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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 21:36

 

 

GENÈSE ET NATURE DE LA VIOLENCE

 

CONTRE LES FEMMES

 

Version française des Dernières Nouvelles de l'UAAR – Union des Athées, Agnostiques et Rationalistes. (29 mai 2013) :

Texte italien : http://www.uaar.it/news/2013/05/29/genesi-natura-violenza-donne/

 

Précepte laïque

Italiens, encore un effort pour devenir laïques !

 

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L'approbation de la Convention d'Istanbul est, à sa manière, un titre de mérite pour la Chambre des députés italiens, parmi les premières à la ratifier. Sans doute moins digne d'applaudissements est l'absence des députés, pendant le débat et à l'instant du vote. Nous prenons toutefois acte que, dans un moment où les journaux sont pleins de nouvelles d'horribles violences criminelles contre les femmes, un signal a été donné.

La Convention du Conseil d'Europe, paraphée à Istanbul en mai 2011, tend à prévenir et contrecarrer la violence vis-à-vis des femmes et la violence domestique. Un thème chaud, vus les nombreux cas de violences et d'homicides qui frappent les femmes en Italie. La Convention a été ratifiée par la Chambre et maintenant passera au Sénat pour l'approbation définitive. Le texte tend à contrecarrer non seulement les agressions, les féminicides, la persécution et le harcèlement envers les femmes, mais aussi les mutilations génitales féminines et les mariages combinés, pour affirmer une vraie autonomie et l'égalité des droits par rapport à l'homme.
En théorie, les principes affirmés par la Convention d'Istanbul devraient être généralement partagés par tous ceux qui soutiennent les droits des femmes. Mais pendant la phase d'élaboration du document, comme cela fut dénoncé par Amnesty International, la Russie et le Vatican ont proposé d'enlever la référence à la violence homophobe contre les lesbiennes, les bisexuels et les transexuels, avec l'intention de rayer la référence à l'orientation sexuelle et à l'identité de genre comme base inadmissible de discrimination.

Dans le passage en question, article 4 alinéa 3,on peut lire :

La réalisation des dispositions de la présente Convention de la part des Parties contractantes, en particulier les mesures destinées à défendre les droits des victimes, doit être garantie sans discrimination fondée sur le sexe, sur le genre, sur la race, sur la couleur, sur la langue, sur la religion, sur les opinions politiques ou de n'importe quel autre type, sur l'origine nationale ou sociale, sur l'appartenance à une minorité nationale, sur le cens, sur la naissance, sur l'orientation sexuelle, sur l'identité de genre, sur l'âge, sur les conditions de santé, sur le handicap, sur le statut matrimonial, sur le statut de migrant ou de réfugié ou sur quelque autre condition.


Considérant les épisodes d'intolérance et les violences spécialement à l’égard des gays (dans ce cas des lesbiennes), enlever cette référence apparaît fort inopportun. Mais le monde catholique le plus intransigeant a accueilli mal le « risque » que soit reconnue la discrimination à l’encontre des homosexuels. Au Parlement, Paola Binetti, député Udc affiliée à l'Opus Dei, a fait approuver un ordre du jour pour maintenir la « cohérence » de la Convention avec la Constitution et « éviter quelques ambiguïtés particulières ». Traduit, l'objet de la dispute était l'article 3 relatif aux définitions, qui au point c dit : avec le terme « genre », on vise des rôles, comportements, activités et attributs socialement construits qu'une société déterminée considère appropriés pour des femmes et hommes
« On ne voit pasle besoin d'introduire le concept de genre dans un traité où au centre de l'attention, il y a la femme en évidente et claire opposition avec le mâle », a soutenu Binetti. Sur cette touche elle a battu même le député Pdl (ex Pd) Dorina Bianchi dans le journal Tempi : « L'Italie signera, mais il faut que la ratification du traité se produise dans le respect de son système ». Sur le quotidien des évêques Avvenire, le juriste Francesco D'Agostino en profite pour critiquer la dérive (du point de vue catholique) qui conduit à une plus grande acceptation des homosexuels et de leurs droits, et critique la Convention d'Istanbul.
Tout cela paraît dans la ligne de la doctrine catholique : au fond, les douze apôtres étaient tous hommes et la femme a été placée par Saint Paul dans une position de minorité, donc reléguée à celle d'« ange du foyer » comme épouse fidèle au côté de l'homme — sans possibilité de divorcer — avec la carrière religieuse comme unique forme d'ascenseur social pour la célibataire.
Une ligne restée solide au cours des siècles, même avec l'encyclique Casti Connubii (1930) de Pie XI, qui attaquait ouvertement les conceptions modernes et libérales du mariage et qui reste toujours parmi les références doctrinaires du catholicisme. Dans son encyclique, le pape réaffirmait que le mariage est un sacrement institué par Dieu et donc indissoluble. Parmi ses buts, il y a la procréation et l'éducation chrétienne des enfants, donc sont condamnés contraception et avortement. L'émancipation de la femme est qualifiée de contraire à la doctrine paulinienne, qui veut la femme soumise.
D'ailleurs, encore aujourd'hui, les prêtres sont seulement des hommes ; l'Église nie les droits reproductifs de la femme et n'admet pas le divorce. Même lorsque le mari est brutal : le conseil informel des curés est celui de « supporter » . Récemment, même l'archevêque de Cologne, le cardinal Joachim Meisner, connu en Allemagne pour ses positions conservatrices, a conseillé aux femmes de rester à la maison pour faire plus d'enfants. Tout cela n'implique pas, bien entendu, que le catholicisme incite à la violence sur les femmes. Mais de fait, il la ratifie à l'intérieur d'un modèle de société machiste et patriarcale et d'une conception « propriétaire » des femelles, qu'il ne remet en cause en aucune manière. L'impression est que ce cadre est interprété comme biologique, donc « naturel » (Et Dieu là-dedans, il fait quoi ? il sert à quoi ? Si c'est la ntaure qui détermine les choses... ndt). En ne prenant pas les distances envers un tel modèle, il est inévitable qu'il est difficile de développer la condition féminine.


Le dernier cas de féminicide mis en exergue par la chronique est celui de Corigliano Calabro en province de Cosenza, dans lequel la jeune fille de seize ans Fabiana Luzzi a été tuée par son fiancé. Encore une fois, il en ressort, écrit Fabio Sabatini sur le blog du « Fatto », cette culture « médiévale et sexiste partagée » et « cultivée dans la famille, dans le village et dans le reste du pays », malheureusement fort enracinée surtout dans l'Italie du Sud. Est intervenu à propos de cet événement jusqu'à l'archevêque de Rossano-Cariés, Stefano Marcianò, qui a demandé de prier pour l'assassin. Il manque dans les mots du prélat l'attention pour la dignité de la femme, qui est toujours traitée comme un objet.
Encore une fois, un évêque ne se préoccupe pas d'intervenir sur les causes qui mènent à la violence vis-à-vis des femmes. Encore une fois, aucune concession n'est faite à leur souhaitable émancipation. L'attention est seulement pour l'homme et à la demande de pardon pour ce dernier. Cela ne nous semble pas une attitude adaptée aux risques que courent tant de femmes.

La rédaction

 

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