l'occasion par les paroisses. Avec tout un appareillage de croix, accompagnées de foetus et d'images d'embryons. Dans les slogans et dans les affiches des manifestants, comme l'an passé, est invoquée l'abolition de la loi 194 qui règle l'interruption de grossesse et l'avortement est comparé à un « génocide ». Cette année, le maire de Rome Gianni Alemanno était à la tête de la manifestation. Alemanno a de fait choisi cette occasion comme une étape de sa campagne électorale et a comparé l'usage de l'avortement au « massacre des innocents ». « Si on est contre la peine de mort, il n'est pas possible de ne pas se ranger contre les attaques à la vie innocente qui dérivent de l'avortement et de l'euthanasie », a-t-il ajouté.

 

Parmi les politiques présents, particulièrement significatif le commentaire de Maurizio Sacconi, qui avertit le gouvernement : « Nous faisons un moratoire sur les thèmes éthiques, parce qu'une rupture sur ces sujets porterait à la fin du gouvernement de larges accords ». L'hypothèque des cléricaux « contre le droit de choisir » se fait donc déjà sentir, quoique l'exécutif tu ne sembles pas du tout intentionné à affronter craint des droits et de la laïcité. Une pression préventive tous azimuts, qui comprend même le non aux mariages gays. Quelques parlementaires du Pdl (parmi lesquels justement Sacconi) se sont distingués il y a quelques semaines par un embarrassant sit-in face à l'ambassade française à Rome, pour protester contre l'approbation du mariage pour tous et en en craignant la menace en Italie.



Si au centre-droit, il y a un chœur clérical pratiquement unanime, au centre-gauche il y a un mutisme embarrassé ou des commentaires discutables. Ignazio Marino, challengeur du maire (de Rome) Alemanno pour le Capitole et attaqué pour ses positions laïques par le quotidien des évêques Avvenire, a dit au sujet de sa participation manquée au cortège intégriste : « Je ne suis pas à la marche pour la vie parce que je ne veux pas instrumentaliser politiquement une initiative juste ». Pendant qu'à Rome on célébrait l'intégrisme non-choix avec le consentement de quelques politiciens et le silence d'autres, qui n'avaient rien à objecter, la questure refusait l'autorisation à la manifestation en souvenir de Giorgiana Masi [étudiante de 18 ans, assassinée volontairement par la police italienne, le 12 mai 1977 – voici ce que déclara celui qui était alors ministre de l'Intérieur en Italie, le dénommé Francesco Cossiga, révélant ainsi des années plus tard ce qu'il avait organisé et les méthodes d'État : « Maroni dovrebbe fare quel che feci io quand’ero ministro dell’Interni. Ritirare le forze di polizia dalle strade e dalle università, infiltrare il movimento con agenti provocatori pronti a tutto, e lasciare che per una decina di giorni i manifestanti devastino i negozi, diano fuoco alle macchine e mettano a ferro e fuoco le città. Dopo di che, forti del consenso popolare, il suono delle sirene delle ambulanze dovrà sovrastare quello delle auto di polizia e carabinieri. Le forze dell’ordine dovrebbero massacrare i manifestanti senza pietà e mandarli tutti in ospedale. Non arrestarli, che tanto poi i magistrati li rimetterebbero subito in libertà, ma picchiarli a sangue e picchiare a sangue anche quei docenti che li fomentano. Soprattutto i docenti. Non quelli anziani, certo, ma le maestre ragazzine sì»

« Maroni (un autre ministre de l'Intérieur) devrait faire ce que je fis lorsque j'étais ministre de l'Intérieur. Retirer les forces de police des rues et des universités, infiltrer le mouvement avec des agents provocateurs prêts à tout, et pousser pendant une dizaine de jours les manifestants à ravager les magasins, à mettre le feu aux autos et à mettre à fer et à feu les villes. Après quoi, fort du consentement populaire, le son des sirènes des ambulances devra dominer celui des autos de police et des carabiniers. Les forces de l'ordre devraient massacrer sans pitié les manifestants et les envoyer tous à l'hôpital. Ne pas les arrêter, car ensuite les magistrats les remettraient vite en liberté, mais les frapper à sang et frapper à sang aussi ces professeurs qui les incitent. Surtout les professeurs. Pas ceux âgés, certes, mais les jeunes professeurs bien» - voir aussi :

(http://www.youtube.com/watch?v=5kVBo5mldaY)], pour ne pas déranger les « pro-life ».

 

 


 

 

 

 

Malgré son image « progressiste » jusqu'ici diffusée par les media, le pape lui aussi s'est fait entendre, en bénissant les intégristes non-choix. Au terme de la messe pour la canonisation de quelques bienheureux, avant de réciter le Regina Coeli, il a salué les participants à la marche pour la vie accourus place Saint-Pierre et il a ajouté : « J'invite à maintenir vive l'attention de tous sur ce thème si important du respect pour la vie humaine dès l'instant de sa conception ». Donc il a appelé à recueillir des signatures « Uno di noi – Un de nous », promue par l'Église catholique dans toute Europe, adressée aux institutions communautaires pour faire pression afin d'attaquer l'autonomie des femmes en garantissant des droits à l'embryon depuis la conception. Le pape Bergoglio recommence assumer le rôle et le ton qui avait dans son pays lorsqu'il était à la tête de la conférence épiscopale argentine. On ne peut pas du reste attendre ni prétendre à autre chose, puisque certaines prises de positions sont en ligne avec la doctrine catholique (actuelle). S'il ne nous surprend pas, la circonstance pourrait cependant décevoir tous ceux, même laïques, qui voient en lui une possibilité de discontinuité et l'ouverture de la part de l'Église.

 

C'est assez, à notre avis, pour nourrir quelque préoccupation. Il souffle un air de conformisme institutionnel qui ne voit pas du tout d'un bon œil tout changement qui puisse porter notre pays dans une direction plus laïque, quoique la société se sécularise, et c'est précisément pour cela que se développe en réaction des recrudescences intégristes. On remarque même des réactions désordonnées, de la droite et (d'une partie de la) gauche, à l'encontre du référendum bolognais contre les financements communaux à l'école privée catholique. C'est justement pour cela, cependant, qu'il est indispensable rendre visible jour après jour, action après action, combien cette attitude est peu partagée par la société. Que ça plaise ou non aux hautes sphères, les citoyennes et les citoyens du troisième millénaire savent que la liberté de choix est un droit fondamental. Et ils n'entendent pas du tout y renoncer.

 

La rédaction

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Marco Valdo M.I. - dans Asino
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12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 19:48

CINQ POUR MILLE 2011 : 3.396 FOIS MERCI !

 

Italiens, encore un effort pour devenir laïques !

 

 

 

Version française des Dernières Nouvelles de l'UAAR – Union des Athées, Agnostiques et Rationalistes. (11 mai 2013) :

Texte italien :http://www.uaar.it/news/2013/05/11/cinque-per-mille-2011-3-396-volte-grazie/

 

 

 

 

Le « 5 pour 1000 » est cette partie des impôts que le contribuable italien peut destiner à sa guise à certaines associations ou églises... il lui suffit d'indiquer sa préférence lors de la déclaration. C'est peu, mais enfin, c'est déjà quelque chose et un des effets inattendus, c'est que in fine, cela donne une visibilité à certaines catégories de citoyens qui généralement n'apparaissent nulle part et son dès lors, quantité négligeable. Car, en effet, l'administration publie la répartition de ces dévolutions. On obtient ainsi une sorte de classement des préférences citoyennes.

L'UAAR relève dans son article avec une certaine satisfaction d'être plus soutenue que diverses sectes et religions.

Une remarque cependant, c'est que la comparaison avec l'ECAR (Église Catholique Apostolique et Romaine) ne peut se faire puisque cette dernière se voit réservé un sort nettement plus favorable (outre toutes les subventions et interventions publiques directes) car elle a accès au « 8 pour mille » et qu'il est donc impossible de comparer puisqu'a priori, elle ne figure pas dans le même classement administratif

 

Mais quand même, relayons l'appel de l'UAAR à lui réserver le « 5 pour 1000 » et pas seulement pour l'argent... Comme on le voit.

 

Une seule suggestion à nos amis italiens : « Laïques, encore un effort pour ... » soutenir l'UAAR. Au fait, les guillemets sont là car il s'agit de « détourner » une phrase du Divin marquis Donatien de Sade, qui faisait ainsi le titre d'un morceau de bravoure d'un de ses livres : « Français, encore un effort pour devenir républicains! »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

saderay

 

 

 

Italiens, encore un effort pour devenir laïques !

 

 

 

 

 

 

 

 

L'Agence des Entrées (l'Administration des Contributions) a publié la liste de la répartition des choix pour le Cinq pour Mille relatif à l'année 2011.

 

L'Uaar a reçu 3.396 souscriptions, pour un total de 140.900, 02 euro.

 

L'association remercie tous qui l'ont soutenue, et rappelle qu'il est possible le faire aussi dans la déclaration de revenus 2013.

 

Ettore Livini dans La Repubblica a parlé hier aussi du Cinq pour Mille à l'Uaar:

« Les résultats (à leur manière) racontent un pays différent de celui des chroniques quotidiennes.

Un exemple ? La foi, même dans le pays du Vatican, n'est pas toujours satisfaite : l'Union des athées et des agnostiques rationalistes a reçu 140.000 euros, un zéro de plus que les évangélistes, apostoliques et pentecôtistes, 30.000 euros de mieux que les Témoins de Jéhovah et presque cent fois la somme (1.717 euro) qu'ont obtenue grâce à 92 mystérieuses affiliés la Nova Militia Christi des Cavalieri Templari (La nouvelle milice chrétienne des chevaliers du temple) ».

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Marco Valdo M.I. - dans Asino
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11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 14:26

 

 

 

À PROPOS DU BLASPHÈME

LA PENSÉE DU CARDINAL SCOLA, SI CLÉRICALE ET SI INTÉRESSÉE

 



Version française des Dernières Nouvelles de l'UAAR – Union des Athées, Agnostiques et Rationalistes. (10 mai 2013) :

Texte italien :http://www.uaar.it/news/2013/05/10/pensiero-scola-sulla-blasfemia-cosi-clericale-e-interessato/

 

 

Albi toquer

 

ALBI est l'acronyme d'une association appelée :

ACTION LAÏQUE BELGO-ITALIENNE.

On peut la contacter à l'adresse : contact@albi-association.be

 

Comme on le disait précédemment ou à peu près, la religion est un commerce à vocation monopolistique, du moins pour les multinationales du théisme.

Les petites religions de quartier ont moins de prétention et peuvent quant à elles être généralement assez tolérantes, étant par nature dans la position minoritaire et dès lors, empreintes de la plus respectueuse humilité. Mais on sait que c'est purement circonstanciel et dès lors que leur champ d'action s'étend... elles se prennent pour des églises et recourent à un prosélytisme musclé.

Il faut cependant y mettre un bémol ; certaines de ces petites structures sont particulièrement virulentes et sont désignées dans le langage courante sous le nom de sectes. Il importe de noter que les églises et les grandes religions se distinguent des petites religions et des petites sectes par la taille, uniquement. Pour le reste, c'est du pareil au même.

En somme, les effets du totalitarisme religieux sont en tous points comparables à ceux du totalitarisme politique et tout aussi insidieux que ceux de celui de la marchandise (OMC) ou de la finance (FMI).

Reste évidemment que s'agissant d'un prélat catholique, il faut y adjoindre quelques gouttes d'onctuosité vaticane trempée d'huile de burette depuis plus d'un millénaire. En somme, la marque de fabrique.

 

Ainsi Parlait Lucien Lane

 

 

 

 

 

Selon une dépêche de l'Ansa (Agence de presse italienne), le cardinal Angelo Scola a demandé d'éliminer les lois qui punissent le blasphème. L'archevêque de Milan, déjà papable favori lors du dernier conclave, a-t-il vraiment rencontré une des revendications laïques des plus importantes du moment : la demande d'abolition de toute protection pénale du sacré ?

 

Comme toujours, quand on est en présence d'une déclaration d'un influent représentant catholique qui paraît innovatrice, le diable doit y être et dans les détails.

Avant tout, le contexte : la rencontre internationale Constantin à Milan sur « L'édit et son histoire », qui se tient ces jours-ci , organisée par l'Université Catholique du Sacré Coeur, l'Université de Milan et la Bibliothèque Ambrosienne, sur l'édit de 313 (An trois cent-treize après Zéro) décrété par le premier empereur chrétien, qui établissait la liberté religieuse des chrétiens. L'idée répandue par le Vatican est que c'est seulement grâce à Constantin qu'est né le concept de liberté religieuse, car avec lui finirent les persécutions contre les chrétiens ; ce qui est exact, mais raconte seulement une partie de l'histoire. Car déjà avec les descendants de Constantin, et avec encore plus de détermination avec Théodose, commencèrent les massives discriminations à l'égard des non-chrétiens qui durent depuis plus d'un millénaire. Le problème de la liberté religieuse, rappelle Scola, est « une urgence toujours plus globale ». Dans beaucoup de pays orientaux subsiste une « véritable persécution violente sur base religieuse de ceux qui professent une foi différente de l'officielle ». « Mais même en Occident, il ne manque pas de limitations », soutient-il, « parfois importantes, de la liberté religieuse ». Dans ces pays où « domine encore la religion d'État, où on n'a pas encore découvert la valeur d'une « saine laïcité » », continue-t-il, « défendre la liberté religieuse signifiera premièrement encourager le pluralisme religieux et l'ouverture à toutes les expressions religieuses, par exemple en éliminant les législations qui punissent même pénalement le blasphème ». Même en Occident, « il est urgent dépasser la méfiance latente envers le phénomène religieux inhérente à l'ambiguïté de certaines conceptions de la laïcité qui engendrent un climat certes défavorable à une authentique liberté religieuse ».

 

La question de la liberté religieuse, admet Scola, « s'emmêle dans un nœud où s'entrelacent de graves problèmes » particulièrement vifs dans les sociétés occidentales. Comme le rapport entre « vérité objective et conscience individuelle », la « coordination entre des communautés religieuses et pouvoir d'État » (on retrouve la tendance au communautarisme traditionaliste qui revendique des privilèges spéciaux et des dérogations aux lois normalement valables pour tous). Et, du point de vue théologique, « la question de l'interprétation de l’universalité du salut en Christ face à la pluralité des religions ». Mais même le rapport entre « recherche religieuse personnelle et son expression communautaire », la distinction de la part de l'État entre « une religion authentique de ce qui ne l'est pas » et le rapport entre sectes et religions. Et, encore, « le problème aigu de la liberté de conversion » et l'équilibre entre « liberté religieuse et paix sociale ».

En réalité, la préoccupation majeure de Scola est d'abolir le délit de blasphème dans les pays islamiques car il frappe parfois des chrétiens. En Occident, par contre, il demande plus d'espace pour la religion, à l'enseigne d'une « saine laïcité » catholique, qui implique une ingérence ecclésiastique majeure dans les affaires temporelles. Des lois qui criminalisent le blasphème existent toutefois encore en Occident et même en Italie, et elles sont souvent appliquées : pour info, voir nos dossiers vilipendioe bestemmia.(outrage et juron). On assiste donc à une double démarche des hiérarchies catholiques : elles demandent à juste titre l'abolition des lois qui permettent de criminaliser les chrétiens accusés de brûler le Coran et d'insulter Allah — qui frappent même les incroyants ou les apostats — mais elles ne demandent pas la fin des règles qui par exemple criminalisent les musulmans qui jettent le crucifix, comme c'est arrivé à Adel Smith. Loin chez nous de soutenir qu'il soit correct de jeter un crucifix, mais cela ne peut pas être un délit objet d'une protection privilégiée. Encore une fois, les concepts de liberté religieuse et de laïcité sont manipulés ad usum ecclesiae, c'est-à-dire en invoquant la plus grande liberté pour elle (l'Église Catholique, Apostolique et Romaine – Écar) et en concédant une liberté résiduelle pour les autres qui ne sont pas catholiques, limitée aux seuls aspects dont elle (l'Écar) juge qu'ils ne la préjudicient pas. Du reste, le prélat proche de Communion et Libération est connu pour ses tirades antilaïques, comme lorsqu'il a tonné contre l'État « sans Dieu ».

 

Pour ce qui est de changer, il n'y a donc aucun changement, seulement la recherche bimillénaire d'agrandir les espaces occupés par sa copnfession au détriment des autres. Une approche vraiment laïque de la part des hiérarchies ecclésiastiques n'est certainement pas pour demain. À plus forte raison si celui qui devrait en être le porte-drapeau est à des années lumières de la théorie et de la pratique de la laïcité. Celle sans adjectif.

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Marco Valdo M.I. - dans Asino
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