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21 juin 2013 5 21 /06 /juin /2013 18:36

LA MORT REND BEAU

 

Version française des Dernières Nouvelles de l'UAAR – Union des Athées, Agnostiques et Rationalistes. (20 juin 2013) :

Texte italien : http://www.uaar.it/news/2013/06/20/la-morte-ci-fa-belli/

 

Précepte laïque

Mortels, encore un effort pour devenir (tous) laïques !

 

Boris Vian disait : « Je voudrais pas crever... avant d'avoir goûter la saveur de la mort ». Comme disait ma grand-mère chaque chose en son temps et les vaches seront bien gardées. Faut dire qu'elle disait aussi... « Change pas de main, je sens que ça vient... », mais peut-être ne parlait-elle pas nécessairement de mort ; dans sa jeunesse, elle avait été bergère, puis, infirmière à Verdun en 1914-18. Alors, la mort, elle connaissait. Encore un mot à son sujet : lors de la dernière visite que je lui ai faite, c'était la veille de son départ vers le néant : « elle était souriante. »... Voilà pour la mort... Quant à la vie... Toujours Vian : « La vie, c'est comme une dent... il faut vous l'arracher », souvenez-vous :

« La vie, c'est comme une dent
D'abord on n'y a pas pensé
On s'est contenté de mâcher
Et puis ça se gâte soudain
Ça vous fait mal, et on y tient
Et on la soigne et les soucis
Et pour qu'on soit vraiment guéri
Il faut vous l'arracher, la vie. »

 

Et puis, cette pensée lucrécienne de Léo Ferré :

« On vit on mange et puis on meurt
Vous ne trouvez pas que c'est charmant
Et que ça suffit à notre bonheur
Et à tous nos emmerdements » (Y en a marre ! , Léo Ferré – http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?lang=it&id=7794),

voilà qui me semble régler assez exactement la question de la mort, laquelle fait justement partie de la vie, même si elle en est la dernière étape et sans doute, une des plus belles.

 

 Tous-partis.jpeg

 

 

Conversation

 

 

 

 

À propos des incroyants circulent tant de légendes contemporaines, la plupart du temps répandues par les intégristes religieux. Ils sont parfois décrits par des textes sacrés et par des apologistes comme amoraux, insensibles, étroits, malheureux. Tout autant que terrorisés par la mort, comme raconte l'anecdote — souvent apocryphe — qui voudrait leur voir invoquer Dieu à la fin de la vie. Un livre intéressant pour dégonfler les mythes qui exaltent les croyants au détriment des athées et des agnostiques, rempli de données concrètes et de recherches citées, est « What You Don't Know about Religion (but Should) » (Ce que vous ne connaissez pas de la religion, mais vous devriez..) – du sociologue Ryan T. Cragun. Quel est, par exemple, le rapport des incroyants par rapport à la mort ? Le blog Friendly Atheist reprend le livre de Cragun qui traite la question, en apportant des considérations intéressantes.

 

Cragun (http://www.ryantcragun.com/) part de son expérience personnelle d'ex-mormon devenu athée et de la disparition de ses proches. Alors que ses parents faisaient leur deuil en croyant que la personne disparue vivait une autre vie dans l'au-delà, il l'a fait en acceptant avant tout le caractère inévitable de la mort. Dans le cas de son frère, il pouvait supporter sa disparition en sachant qu'il ne souffrirait plus (raisonnement analogue à celui d’Épicure). Il s'est aussi employé à le remémorer et à le célébrer, par exemple, en écrivant à son propos. Cragun a en outre dû comprendre que la raison pour laquelle la perte d'un proche est difficile à affronter réside dans le fait que « nous sommes animaux sociaux et que nous incorporons nos proches en nous mêmes ». De son point de vue, « ajouter des questions concernant le sort éternel semble rendre l'élaboration plus difficile, pas plus facile ».

 

Selon ce chercheur, toujours plus de recherches semblent conforter l'idée que les incroyants réussissent plus facilement à affronter la mort que les croyants. Les incroyants semblent moins préoccupés, moins enclins à employer des moyens invasifs pour allonger leur propre vie dans des situations désespérées et moins anxieux pendant l'agonie, quoique cela semble « extraordinairement contre-intuitif ». Les croyants sont convaincus qu'il y a une autre vie après la mort et ceci, prétend-t-on, les rend plus sereins, mais en fait, il se révèle qu'ils sont plus incertains d'où ils finiront. Aucun d'eux ne peut être sûr à cent pour cent de se réveiller au paradis.

 

En jetant un coup d’œil aux données du « World Values Survey », on remarque que plus on considère la religion importante et plus on est porté à penser à la mort. On se demande si être religieux n'inspire pas une plus grande peur de la mort ou si la peur concrète de la mort ne pousse pas les gens à être religieux. Cragun, suivant en cela d'autres spécialistes, penche pour la seconde hypothèse, quoiqu'il soit difficile donner une réponse définitive.

 

Les recherches suggèrent en outre que la religion peut aider à affronter en général les traumatismes comme la mort, car elle fournit « des explications, des justifications ou des rationalisations » (sous réserve de la vérification qu'elles soient fondées ou non) et l'espoir de rejoindre ses proches. Mais la religion parfois peut aussi aggraver l'élaboration du deuil, car il peut arriver que certains rejettent la faute sur Dieu et considèrent qu'ils sont punis par lui, ou bien tombent dans un état d'angoisse car ils sont incertains du sort du défunt. Il suffit de penser à la croyance selon laquelle les enfants baptisés vont en enfer, doctrine réaffirmée sans compromis au cours des siècles par l'Église catholique, croyance seulement récemment tempérée et rendue plus vague.

 

Cragun conclut que « même dans un domaine où la religion est largement considérée comme une aide considérable pour les personnes, elle peut être problématique ». Ce n'est pas la première fois que quelqu'un met en évidence la meilleure approche des incroyants face à la mort ; déjà certains médecins l'avaient remarqué et parmi eux des Italiens, comme Umberto Veronesi. L'enquête confirme de telles impressions. Ce doit être parce qu'ils sont habitués depuis toujours à concevoir la vie avec une fin, que les athées et les agnostiques semblent savoir mieux l'affronter. Ils paraissent même savoir exploiter mieux la vie auparavant. Serait-ce que la diabolisation de leur éthique énoncée par tant de croyants serait seulement le reflet de leur envie diffuse ?

 

 

 

La rédaction

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Marco Valdo M.I. - dans Asino
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