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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 09:17

DAWKINS, LE BON JOURNALISME

 

ET LES CHEVAUX AILÉS

 

 

Version française des Dernières Nouvelles de l'UAAR – Union des Athées, Agnostiques et Rationalistes. (25 avril 2013) :

Texte italien : http://www.uaar.it/news/2013/04/25/dawkins-buon-giornalismo-cavalli-alati/

 

 

 

Dans un monde où les chevaux ailés poursuivent les fées, la critique est prohibée...et le critique, en bonne justice divine, devrait être sévèrement sanctionné... Tel est en résumé ce qui ressort de l'article publié par nos amis de l'UAAR. Face à la prolifération des croyances et des croyants, le combat laïque ne fait que commencer, même s'il se doit d'être pacifique et magnanime.

Mais comme il était dit dans les rues de Paris et d'ailleurs : Ce n'est qu'un début...

 

 

 

Si critiquer la religion gêne, la critique émanant de certaines croyances religieuses gêne encore davantage. Il arrive que quelques fidèles de haut rang ont honte un peu de leurs convictions. Et que pour répondre ils choisissent la voie de l'incorrection ou du victimisme.

 

La dernière querelle qui touche Richard Dawkins est révélatrice de ce climat . Le biologiste athée réputé , très actif sur son profil Twitter où il n'épargne pas les commentaires piquants, a osé critiquer Mehdi Hasan, directeur politique de Huffington Post UK et musulman. « Il admet qu'il croit que Mahomet s'est envolé au ciel sur un cheval ailé », écrit Dawkins dans son tweet, « et le New Statesman le considère digne de publication comme un journaliste sérieux ». Dawkins commentait ainsi l'entrevue avec Hasan mise en onde en décembre passé sur Al Jezira sur la religion et l'existence de Dieu. Hasan, qui s'était révélé un journaliste pas du tout impartial, intéressé plutôt à provoquer Dawkins, a parlé de leur confrontation dans le même New Statesman.

 

La sortie tranchante du biologiste a déchaîné les critiques de divers autres usagers. Une réaction qui apparaît exorbitante, vu que le même Hasan a promptement instrumenté les phrases de Dawkins pour se faire passer comme victime, objet de racisme, d'islamophobie et en a remis tant et plus. Aussi en souhaitant que la confrontation soit toujours respectueuse, nous soutenons que la critique vis-à-vis de la religion doit toujours être libre de s'exprimer, à l'égal des critiques venues des religions.

 

Le biologiste britannique a cherché à éclaircir sa pensée, en faisant remarquer – et il ne manquerait plus que ça — qu'il ne contestait pas le droit d'expression de Hasan et en disant : « Certes le New Statesman est libre de publier le cheval ailé de Mehdi Hasan. Je ne mettais pas en discussion son droit mais leur jugement ». Suite attaques et déformations suivantes,il a insisté : « Oh, pour l'amour de Dieu, je n'ai pas dit qu'un musulman ne peut pas faire le journaliste. J'ai mis en discussion la crédibilité d'un homme qui croit aux chevaux volants ».

 

Par ailleurs, il existe un deux poids deux mesures selon lequel il est tabou de contester la religion islamique alors que qu'on peut très bien le faire avec autres formes de foi, qui est répandu parce qu'il se nourrit du malentendu de traiter de « racistes » ceux qui osent critiquer l'Islam. Dawkins a synthétisé cette attitude avec un enième tweet : « A croit aux fées. B croit aux chevaux ailés. Critiquez A et vous êtes rationnel. Critiquez B et vous êtes un bigot raciste islamophobe ».

 

Sur le site de la Richard Dawkins Foundation, l'évolutionniste a voulu mettre en évidence ce double registre, en prenant le cas de l'histoire d'Arthur Conan Doyle. L'écrivain bien connu, de la plume duquel sont sortis des personnages rationnels comme le détective Sherlock Holmes et le professeur Challenger, s'était laissé cependant duper par quelques photos truquées et a cru à l'existence des fées. Sur la vague du spiritisme du dix-neuvième siècle, d'autres personnages connus croyaient d'ailleurs aussi aux fées.

 

Dawkins rapproche le fait de croire aux fées à celui de croire que Mahomet s'est envolé au paradis sur un cheval ailé, en jugeant ces deux idées « ridicules ». Selon la tradition islamique, le prophète a vraiment monté Buraq, destrier aux pouvoirs surnaturels prêté par rien moins que l'archange Gabriel, pour un vol nocturne de la Mecque à Jérusalem, pour visiter l'enfer (où les pécheurs et les incroyants subissent d'atroces supplices par le feu) et rejoindre Allah au ciel, pour recevoir de ce dernier des instructions sur la manière de prier.

 

Le biologiste reconnaît à Hasan le fait d'être un « journaliste et un très bon rédacteur politique, qui écrit des articles aigus et sensés », mais qui met en pause ses capacités critiques lorsqu'il s'agit de croire aux dogmes de la foi. Et son commentaire sarcastique sur Twitter, si synthétique à en être considéré comme offensant, veut cerner vraiment cette dysfonction. « Je ne peux pas nier que ça ait résonné horriblement comme un appel au New Statesman pour le licencier », admet-il, « et il n'est pas surprenant que ce soit compris de cette façon, au point d'en faire une affaire controversée de liberté d'expression ». « Pire encore, quelques correspondants sont allés au-delà et ont pensé que je disais qu'aucun islamique devrait être admis comme journaliste, ou qu'aucune personne croyante ne devrait jamais être reconnue comme journaliste », ajoute -t-il. « Je n'ai certes jamais voulu dire une de ces interprétations », éclaircit Dawkins, en expliquant que c'est la limite du nombre de caractères de Twitter qui est cause de ce malentendu. Il présente des excuses et il admet : « Je ne peux pas nier que mes mots aient été choisis de manière superficielle ».

 

Il ne cesse pas cependant de s'étonner du fait qu'une personne sensée en certains domaines puisse croire en des absurdités dans d'autres. La différence par rapport à la croyance aux fées est que la conviction d'Hasan « naît d'un credo religieux répandu et c'est pour cette raison qu'elle est traitée avec une dose de respect finalement trop généreuse ». Si une personne peut se payer une tranche de bon sang et traiter de « cinglé » un Conan Doyle quand il croit aux fées, si on ose faire de même pour celui qui croit à un cheval ailé (ou pour celui qui croit que l'eau se transforme miraculeusement en vin), « il y a des représailles ». Ce « double traitement fréquent », conclut Dawkins, est appliqué « avec une animosité particulière » même « par celui qui se déclare athée mais se donne du mal pour «se mettre bien » avec la confession religieuse ». La seule différence est que la croyance de Doyle n'est pas une croyance « protégée par le bouclier du privilège religieux ».

 

L'épisode est significatif d'un montage à partir d'une attitude d'hypersensibilité dictée par le spectre de la soi-disant « islamophobie » , pour laquelle si on est athée et on ose critiquer l'Islam, on passe pour raciste et intolérant. Certains musulmans font ainsi pour éviter de devoir se confronter sérieusement à la réalité dans le but de maintenir un statut d'intouchabilité semblable à celui garanti dans les pays théocratiques, où toute critique est criminalisée et celui qui ose faire des commentaires beaucoup moins piquants que ceux de Dawkins finit en prison. Mais une part d'incroyants n'en est pas indemne, ceux-là mêmes qui n'ont aucun problème à critiquer le christianisme, les dogmes de l'Église ou les croyances irrationnelles farfelues.

 

Faire du journalisme, tout comme faire le plombier, n'est pas en contradiction avec d'avoir des croyances déterminées . Mais il y a des cas où être un fervent croyant et l'afficher dans le travail conditionne à tel point le métier journalistique qu'il en mine lourdement le caractère professionnel. Il est connu combien ce vice est assez répandu même dans notre journalisme, où sur des titres et des télévisions nationales trouvent place des figures embarrassantes de bigots catholiques, qui font tomber lourdement la qualité de l'information et la pilotent ad maiorem dei gloriam (pour la plus grande gloire de dieu). Il faut s'attendre à des problèmes semblables lorsque les intégristes islamiques commenceront à trouver place dans les journaux italiens (ou d'autres pays d'Europe, car le phénomène est universel – N dT).

 

Avec la bénédiction du très affectionné Stephen Jay Gould, il arrive souvent que science et religion soient parfois des magistères superposables et que la deuxième doive céder le pas à la première. Mehdi Hasan n'est pas un journaliste scientifique et n'ambitionne évidemment pas de l'être, ce pourquoi il n'y a pas de problèmes. Être susceptible n'est certes pas un délit. Et d'autre part, c'est une attitude répandue, soit parmi les journalistes, soit encore davantage parmi les fidèles. Mais vouloir passer pour des victimes, objets de persécution aux seules fins de nier tout droit de critique à la contrepartie, en la diabolisant à dessein, c'est mettre en œuvre une instrumentalisation qui s'accorde difficilement avec une information correcte ou avec la simple déontologie professionnelle.

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Marco Valdo M.I. - dans Asino
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