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27 octobre 2008 1 27 /10 /octobre /2008 22:05

Je me disais aussi... Où est-il passé, cet âne même pas bâté, ce stupide lâcheur, plus bête encore que le plâtre ou distrait comme un pâtre, à l'hôpital ou sur l'île de Pâques, sans doute un goût de vague à l'âme, bref, où est donc allé Mârco Valdo M.I. ?, dit Lucien l'âne en écartant ses pavillons lustrés de gouttelettes de la rosée du soir. À ce propos, dit l'âne à l'âme élégiaque et cinéphile, goûtons la saveur de la roseur de la rosée...


Ben voyons, Lucien mon bel ami, je suis là, dit Mârco Valdo M.I.. Sinon, tu ne parlerais même pas... À qui voudrais-tu causer et surtout, qui voudrait écouter tes âneries ? À part moi, sauf ton respect, je ne vois pas grand monde... Pas la peine de monter sur tes grands chevaux, je suis là et bien là, car je vais t'en conter une bien bonne. Courte, mais bien bonne. Et comme tu le sais, les plus courtes sont les meilleures. J'entends bien que ce n'est pas l'avis de toutes les personnes; certaines les aiment plus longues, mais en fait, ça les regarde, si j'ose ainsi dire. Enfin, puisque l'œil était dans la tombe et regardait Caïn, je ne vois pas pourquoi ça ne les regarderait pas. Si tu vois ce que je veux dire...


Par là, je ne vois rien, dit l'âne en se retournant. Je suis comme ma sœur âne, je ne vois rien venir; pas un chat à l'horizon. Trêve de plaisanteries, si tu me disais de quoi tu as comme ça l'intention de me parler, que vas- tu me faire voir, me raconter, que sais-je.


Souviens-toi, ô Lucien l'âne au grand cœur, que nous sommes lundi; ce qui signifie que hier, nous étions dimanche. Et que...


Le dimanche, c'est le jour des canzones et que dès lors, dit Lucien l'âne, mon cher ami Mârco Valdo M.I., tu me dois des canzones.


C'est ce que j'allais te proposer. Cependant, il me faut m'expliquer un peu, car il y a eu un changement de programme et pas plus tard qu'en début de soirée, au moment où j'allais me préparer à te rejoindre avec tout mon bataclan. J'avais préparé plusieurs canzones et je me réservais de t'en parler. Et même bien plus que ça, je voulais t'exposer tout ce que je comptais en faire... J'avais déjà préparé toute une explication et soudain....


Soudain, quoi ?, dit l'âne en se cabrant comme un cabri.


Soudain... Si tu ne m'interrompais pas, je ne perdrais pas le fil du récit, dit Mârco Valdo M.I.. Je reprends : soudain, patatras, voilà que, suivant ainsi une habitude ancienne, je jette un coup d'œil sur les journaux du soir et je découvre un article qui me met dans la position d'un setter irlandais devant un lièvre qui se sent découvert.


Je vois ça d'ici, dit l'âne en se tenant sur trois jambes avec l'antérieur gauche replié à l'horizontale et les oreilles toutes noires tendues vers l'arrière et la queue itou.


Exactement comme çà, tu as vraiment l'air idiot comme tu es là..., dit Mârco Valdo M.I. en éclatant de rire. J'étais donc intellectuellement, mentalement dans cette position ridicule et je me dis. Voilà une histoire extraordinaire qu'on risque fort de voir disparaître dans le néant de la presse, si l'on n'en fait pas une chanson. Sitôt, si tôt fait... Je jette quelques notes sur un bout de papier et je me mets à la tâche. Juste le temps de la faire et je retrouve devant moi, sur mon papier une chanson. Bien sûr, une de mes chansons sans musique. Vu le sujet, je l'envoie aux amis de Canzoni contro la guerra; pour voir ce qu'ils en pensent et quelques minutes plus tard, la voici sur leur site. Ils ont dû la trouver à leur goût.


Avec tout ça, mon ami Mârco Valdo M.I., je ne sais toujours pas de quoi il s'agit, dit l'âne dépité.


J'y viens, dit Mârco Valdo M.I.. J'y viens à l'instant. C'est une chanson de cuisine. Une chanson qui parle de cuisine, une chanson culinaire en quelque sorte. « Pas d'oie, sans armoise ! », disait le chef qui enseignait la cuisine à Günther Grass dans un camp d'internement du côté du Tyrol en 1945. Il est vrai que l'oie en question était purement théorique, vu que dans un tel camp, il n'y avait pas d'oie, ni d'ailleurs rien de ce qui put nourrir copieusement et encore moins, justifier d'une oie à un repas, dès lors festif. Le repas de l'oie fait la fête.


À propos de pas de l'oie, je ne te suis pas trop bien, dit l'âne. Le pas de l'oie, ce n'est pas mon truc, moi, vois-tu, Mârco Valdo M.I., je suis un âne et je marche l'amble.


Je ne t'ai pas parlé du pas de l'oie, dit Mârco Valdo M.I., mais tu vas voir, ce n'est quand même pas sans rapport. Donc, j'ai fait cette chanson que j'ai intitulée « La cuisine de la fin ». Maintenant, tais-toi et écoute bien. Je t'explique. Tout est parti d'un article du Monde – tu sais ce journal de Paris – qui parlait d'une émission de télévision destinée aux ménagères et qui s'intéresse à la cuisine. Bref, une émission culinaire et didactique. Avec des relents historico-culturels et même, tu vas le voir, hystérico-cultuels. L'idée de l'émission à venir – c'est de présenter à ces dames le plat préféré d'un homme célèbre. Bref, une émission des plus pipeules. Jusque là, c'est délirant, mais sans plus. Mais le chef en question a carrément décollé et s'est lancé en proposant le plat préféré d'Adolf Hitler. En l'occurrence, la « truite au beurre ». Pauvre bête ! Déjà que jeune fille, elle avait dû subir les avanies du piano... La voilà, soumise à la honte universelle...


Et tu as fait une chanson sur une pareille histoire??? Je n'en reviens pas, mon cher Mârco Valdo M.I.. Enfin...



Attends de voir la chanson..., dit Mârco Valdo M.I..


C'est précisément ce que je fais, dit l'âne en souriant de toutes ses dents blanches comme l'uniforme d'une infirmière de la Croix-Rouge suisse.


Allons-y, alors, dit Mârco Valdo M.I..


Ce 27 octobre 2008, dit Marco Valdo M.I., je lis dans le journal français Le Monde, l'article suivant intitulé :



Le mets préféré d'Hitler, un plat indigeste en Belgique



"Plat préféré" - en français dans le texte - a cessé d'être une sympathique émission de la chaîne publique flamande Canvas. Et son chef, le maître queue Jeroen Meus, 30 ans, aurait sans doute dû tourner sept fois sa cuiller dans sa recette du succès avant de présenter, dans une émission programmée pour le mardi 28 octobre, le plat favori... d'Adolf Hitler. A savoir, si cela intéresse vraiment quelqu'un, la truite sauce au beurre.

Le chef flamand s'était contenté, avant cette initiative douteuse, d'explorer les secrets du moules-frites de Jacques Brel ou la langouste à la catalane qui ravissait Salvador Dali. Décidé, selon ses dires, à explorer, cette fois, les richesses trop méconnues de la gastronomie bavaroise, il a, explique-t-il, estimé "avoir le droit de se demander ce que mangeait Adolf Hitler". Et le droit d'en rendre compte au cours de ce qui doit être, toujours d'après M. Meus, un "excellent festin" réalisé à Berchtesgaden (Allemagne).

A propos d'Hitler, le cuisinier note quand même qu'il s'agit d'un "homme atroce". Il ne s'émeut toutefois pas outre mesure d'être devenu une idole sur les sites néo-nazis qui pullulent sur Internet. "Dommage, mais ces gens aussi ont le droit de regarder l'émission. Chacun a le droit d'avoir un avis", s'est-il enferré. Le directeur de Canvas, Jan Stevens, ajoutant tout aussi maladroitement que le programme vise, non pas à "humaniser Hitler" mais à en avoir "une meilleure compréhension". M. Stevens a néanmoins présenté ses excuses anticipées à ceux que l'émission choquerait.

SÉANCE MACABRE

Parmi eux, il y a Francis De Coster, un ancien déporté qui a perdu son frère et son père à Buchenwald. M. De Coster, président de l'association belge des anciens prisonniers politiques, a conseillé au jeune cuistot de présenter plutôt le menu réservé aux détenus du camp de Breendonk,

d'où étaient déportés les opposants au nazisme. A savoir "trois tasses de café et 100 grammes de pain par jour". Hugo van Minnebruggen, animateur du site Internet verzet. org, consacré à la seconde guerre mondiale, a indiqué, quant à lui, que le plat favori d'Hitler n'était pas la truite au beurre mais "le partisan fraîchement abattu", "le juif battu à mort" ou "le nouveau-né tzigane fouetté".

Le magazine juif d'Anvers Joods Actueel, qui a révélé l'affaire a, quant à lui, déploré "la naïveté" d'une vedette de la télévision, incapable, selon lui, de mesurer la charge émotionnelle de son projet pour tous les survivants de l'époque nazie.

L'affaire tombe d'autant plus mal que la Flandre a été, au cours des dernières semaines, le théâtre de plusieurs concerts clandestins de Blood & Honour, un groupe de néo-nazis européens. Récemment, une séance d'hommage à Hitler dans un cimetière du Limbourg belge a vu apparaître un jeune néo-nazi affichant sa ressemblance avec Hitler, moustache, coiffure gominée et chemise brune comprises. Trois personnes ont été mises en examen à l'issue de cette séance macabre qui a, une fois encore, mis en évidence les liens entre ce groupuscule et des personnalités du Vlaams Belang, le parti xénophobe qui draine un tiers des voix à Anvers et un cinquième dans la Région flamande.

Jean-Pierre Stroobants

in Le Monde, 27 octobre 2008

 

 




En effet, se dit Marco Valdo M.I. ...

On doit avoir le droit de se demander ce que mangeait Hitler; démocratie oblige !

Après les grandioses funérailles de l' Haider, dignes en tous points des fastes de la Cacanie, ainsi que Musil appelait l'Autriche, après les sublimes obsèques qui ont tant apporté aux télévisions et tant fait pour humaniser l'Haider, la Hideur, pour le banaliser en vedette de l'écran, qui ont pipeulisé le nazifascisme, voici à présent, une émission plus intimiste, une émission de cuisine qui s'en vient « humaniser » Hitler. Comprendre le nazisme par la « truite au beurre » permettra de mieux l'apprécier; voici donc la propagande culinaire. Hitler aimait la truite au beurre, il ne devait pas être si mauvais que ça, penseront le pêcheur et la ménagère. Demandez à la truite...


Pour que cette énormité gastronomique ne se perde pas, faisons-en une chanson, se dit Marco Valdo M.I.









LA CUISINE DE LA FIN.



On a le droit de savoir

La Cuisine du terroir

Quel était le plat préféré d'Hitler ?

La truite au beurre

Haute gastronomie de la Bavière

Cuisine et terreur

Manger, manger et boire de la bière

A Dachau, en Bavière

près de Munich, berceau politique

Réunions de brasseries, fêtes de la bière

Gastronomie politique

Pour comprendre, pour humaniser Hitler

Que mangeait Goebbels, que mangeait Himmler ?

Que mangeaient-ils en entrée ?

Que mangeaient-ils au dessert ?

Émissions culinaires

et pédagogiques

Émissions populaires

et didactiques

La Force par la Joie,

l'Histoire par le Plat.

Pour comprendre, pour expliquer

Quel était le menu de Breendonck, d'Auschwitz, de Treblinka ?

Pour rappeler, pour ne jamais oublier

Quel était le plat préféré à Belzec, à Chelmno, à Pirna ?

Tout un univers culinaire oublié

Réduit à un plat de bouillie à l'eau

Pain de paille, pain gluant, pain noir

Menu santé : le pain, le rien et l'eau

Terreur, folie et désespoir

La cuisine de la faim

et tout au bout de la faim. La fin.


 


 


 



Mais, dit Lucien l'âne, j'ai droit à au moins deux canzones...


Bien entendu, je vais t'exaucer et je vais même te proposer une chanson qui touche un peu au même sujet. C'est une très belle chanson française, que peut-être tu as déjà entendue, mais qui me paraît d'une actualité des plus urgentes... à voir comment dérivent les vents sur ce continent... Je te laisse la découvrir....



On passe souvent à côté des choses extraordinaires, on oublie parfois de les signaler. Je me jette des cendres sur la tête, dit Marco Valdo M.I.

Mais enfin, quand même, l'Heider s'en envolé...

Oui, sans doute, mais il y a tous les autres...

Ma sœur Anne est évidemment une réminiscence de la vieille chanson française... Sœur Anne, ne vois-tu rien venir...

Louis Chédid a eu raison de la chanter au fantôme d'Anne Frank, de lui raconter le retour des autres fantômes avec leurs uniformes noirs et leurs runes... Les voilà qui reviennent déguisés en civils, mais pour combien de temps « en civilisés », si on les laisse faire.... Ils rôdent encore dans toute l'Europe. Ils recommencent leurs simagrées. Comment extirper la bête immonde du cœur des hommes ? Telle est la question sousjacente qui taraude ceux qui - Ora e sempre : Resistenza ! - sont restés vigilants. C'est l'Hydre en personne cette bête-là, ses têtes repoussent à une vitesse hallucinante.

Alors, la voici cette superbe chanson de Louis Chédid.

Peut-être la traduira-t-on... Elle en vaut la peine.

Marco Valdo M.I.



Ma sœur Anne

Paroles et Musique : Louis Chédid





Anne, ma sœur Anne,

Si je te disais ce que je vois venir,

Anne, ma sœur Anne,

J'arrive pas à y croire, c'est comme un cauchemar...

Sale cafard!



Anne, ma sœur Anne,

En écrivant ton journal du fond de ton placard,

Anne, ma sœur Anne,

Tu pensais qu'on n'oublierait jamais, mais...

Mauvaise mémoire!



Elle ressort de sa tanière, la nazi-nostalgie:

Croix gammée, bottes à clous, et toute la panoplie.

Elle a pignon sur rue, des adeptes, un parti...

La voilà revenue, l'historique hystérie!



Anne, ma sœur Anne,

Si je te disais ce que j'entends,

Anne, ma sœur Anne,

Les mêmes discours, les mêmes slogans,

Les mêmes aboiements!



Anne, ma sœur Anne,

J'aurais tant voulu te dire, petite fille martyre:

"Anne, ma sœur Anne,

Tu peux dormir tranquille, elle ne reviendra plus,

La vermine!"



Mais beaucoup d'indifférence, de patience malvenue

Pour ces anciens damnés, beaucoup de déjà-vu,

Beaucoup trop d'indulgence, trop de bonnes manières

Pour cette nazi-nostalgie qui ressort de sa tanière... comme hier!



Anne, ma sœur Anne,

Si je te disais c' que j' vois venir,

Anne, ma sœur Anne,

J'arrive pas à y croire, c'est comme un cauchemar...

Sale cafard!





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