Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 09:39

LE COEUR DES ATHÉES

 

 

Version française des Dernières Nouvelles de l'UAAR – Union des Athées, Agnostiques et Rationalistes. (24 avril 2013) :

Texte italien : http://www.uaar.it/news/2013/04/24/il-cuore-degli-atei/

 

 

 

coeur d'athée
 

 

 

 

Les amis italiens de l'UAAR présentent une réflexion sur le fait que selon les rumeurs religieuses, les athées et autres mécréants seraient des êtres aux cœurs absents.

Tout fait farine au moulin des religions et toutes les médisances, calomnies, ragots et dénigrements sont bons pour déconsidérer les laïques...

Voilà-t-il pas qu'on les accuse (on, c'est-à-dire les gens de confessions diverses) d'être handicapés du cœur et même, pourquoi pas, tant qu'on y est, de manquer de cœur.

Il y aurait donc deux sortes d'humains : ceux avec un cœur (les croyants de toutes les sortes) et ceux sans cœur (les incroyants). Ce qui pourrait avoir comme conséquence que le fait d'être athée, agnostique ou tout simplement, incroyant – vu le taux de mortalité dû aux crises cardiaques et autres maladies du cœur – rendrait le malheureux sans dieu(x)... immortel ou prolongerait considérablement sa vie.

Dès lors, à en croire les tenants des croyances déiques, il vaudrait mieux tous comptes faits se rallier d'urgence à l'athéisme le plus ferme, si ce n'était déjà le cas – comme pour le soussigné. Une démarche prophylactique, en quelque sorte.

 

 

 

 

L'édition du Tg1 (télé-journal) dans lequel il a été soutenu, sans contredit ou sans recul, que les athées sont « handicapés du cœur », a montré de manière ostentatoire combien ce stéréotype négatif est répandu et partagé dans le monde clérical, dont le journaliste auteur de ce morceau de bravoure est une expression convaincue. Pourtant il n'est pas difficile de montrer que les athées, à l'égard du « prochain » en difficulté, n'éprouvent pas moins d'empathie que les croyants.

 

Serait-ce que non-croyants et croyants ne partagent pas le même héritage biologique ? Le primatologue bien connu Frans De Waal a mis en évidence dans ses études que chez les chimpanzés et autres primates, il y avait déjà en germe l'empathie et la solidarité comme nous l'entendons, nous-autres humains. Et que ces aptitudes ont un fondement biologique. Nos « cousins lointains » ne connaissent certainement pas Dieu, Allah ou Zeus. On trouve donc toujours plus de confirmations de l'idée que déjà parmi les hominidés et parmi les primates, en général, il y a une forme de moralité préexistante qui sera ensuite récupérée par les religions. Le même De Waal, incroyant, depuis longtemps déjà critique la démarche monopoliste des confessions religieuses par rapport à l'éthique, en faisant remarquer qu'elle est née avant celles-là, et que les religions sont au mieux un pur accessoire culturel pour lui donner une expression, souvent en la déformant.

 

Toutes les religions ont inséré parmi leurs préceptes la charité ; aux fidèles, évidemment, elle ne vient pas ainsi naturellement et il a été nécessaire d'introduire une obligation de nature morale qui appelle à la cause rien de moins que la divinité. La-dite « charité », mais il est sans doute plus opportun de parler de solidarité, chez les athées et chez les agnostiques, apparaît plus naturellement, plus spontanément, précisément car elle ne se fonde pas sur la foi ; il n'y a pas de motivation (ou de récompense) ultra-terrestre. Justement [elle naît] du fait qu'en tant qu'êtres humains, nous avons tous la capacité de nous reconnaître profondément dans les émotions et dans les sentiments d'autrui, en percevant même la souffrance, la douleur et le malheur. Les incroyants, de ce point de vue, apparaissent plus désintéressés (et même plus « purs de cœur ») ; ils ne regardent pas tant à qui ils ont à faire et n'ont pas de prétention à l'évangélisation. Ils regardent plutôt les résultats de la manière plus rationnelle possible. La dichotomie entre « raison » et « sentiment » est un vieux stéréotype, bon pour les romans. La capacité empathique est stimulée précisément par notre mécanisme cérébral complexe, fruit de l'évolution si abhorrée des créationnistes et compagnie.

 

Ce n'est pas un hasard si la première réponse efficace et concrète à la pauvreté répandue au dix-neuvième siècle par le capitalisme sauvage des débuts est venue du socialisme et de l'anarchisme, qui mirent en place un solide réseau d'organisations, de syndicats, de caisses d'épargne, d'écoles pour les ouvriers. L'Église n'eut de cesse de condamner ces idéologies laïques et le volontariat catholique naquit en réponse à celles-ci, fondamentalement pour éviter que le troupeau ne se disperse. Mais même du côté économique opposé, celui des super-riches, parmi les majeurs philanthropes contemporains nous trouvons des non-croyants tels, pour donner quelques exemples, Warren Buffett, Mark Zuckerberg et Bill Gates.

 

Contre les incroyants cependant joue l'image déformée proposée par les media, qui hhante les programmes d'information plus ou moins pilotés par la pensée cléricale jusqu'aux émissions de l'après-midi ou aux fictions qui exaltent la foi et dépeignent les athées avec des stéréotypes négatifs pénibles. Les croyants ne sont pas communément étiquetés comme solitaires, asociaux, cyniques, sans sentiments, angoissés par l'incapacité de croire. Les croyants, par contre, sont représentés comme des hommes et des femmes qui vraiment en vertu de leur foi passent leur temps à faire le bien du prochain – et, s'ils ne le font pas, c'est seulement car ce sont des incroyants camouflés.

 

Mais la réalité est bien différente et il suffit d'aller parmi les citoyens et dans la société pour s'en rendre compte. Juste pour donner un exemple : en Italie, moins de la moitié des associations de volontariat sont catholiques et parmi les dix premières associations du classement du 5 pour mille, il y en a seulement deux catholiques (et, voyez un peu, ce sont celles spécialisées dans la compilation de déclarations de revenus). Sans compter que beaucoup d'incroyants, qui en vérité, regardent à la substance et pas à la forme, prêtent leur concours de volontaires à des organisations qui font référence à l'Église. Laquelle par contre démontre une attention toujours plus grande à la forme et vante toujours plus souvent et toujours plus ouvertement son engagement.

Le World Value Survey montre que des fidèles et des athées convaincus sont des membres actifs d'associations charitables ou humanitaires presque dans la même mesure. Ils sont si jamais les incertains ceux-là moins d'actifs, et ils sont de toute façon de peu. L'étude internationale révèle que les croyants n'ont pas un grand respect envers les filles mères, les immigrés, les homosexuels et ceux qui ont d'autres convictions philosophiques, de façon générale, envers les catégories les plus maltraitées, en répandant toute une série de racontars sur le monde incroyant. La raison réside probablement dans leur plus grande facilité à s'identifier aux autres, justement grâce à l'absence de convictions religieuses dogmatiques susceptibles d'alimenter la différence entre le « Nous » et le « Eux ».

 

Le confirment les réponses à la question sur la disponibilité à payer des taxes plus hautes pour augmenter les aides aux pays pauvres : les athées ont répondu positivement de manière légèrement supérieure par rapport aux croyants. Toujours de cette recherche, il ressort que les irréligieux, et en particulier les athées convaincus, sont plus enclins à préférer le « progrès vers une société moins impersonnelle et plus humaine » et à se dire d'accord sur le fait que les idées comptent plus que l'argent (face au « matérialisme »)que la nécessité d'une économie stable et à la lutte contre le crime, options préférées des fidèles. À preuve, les pays qui développent le plus la solidarité internationale par rapport au PIB sont le Luxembourg (catholique, mais aussi paradis fiscal), la Suède, la Norvège, le Danemark et la Hollande (où on trouve les pourcentages les plus élevés d'incroyants dans le monde).

 

Les athées sont eux aussi capables de grands élans de solidarité, facilités par les « communautés » en ligne. Comme dans le cas de la somme record offerte à Médecins Sans Frontières. Particulièrement actives en ce sens sont les associations étazuniennes, avec des campagnes où on trouve le slogan « Good Without God », avec des groupes spontanés qui fournissent des supports de divers types, pour favoriser la solidarité et développer le capital social.

 

Une étude du sociologue et paléontologue Gregory Scott Paul, qui s'interrogeait à propos du soutien apporté au créationnisme biblique de la part de nombre de milieux politiques et culturels aux Usa, met en discussion l'argument éculé selon lequel la société aurait besoin de la religion pour être plus stable, riche, sûre, démocratique et cultiver des valeurs. Au contraire, dans les sociétés les plus riches, libres et attentives aux besoins des plus désavantagés, croît le poids des incroyants, maintenant remarqué par les enquêtes au niveau international : une vision à laquelle se rallient beaucoup d'autres spécialistes, comme Phil Zuckerman (Society Without God) et Pippa Norris et Ronald Ingelhart (Sacred and Secular). Ces deux derniers ont remarqué comme, preuves en main, la religiosité prospère là où l'inégalité sociale est plus grande.

 

D'autres recherches relèvent que la religiosité stimule la coopération, mais seulement entre ceux qui font partie de la même foi. Et que les athées ne sont pas du tout moins généreux que les croyants. Il ressort même que la compassion et la générosité dans le soutien aux étrangers n'est pas une prérogative de qui est religieux. Au contraire, une autre recherche met en évidence que lorsque ils manifestent générosité, les croyants tendent à être moins poussés à la charité par l'émotion, et plus par des facteurs tels que la doctrine, la communauté de foi ou la réputation. Les incroyants par contre sont guidés par la compassion, l'émotion qu'on éprouve lorsque on voit un autre être humain qui souffre et qui nous pousse donc à l'aider. Parallèlement, les effets négatifs de l'empreinte religieuse font toujours plus l'objet d'enquête scientifiques.

 

Comme on voit, le stéréotype négatif se révèle, à l'épreuve des faits, assez inconsistant. Les athées sont différents seulement dans leur manière de traduire en pratique une sensibilité semblable et spontanée. Ce qui fait peut-être problème, c'est le fait que ces façons d'agir différentes ne rentrent pas dans les schémas de pensée des croyants les plus intégristes, particulièrement acharnés à diaboliser les incroyants. Ou peut-être est-il beaucoup plus simple de délégitimer le prochain, plutôt que de chercher à argumenter ses opinions. Souvent les religieux fervents reprochent aux athées et aux agnostiques de ne pas avoir de valeurs car ils ne croient à rien. Mais à beaucoup d'incroyants, il semble vraiment absurde et préoccupant que pour tant de croyants, la seule barrière à la méchanceté et ce qui les pousse à être bons soient seulement les diktats contenus dans des livres soi-disant « sacrés », souvent vieux de millénaires.

Partager cet article

Repost 0
Marco Valdo M.I. - dans Asino
commenter cet article

commentaires