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15 mai 2013 3 15 /05 /mai /2013 11:24

DES ÉDIFICES PUBLICS SANS CRUCIFIX ? C'EST POSSIBLE!


Version française des Dernières Nouvelles de l'UAAR – Union des Athées, Agnostiques et Rationalistes. (14 mai 2013) :

Texte italien : http://www.uaar.it/news/2013/05/14/edifici-pubblici-senza-crocifisso/

 

 

 

 

La bataille du crucifix a lieu en Italie et pas seulement, elle se déroule également dans d'autres pays européens. Bien évidemment, elle est symbolique, mais justement elle l'est et c'est bien là le problème.

 

Car au fond, on pourrait très bien comme laïcs et a fortiori, quand on est athées, considérer – comme le fait la Cour de Justice Européenne des Droits de l'Homme, qu'il s'agit là d'un pur objet de décoration, sans plus. N'était le symbole... qui fut celui des croisades, dont ne peut prétendre qu'elles furent de grandes œuvres de paix. Et sans courir à Jérusalem, on peut ici rappeler la Croisade contre les Albigeois : « la levée, dans toute l’Europe, de la plus grande armée qui ait jamais été rassemblée sous la bannière du Christ. »et les grands massacres, les rapines et les conquêtes qui se firent sous le symbole de la croix.

 

commemoration-croisade-contre-albigeois-1.jpg

 

 

Bien sûr, on rétorquera que le crucifix et la croix sont aussi symbole d'un supplice... On n'ose imaginer que les Romains eussent préféré le pal...

 

Bref, la symbolique de la croix est partisane et confessionnelle. On ne peut en aucun cas souscrire à sa prétention d'incarner (c'est d'ailleurs une manie, chez ces gens-là...) l'Europe... laquelle est fille de la mythologie grecque; historiquement, Europe précède l'évangélisation de quelques siècles – à tout le moins. Et que dire aux descendants de Monsieur de Cro-Magnon, que nous sommes. (http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?lang=it&id=7817).

 

Il est juste aussi de rappeler ici que les laïques, les athées – sans compter les autres hérétiques en tous genres – furent poursuivis, torturés, massacrés sous le symbole de la croix.

 

Il se révèle donc qu'un tel objet est en soi porteur de toute cette histoire « full of sound and fury » et qu'il n'est pas sain qu'il figure dans les bâtiments publics et au-delà même, dans l'espace public.

 

Il apparaît cependant qu'il y a encore bien du chemin à faire... Europe, encore un effort pour devenir laïque.

 

 

 

 

 

Deux ans sont passés depuis la sentence avec laquelle la Grande Chambre de la Cour de Strasbourg, en renversant le verdict de premier degré, repoussa le recours de Soile Lautsi, membre de l'Uaar, soutenant que l'accrochage du crucifix dans les salles scolaires ne violait pas la Convention européenne. Cette sentence politique de la CEDH (Cour Européenne des Droits de l'Homme) faisait suite à une pression internationale sans précédent des pays les plus rétrogrades, parmi lesquels l'Italie. Et bien loin de confirmer l'obligation d'affichage comme il est parfois soutenu par ceux qui sont particulièrement intéressés à le clouer aux murs, la Cour attribua au crucifix une pure fonction « passive » d'objet de décoration : en le dévalorisant de fait et en retenant qu'il n'avait aucune portée ni caractère religieux. Il reste donc toujours possible d'éviter de marquer de façon confessionnelle les édifices publics. Une faculté que, de temps en temps, quelqu'un traduit même en pratique.

 

Comme c'est arrivé à l'université de Florence, où à l'occasion de travaux d'entretien, le crucifix accroché dans l'amphithéâtre du rectorat sur la place San Marco avait été ôté. La réfection terminée, sur décision du recteur Alberto Tesi, il n'a pas été remplacé. La question n'a pas été discutée au Sénat ou au Conseil d'administration de l'université .Le recteur a expliqué très simplement « avoir considéré juste que l'amphithéâtre, lieu de rencontre et de débats, ne nécessite pas la présence de symboles confessionnels ».

 

Dans l'amphithéâtre de Florence, il semble que le crucifix n'ait été présent que depuis quelques décennies et on ne sait pas bien qui l'y a mis. Déjà en 1994, le conseil de la Faculté d'Architecture approuva à l'unanimité le retrait du crucifix d'un bar à Saint Verdiana, suite à la demande des étudiants des collectifs, car « discriminatoire pour d'autres confessions religieuses ». Et il fut retiré sans gros scandale. Le seul à critiquer fut Franco Scaramuzzi, professeur émérite d'Agriculture, ex recteur de l'université florentine et maintenant président de l'Académie des Georgofili (une sorte d'Académie agricole). Selon lui, il valait mieux ne pas procéder à l'enlèvement du crucifix, car « il fallait éviter d'activer des oppositions » et car « indépendamment de chaque confession ou idéologie », il s'agissait d'un « symbole millénaire de notre histoire et de notre civilisation ».

 

Malgré la rhétorique et les tons tragiques de certains, c'est précisément le fait de vouloir imposer à tout prix le crucifix qui fomente des divisions, surtout en raison de l'activisme des cléricaux qui depuis quelques années, s'agitent toujours plus pour imposer n'importe quoi au nom de leurs « valeurs ». L'appel à la tradition — imprécis et sans enquête sur les modalités et sur la logique discutable avec laquelle celle-ci était imposée — ne peut de toute façon pas être utilisé dans le présent comme justification de pratiques et de comportements maintenant toujours moins en résonance avec le sentiment commun. D'autant que ce sont là des comportements traditionnels qui sont contestés à d'autres confessions, comme l'islam, car jugés peu laïques et contre les droits de tous. Il est évident que dans une société toujours plus sécularisée, où le christianisme n'est plus religion d'État, le symbole en question ne représente pas tout le monde. Si on veut être précis, il ne s'agit même pas de tous les chrétiens, mais seulement des catholiques et, encore, seulement ceux qui le réclament. Donc, ça n'a pas de sens d'imposer le crucifix dans un lieu public qui par nature, devrait être laïque et appartenir à tous et d'accorder des préférences à des confessions particulières. Si on ne part pas de ce simple bon sens laïque, qui logiquement précède le fait d'être ou non croyants, comment peut-on prétendre à des attitudes laïques de la part des autres communautés religieuses ? Et comment peut-on endiguer sérieusement les demandes de privilèges de la part d'autres confessions, ou se plaindre de l'intégrisme d'autrui, si on ne commence pas chez soi ?

 

Précédemment, le même recteur avait montré une sensibilité laïque non escomptée. En 2010, l'université avait envoyé aux étudiants une invitation à la messe pour l'inauguration de l'année académique. Notre cercle de Florence avait demandé des éclaircissements sur les modalités de participation au rite religieux et le recteur avait précisé que la messe se tiendrait « évidemment, en dehors de l'horaire de service des instituts (aux moments) contractuellement prévus comme les flexibilités, permissions, congés ». L'Uaar avait remercié le recteur pour sa réponse.

 

Le principe est au fond très simple et on ne devrait pas avoir besoin d'entamer des actions juridiques pour l'affirmer et il ne mérite pas les bruyantes levées de boucliers de croisés obsédés par la défense de leur identité. Dans les lieux de tous ne doivent pas figurer des symboles particuliers, comme justement le crucifix. Mais pour certains homines sapientes (différents des mâles alpha) l'impulsion biologique de marquer le territoire pour réaffirmer leur pouvoir est évidemment inéliminable. Un comportement si naturel ne surprend pas du tout. Il faut seulement relever l'incohérence de le poser dans le domaine de l'être au nom du surnaturel.

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Marco Valdo M.I. - dans Asino
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