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27 avril 2013 6 27 /04 /avril /2013 16:03

 

 

L'ATHÉISME : UNE AFFAIRE DE

 

RICHES ?

 

 

Version française des Dernières Nouvelles de l'UAAR – Union des Athées, Agnostiques et Rationalistes. (26 avril 2013) :

Texte italien :http://www.uaar.it/news/2013/04/26/ateismo-roba-per-ricchi/



Meslier contra



L’athéisme et de façon plus générale, la laïcité est-elle une affaire de riches ? On verra ci-après ce qu'en disent les sociologues étazuniens...


Pour moi, dit Lucien l'âne, d'expérience millénaire, la chose ne me paraît pas acquise, bien au contraire. Sans remonter à mes origines grecques, moi qui ai traversé de mon petit pas tranquille bien des siècles et bien des tourmentes religieuses, j'ai le souvenir de bien des populations athées ou assimilables dont la pauvreté était l'état normal de vie. Seulement s'ils étaient athées ou quelque chose comme ça, incroyants en tous cas, c'était sans nécessairement en faire grand cas, sauf pour résister aux tentatives de séduction (souvent forcée) de la religion et des religieux. Là, ils opposaient même une résistance féroce. Le prosélytisme ne passera pas ! devait être leur cri de ralliement. Dans bien des cas, il a fallu y mettre le fer et le feu pour les « convertir », au moins en apparence. Mais qu'en penses-tu, Marco Valdo M.I. mon ami ?



J'ai un peu le même sentiment que toi. Je crois que ces recherches donnent un éclairage sur l'évolution aux Zétazunis, lesquels sont un phénomène récent et plus généralement, que certaines de leurs conclusions peuvent être étendues aux sociétés industrielles ou post-industrielles. Mais avec un peu de recul, on peut faire valoir a contrario le point de vue que les mouvements ouvriers, révolutionnaires, anarchistes et socialistes, plus spécifiquement, ont des fondements antireligieux... Qui donc parlait de la « Religion, opium du peuple » ? Et que je sache, « Ni Dieu, ni Maître ! » n'est pas une parole de riche... Lors de la révolution espagnole (1936-39) si malheureusement abandonnée par les uns et écrasée par les autres, évêques en tête, ce ne sont pas les riches qui ont dénoncé et combattu avec vigueur la religion ; ce sont les pauvres – ouvriers et paysans – qui ont mis le feu aux églises, vidés les couvents, tués les religieux... Ce n'était là, de toute évidence, pas un mouvement de bobos ou d'une classe moyenne huppée. Et si en 1793, on avait laissé faire les sans-culottes... Aujourd'hui encore, malgré tout, la fracture de la société française, par exemple, ressort nettement au travers des soubresauts engendrés par la loi sur le mariage pour tous.

 

Et, dit Lucien l'âne en levant le front, il me souvient que dans le centre de la Sardaigne, dans les hauts villages du Gennargentu, la main du prêtre n'a mis le pied qu'au cours du vingtième siècle...

 

En fait, sans mettre en cause la validité hic et nunc de leurs travaux, ma conclusion est que ces sociologues étazuniens sont myopes... ou autarciques. Par ailleurs, on ne saurait éluder (ce que ces sociologues font et on voit bien pourquoi) le caractère proprement révolutionnaire de l'irréligion, quand elle ne résulte pas de délices de Capoue consuméristes. Il suffit d'écouter un instant les paroles du bon abbé Meslier, qui savait de quoi il parlait à propos de la religion et l'Église et qui disait : «Je voudrais, et ce sera le dernier et le plus ardent de mes souhaits, je voudrais que le dernier des rois fût étranglé avec les boyaux du dernier prêtre.»


Encore une fois, l'Histoire n'est pas finie et la laïcité finira bien par se rappeler qu'elle est – en principe, ce qui veut dire en premier – un mouvement du « laios », du peuple,du pauvre peuple, justement tourné contre l'Église et les croyances, instruments des riches pour soumettre le troupeau.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane







On entend souvent dire et on lit aussi souvent dans les médias religieux, que l'athéisme serait «affaire de riches». Thèse parfois soutenue en la reliant à une supposée « humilité » et à la « simplicité » témoignée par les croyants, portant un avis négatif sur la richesse. Les riches sont dépeints, surtout à partir de la rhétorique paupériste des religions, avec des stéréotypes semblables à ceux qui affectent les incroyants : amoraux, frivoles, asociaux, sans sentiments. Pour citer seulement l'Évangile, emblématique est la parabole du « chameau » qui passe par le chas de l'aiguille. La beauté est que ces tirades moralistes proviennent souvent de chefs religieux, historiquement hors des circuits du travail et généralement entretenus par le reste de la population. Ce qui a permis aux confessions religieuses d'amasser d'énormes richesses , dont peuvent bénéficier les prêtres.

 

Il ne fait aucun doute que l'histoire de l'incroyance était, jusqu'il y a quelques décennies, un phénomène largement confiné aux classes supérieures et aux intellectuels. Il ne fait aucun doute que les enquêtes sociologiques d'aujourd'hui montrent que c'est un phénomène plus répandu dans les classes supérieures, moins dans les plus pauvres. Pourtant, il n'est pas douteux que les pays ayant l'indice le plus élevé de développement humain et le PIB le plus élevé sont caractérisés par un taux élevé d'incroyance, tandis que les plus pauvres et les moins développés se caractérisent par un taux très élevé de religiosité et la quasi-absence d'incroyants. Compte tenu de cette évidence, quelles réflexions en tirer?

 

Selon le Huffington Post, Daniel Cox, directeur de l'Institut de recherche sur la religion publique, s'est interrogé à ce sujet. Cox part de l'influence croissante des «non-affiliés» aux États-Unis : désormais, près d'un Étazunien sur cinq n'est pas « affilié » à une religion et un quart des votes qui ont permis la réélection de Barack Obama viennent justement d'eux. Selon l'Enquête sur les valeurs américaines de 2012 ( l’American Values Survey del 2012), 39% des non affiliés se disent laïques, 36% athées ou agnostiques, 23% croyants qui ne se soumettent à aucune religion. Le fait remarquable est que ceux qui se disent athées et agnostiques ont un statut socio-économique plus élevé les autres "non-affiliés» ; ils ont tendance à être plus instruits, plus riches, venant des classes moyennes et supérieures. Leur importance dans la vie sociale, culturelle, politique et même économique étazunienne est en augmentation, en particulier de ceux qui se disent explicitement athées et agnostiques.



Dans le passé, la sociologie faisait une large place au rôle de l'instruction universitaire pour expliquer la remise en cause des croyances religieuses traditionnelles. Une recherche plus récente ( ricerca più recente ) sur ce type de formation pèse plus sur la participation religieuse que sur la foi. Pippa Norris et Ronald Inglehart dans Sacred and Secular (sacré et profane )

(http://www.pdfbook.co.ke/details.php?title=Sacred%20and%20Secular&author=Pippa%20Norris,%20Ronald%20Inglehart&category=Philosophy&eid=10321&type=Book&popular=2)

affirment que parmi les personnes ou groupes de sociétés les plus précaires sur le plan économique, il y a des taux plus élevés de participation religieuse, car ils sont menacés par des problèmes tels que la maladie, la pauvreté, la mort prématurée. Comme l'a noté Cox, la richesse ne conduit pas nécessairement à l'abandon de la foi. Jouent également d'autres facteurs, comme la famille ou les relations. Dans les familles au niveau de vie élevé, il peut y avoir des styles plus ouverts de parentalité que chez ceux qui sont moins bien nantis. Chez les premiers, les parents ont tendance à éduquer selon les valeurs qui favorisent la croissance autonome des enfants, tandis que chez les moins bien lotis , on parie sur une approche plus traditionaliste. Comme plaident les auteurs de Of Human Bonding - Alice S. Rossi, Peter Peter Henry Rossi (http://books.google.be/books/about/Of_Human_Bonding.html?id=OH7HMIa2d_IC&redir_esc=ye), l'autoritarisme est fortement associé à la religiosité.

 

La liberté d'expression est, sauf dans des cas particuliers – le pétrole dans la péninsule arabique, par exemple – une condition préalable à la croissance économique. De même la culture, dont l'accès dans de nombreux pays est trop souvent limitée à quelques-uns. Rappelons-le encore une fois: les solutions irrationnelles sont presque inévitables lorsqu'une ressource ou un statut social qui garantit les droits et la stabilité économique ne semblent pas être à la portée des solutions rationnelles. Cependant, le phénomène de l'incroyance est de plus en plus évident, même dans les pays pauvres, comme le Bangladesh. Où a récemment été déchaînée la chasse au blogueur athée, à travers des mobilisations réclamant la pendaison pour des faits blasphématoires et des listes de proscription fournies par les fondamentalistes islamiques au gouvernement. Il est donc compréhensible qu'afin de permettre la révélation sociale des incroyants, soit important de garantir la liberté d'expression.



Il faut dire aussi que la religion est un phénomène héréditaire, transmis principalement par la famille. Ou par décret, lorsque les missionnaires ont réussi à convertir (ou au moins à convaincre) les dirigeants, qui ont ensuite cascade l'ont imposée par des lois liberticides au reste de la population. Comme ce fut le cas dans l'Empire romain à partir Théodose et parmi les populations «barbares» (dans certaines régions, telle la Lituanie, même au XVe siècle seulement ). Et comme a essayé de faire le jésuite Matteo Ricci en Chine, en essayant de convertir les dirigeants croyant la zone un terrain vierge à évangéliser précisément car "non-religieux", bien que fussent répandus le confucianisme et le bouddhisme. Ou par la conquête militaire, comme l'expansion de l'Islam en Afrique et en Asie ou la colonisation européenne en Amérique (et en Afrique, en Asie, en Océanie...). A titre de comparaison, même l'athéisme peut aussi être imposé par des régimes autoritaires dans les pays pauvres, comme en Chine ou en Russie.

 

Mais, en général, l'incroyance semble être un phénomène qui se développe plus facilement quand les gens disposent de plus de capacités, de possibilités, de droits, d'autonomie aussi économique, de liberté. Même les croyants devraient réfléchir à cet aspect. Leurs dirigeants semblent continuer à suivre l'ancien chemin d'évangélisation du haut vers le bas : « choyez les politiques et vous obtiendrez (ou au moins le maintien) des privilèges. Le troupeau suivra. »

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Marco Valdo M.I. - dans Asino
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