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13 octobre 2008 1 13 /10 /octobre /2008 23:22

Tiens, voilà Mârco Valdo M.I., dit Lucien l'âne en se balançant d'un pied sur l'autre. Ça fait un bout de temps que je t'attends. Encore heureux qu'il ne pleut pas. Faut dire que j'étais venu tôt, comme je n'avais plus rien à faire, je me suis dit qu'ici je ne serais pas plus mal qu'ailleurs. Et de fait, je m'étais presque assoupi dans ce soleil qui me chauffait le dos...


Salut à toi, mon bon Lucien, tu as vraiment l'air endormi. Mais rien de tel qu'une petite sieste de temps en temps... Moi, j'en fais plusieurs par jour... Oh, pas bien longues, mais délicieuses et profondes; j'ai l'impression de glisser dans un un nuage de torpeur, de me couler dans une matière faite de tranquillité et de sourire... Un bonheur profond et je ne supporte que très mal qu'on l'interrompe. Je peux être n'importe où, peu me chaut. Quand l'envie me prend, je trouve toujours bien un lieu, un coin, un endroit, pour me laisser emporter et en quelque sorte, me ressourcer. Évidemment, il y a des lieux ou des circonstances qui s'y prêtent mieux que d'autres. Par exemple, si je voyage en train ou en auto ou en avion ou en bateau, sans doute aussi serait-ce le cas sur ton dos... Ce serait même mieux et plus sûr sur ton dos qu'au volant d'une automobile. Là, il vaut mieux que je m'arrête. Ce que je fais, d'ailleurs, quoi qu'il arrive... Comme on dit grâce à toi, si tu veux bien t'en souvenir : Mieux vaut un âne vivant qu'un lion mort. Car c'est bien toi, l'âne dont il est question dans cette sentence; toi et aucun autre, mon brave Lucien.


Merci de le rappeler... C'est bien toi, mon cher Mârco Valdo M.I., de révéler des choses aussi intimes et sensibles. Tu n'imagines pas comme ça me gêne qu' on me mette pareillement en exergue. Enfin passons... Je suis l'âne et au contraire du lion (d'ailleurs, il est de ces lions dont on préfère être éloignés, surtout, nous les ânes... Car ils ont une furieuse tendance à vouloir nous manger !), moi, je suis vivant, bien vivant et bon vivant, comme tu le sais. À ce titre, je suis un franc partisan de la sieste, moi aussi et il m'arrive même de dormir debout. Oh, rassure-toi, pas quand tu me racontes tes histoires... Là, comme tu le vois aisément, je tends les oreilles et si je les arque en forme de pavillons, de papillons ou de coquillages... C'est pour mieux t'entendre, mon ami Mârco Valdo M.I..



Bon alors, si tu commences à te réveiller, je vais te dire de quoi je vais te parler aujourd'hui. Mais je suppose bien que tu t'en doutes... Voyons voir, faisons un petit essai... Que crois-tu que je vais te raconter, de quoi je vais te parler ?


Si je pense bien, mon bon Mârco Valdo M.I., si je réfléchis à ce que tu m'as raconté ces derniers jours, il me semble que tu devrais revenir à Achtung Banditen ! Et tout spécialement, à l'histoire de Marco Camenisch... C'est une façon de tenir ta promesse, mais aussi d'empêcher de l'oublier dans sa geôle suisse.



Parfaitement, tu as bien résumé ma pensée?, dit Mârco Valdo M.I..


Cependant, dit Lucien l'âne en retournant brusquement pour se mordre à l'entrecuisses,... Ce sont les taons,tu sais, Mârco Valdo M.I., avec ce soleil, les taons sont difficiles. Cependant, il y a une question que je me pose depuis un certain temps et que je n'ai pas encore eu l'occasion de te poser. Si tu le permets...


Évidemment, que je permets...


Voici : tu racontes déjà depuis longtemps, l'histoire de Marco Camenisch... Mais, Mârco Valdo M.I., il y a tant de prisonniers dans le monde; pourquoi ne parles-tu pas des autres...


Tu as parfaitement raison, mon ami Lucien. Je raconte l'histoire d'un prisonnier particulier. D'abord, car comme je te l'ai dit, on m'a fait parvenir son histoire sous forme d'un livre en italien et que ma fille, ma propre fille, m'a demandé de le traduire pour qu'elle puisse le comprendre. Ce sont des choses qui ne se refusent pas. Telle est la première raison et la raison première. Mais on peut y ajouter d'autres raisons. Marco Camenisch est un prisonnier exemplaire et tu le verras encore plus au fil du récit. Ensuite, car c'est un prisonnier politique et sans doute, un des plus anciens prisonniers politiques et en plus dans deux pays différents. De plus, comme tu le vois, à la lecture du récit, il est resté combatif et très attentif aux autres. Lui, il nous parle des douleurs des autres, des combats courageux des autres... Tu verras aussi comment il va lutter en étant lui-même soumis à des conditions épouvantables, comment il va lutter pour qu'on améliore les conditions pour les prisonniers en général. Bref, c'est un type bien et qui n'a jamais trahi son propre camp. C'est assez remarquable quand on connaît tout ce que les États font pour vous faire abjurer... De vraies inquisitions étatiques. Il n'y manque que les bûchers (et encore... pendant combien de temps ?). Marco Camenisch n'a pas plus accepté d'être une balance ou un « repenti »; il n'a jamais accepté de se trahir lui-même... Comme tu le sais, ce n'est pas le cas de certains... Que la honte de leur destin les emporte jusque dans la décharge napolitiaine.... Et puis, comme tu vas le voir aussi, il continue aussi à se battre pour une préservation du monde alpin, pour la défense des paysans sans terre d'Amérique latine... En plus, il mène durement le combat comme tu vas le voir. Avec tout ça, on peut un peu le considérer comme un prisonnier qui incarnerait la lutte de tous les prisonniers politiques du monde... Tu vois, j'ai de bonnes raisons de raconter l'histoire de Marco Camenisch. Cela dit, mon cher Lucien, je te rappelle que la série Achtung Banditen ! a raconté l'histoire d'autres prisonniers et d'autres résistants... et qu'elle va continuer à le faire.


Oui, oui, je me souviens très bien de tout cela, dit Lucien l'âne aux poils si noirs et si drus qu'on les croirait taillés dans le roc. Je voulais seulement que tu t'expliques un peu à ce sujet. Voilà qui est fait. Et maintenant, le texte du jour, s'il te plaît.


Retour donc à l'été 1995, Marco Camenisch est toujours à la prison de Novara et ses problèmes de santé ne s'arrangent pas...Tu verras aussi qu'il prend à coeur la défense





Novara, 21 août 1995.


... Quel soulagement ! Hier, j’ai rêvé d’un voyage à bicyclette dans les montagnes bavaroises ( !), avec un ami très cher.

Les souvenirs me reviennent de quand je taillais l’herbe sur l’alpage avec la faux, avant que cet instrument de l’agriculture traditionnelle n’entre dans la clandestinité. Maintenant, pour les personnes abêties par le « progrès », il est presque obligatoire d’acheter ces ridicules et coûteuses machines pour tondre de ridicules parcelles d’herbe, vu que sous peu, plus personne ne sera capable d’exécuter une manœuvre à peine plus complexe que de pousser sur un bouton.

Mon genou blessé va très bien et je suis au troisième jour de jeûne désintoxiquant. Encore deux jours d’abstinence alimentaire et je recommence à manger « scientifiquement », pour avoir la tripe en forme et la digestion régulière. Je suis encore « empoisonné » de laideur et celui qui m’a vu ces 20 derniers jours, a dû penser à un Pitt-bull grondant – au moins.


Novara, 7 septembre 1995.


Les cheveux se dressent sur ma tête à entendre parler de « valorisation », de rationalisation, de tourisme et de viabilisation des Alpes. Par rapport à çà, mieux vaut mille fois l’abandon et la restitution à la sauvagerie.

Urbaniser les Alpes avec des bouteurs, avec destruction, anéantissement et aliénation du territoire, de son usage et de son habitat peut seulement signifier une plus grande exploitation du travail, de la main d’œuvre et des gains plantureux pour les habituels mafieux de l’économie.

Comptes en main, je voudrais voir si une série de travaux de sentiers et de restructurations utiles mais au profil et à l’impact environnemental bas ne sont pas plus économiques et plus rentables, même en postes de travail durables par rapport à ce qu’eux veulent combiner avec les milliards affectés aux entrepreneurs.

En deux semaines, avec 10 – 15 millions de lires, salaires compris, trois de nous, dont un bon maçon, et deux ou trois chevaux de trait, nous restructurons, douche comprise, un chalet qui sera une merveille. C’est-à-dire avec un dixième, si tout va bien, du coût d’une de leurs « restructurations » ou avec ce que coûte au contribuable un ou deux voyages en hélicoptère ou un demi-kilomètre d’électrification (seulement les poteaux, évidemment).


Novara, 13 septembre 1955.


Notre compagnon anarchiste tessinois Fiore, Fiorenzo Lanfranchi, s’en est allé le 9 août. A 37 ans, un infarctus l’a enlevé à son épouse Margherita, à Olek, leur bébé d’à peine 6 mois, au cercle des personnes proches de lui.

Objecteur face au service militaire en 1982, il commence son activité éditoriale, bien lancée à partir de 1988 et immédiatement bien connue et appréciée par le mouvement anarchiste italien. Qui ne connaît pas ses petits livres étroits et un peu allongés des éditons de L’Affranchi, excellents produits de l’art typographique et de propagande anarchiste ? Avec ses collections, présentant des auteurs valables mais jusqu’alors inconnus (par exemple Panizza, Sexby), proposant des textes importants d’auteurs connus ( par exemple Mühsam, Vaneigem, Bataille) et avec de nombreux textes politiques et de culture, la contribution de L’Affranchi à l’édition et la propagande anarchistes, à la diffusion culturelle en langue italienne, est d’une importance indubitable et précieuse.

Même dans le social et dans la marée montante de la barbarie, son engagement et sa lutte ne se développaient certainement pas dans les arrières commodes et tranquilles, mais dans le dur travail contre la marginalisation dans l’association Aiuto Aids, contre la toxicodépendance, contre la prison. Il constitua aussi avec d’autres compagnes et d’autres compagnons la Ligue Suisse des Droits de l’Homme.

Je n’ai pas eu l’honneur et la joie de connaître Fiore en personne. Mais je connais sa solidarité courageuse, quand il est venu à une audience de mon procès à Massa en 1992 et par son petit livre sur mon cas et sur la résistance antinucléaire en Suisse, édité, publié et diffusé par lui et d’autres compagnes et compagnons tessinois.

S’en est allé un mien, un nôtre frère et s’il s’en est allé déjà maintenant et de cette manière, c’est aussi parce qu’il ne s’est pas épargné, il s’est donné tout entier à la rébellion, à la lutte pour nos idéaux, pour un monde et une vie authentiques. Il a donné sa vie.



Novara, 15 octobre 1995.


J’ai lu « In ogni caso nessun rimorso » (en tout cas, aucun remords), le livre de Cacucci sur les compagnons, leurs compagnes et leurs aventures aux temps de Bonnot. Cela me semble un bon travail de tous les points de vue, même si au début, la présentation des compagnons comme des individus remplis de rancœur et de haine ne me plaît pas. Dans l’ensemble, cependant, cela disparaît presque par la représentation sympathique et correcte, cherchée sérieusement et débarrassée de cette mystification négative de celui qui est contre et de celle encore plus dommageable de celui qui mythifie la bande à Bonnot. Maintenant, Marcello est en train de lire le vivre et il en est fasciné, car il a aussi une biographie fort semblable…

Suite à différentes prises de bec, ils ont à présent refusé à Marcello la permission en attente d’une réponse sur la réduction de 90 jours de peine par année endurée. J’espère qu’il saisira l’instance en cas de nouveau refus, même si ainsi, il passera une autre année ou plus, mais il fallait s’y attendre.

Je demanderai pourtant ces 90 jours de libération anticipée et pour cela, je me suis mis en « observation », en entrant dans cette tarantella de « colloques » avec le psychologue et plus rarement, avec l’ « assistante sociale ». Ce sont un peu les « fourches caudines », mais je tenterai, même si je devrai faire des efforts pour ne pas dire ce que je pense d’eux et de leur rôle en termes de rupture. Je dois certainement reconnaître que le psychologue est une personne décente, discrète et qui facilite la relation.


Novara, 5 novembre 1995.


Je viens d’apprendre que sur les Alpes Rhétiques, la neige est tombée bas avec une moyenne climatique de 3 degrés sous zéro. Ici aussi, le froid est un peu piquant et on se serre dans nos chauds tricots de laine, tandis que les gardiens nous cassent les couilles avec des restrictions continues et stupides. Pour commencer, ils ont fait main basse sur nos affaires considérées en excédent ; ce doit être le nettoyage de Noël.

Disparus le deuxième réchaud, mes paniers considérés en trop et à moi, personnellement, ils ont pris une petite plante grasse et il a manqué que de rage, je ne prenne un « rapport ». Ensuite, dans la cellule d’un détenu pas trop intelligent, ils ont trouvé un couteau et ils en ont profité pour nous interdire la promenade commune. Maintenant, chaque étage a son passage séparé et dès lors, plus aucune rencontre avec les compagnons. Marcello est parti, déplacé au pénal, déclassifié et grâce à l’article 21, il a la perspective du travail extérieur.

Séparation douloureuse pour chacun et avec mille souhaits, joie et tristesse. Après tant de vie commune, nos routes se séparent.

... aujourd’hui, je « fête l’anniversaire » de ce jour maudit où deux simples policiers m’ont abattu.

...




Novara, 3 janvier 1996


Aujourd’hui, je commence une grève de la faim de protestation et je diffuse une déclaration qui dénonce les conditions d’invivabilité de la section spéciale de la prison de Novara.

Absence totale d’espaces récréatifs, d’activités sociales, d’espaces et de matériel d’éducation physique. On nous a concédé seulement quelques ballons pour jouer dans les petits passages communs de 12 x 12 m, recouverts entièrement de grilles, ou dans le champ sans grille de 12 x 24 m, pavé d’asphalte et de ciment. En outre, il est défendu de détenir – en cellule ou dans les locaux annexes accessibles – quelque instrument utile à des activités ludiques, manuelles ou de travail, à part des livres, du papier, des stylos et des crayons de couleur.

En dehors de la sécurité, cette « prison d’or » est construite avec un matériau de mauvaise qualité. Il pleut dans les cellules et la section, construite d’est en ouest, entourée de murs très proches et de panneaux, est constamment à l’ombre et toujours humide. Seules les cellules du premier niveau, tournées au sud, sont exposées au soleil. Dans le reste de la section, durant les longs mois d’hiver, on ne voit jamais le soleil, même dans les couloirs. Même la table fixe qui équipe les cellules est disposée en position inadaptée et à l’ombre.

La salle de visites est suffocante en été et glacée en hiver. Sur l’escabeau en ciment, entre les vitres de séparation latérales, l’espace pour s’asseoir suffit à une seule personne, nonobstant qu’à chaque visite, il peut y en avoir au moins trois admises. Il n’existe pas pour les visites un espace vert pour les enfants, pas d’espace pour une plus grande intimité. Toutes les deux heures, durant le changement de garde, sur le mur d’enceinte distant d’environ 10 mètres des cellules, des hurlements souvent démesurés ou la lumière du phare portable en pleine face, occasionnent la privation de sommeil. En dehors et en dedans de la section, il y a les fréquents essais d’alarme et les exercices à toute heure du jour et de la nuit.

Pour ce qui concerne la santé, les conditions de vie dans la section spéciale de Novara sont pathogènes. La visite médicale ordinaire est quotidienne, mais pour des visites aux spécialistes, cela va d’un mois à un mois et demi ; pour des radiographies et des analyses, les délais sont de trois semaines à un mois. Personnellement, pour un problème oncologique, j’ai même attendu 6 mois pour un TAC, un contrôle échographique et un an entier, pour avoir un diagnostic satisfaisant. Le secret médical n’existe pas ; les gardiens et le personnel de sécurité sont présents aux visites et même, en salle d’opération. Très peu de médecins sont disposés à agir en médecins et ne sont pas subordonnés à la couverture, aux besoins, aux boycottages, aux ostracismes, aux confusions et à l’incompétence de l’administration. Cela arrive à l’absurde d’un sac de plastique pour l’eau chaude refusé car « pas transparent ». Même les médicaments qui ne se trouvent pas dans la pharmacie conventionnée avec la prison sont refusés et pour un produit homéopathique d’une maison pharmaceutique connue, j’ai dû attendre environ quatre mois. Pareil pour une analyse détaillée des urines payante, après de dures batailles, tandis qu’un autre médicament m’a été refusé car « pas contrôlable » !

Le service dentaire est absolument insuffisant, le médecin est irrémédiablement surchargé de travail et les temps d’attente sont énormes et incertains. Il est évident que dans les conditions pathogènes d’humidité, de manque de lumière naturelle et d’horizons, de privations d’activités psychophysiques, sociales et des facteurs de stress massivement présents ici, tout service sanitaire serait impuissant. La règle est l’usage d’antibiotiques, d’antidouleurs, de psychotropes, utilisés seulement jusqu’à la rémission des symptômes.

Je pourrais ensuite parler de mille autres choses. Des cellules aux espaces de socialité restreints qu’ils nous concèdent ou des paquets de vivres, des quelques minutes pour de rares téléphonades aux parents, des tabassages et des luttes entre les détenus pour élargir les espaces vivables.

En 1992, durant un temps très bref, avec la loi sur les enquêtes Scotti-Martelli, les espaces et les vues ont été éliminés. La section spéciale devint l’antichambre de Pianosa et de l’Asinara, prisons-tortures pour détenus soumis au plus récent état d’urgence où, pendant un an, reprirent les mauvais traitements et les tabassages avec même des conséquences mortelles.

Les timides et civiles frémissements de 1992-1993 dans toute l’Italie, apparues dans le sillage de la saison de protestations contre le durcissement du régime carcéral, le sabotage des politiques de réinsertion, la surpopulation et le problème de l’abandon sanitaire, n’eurent aucun effet ici à Novara. La section se remplit et la relative homogénéité des détenus change. A présent, l’étage est encombré et nous sommes environ 60, très hétérogènes comme « appartenance » à des groupes spécifiques quant à la durée des peines et un grand nombre sont très proches de leur libération ou en attende de jugement. La majorité est d’origine méridionale.

Il y a quelques mois, avec la venue d’un haut dirigeant militaire à forte vocation de bourreau, à présent disparu de la circulation, a commencé un travail de durcissement disciplinaire systématique tant vis-à-vis de la garde que des détenus. Depuis lors, on vit des contrôles plus obsessionnels, on augmente les privations d’objets modestes mais importants, enlevés des cellules, et les petites provocations annexes.

La découverte, qui suscite de forts soupçons d’une provocation orchestrée, de deux canifs dans une cellule a causé en plus du contrôle manuel quand on quitte sa cellule et qu’on y revient après la promenade, l’usage d’un détecteur de métal. On nous a refusé la possibilité de rencontrer durant les heures de promenade les détenus des autres étages.

Le « dialogue » avec les cadres dirigeants ou bien est absent ou tout à fait inutile ; le rapport est paternel-répressif, caractérise par des chantages et des menaces d’aggravations ultérieures et d’interdictions d’accès aux facilités. Le tout enrobé de vagues promesses jamais tenues. A la volonté quasi-totale d’isolement vis-à-vis de l’extérieur et à présent même de l’intérieur, correspond l’inefficience et la quasi-absence d’un service social, trop soumis à l’appareil de sécurité.

La magistrate de surveillance, une de la jeune génération, n’a aucun pouvoir effectif dans la tutelle des prisonniers, dans le respect de la « dignité de la personne »é, comme l’a affirmé Scalfaro, ou pour garantir « la peine détentive qui répond à une conception civilisée et digne d’un état de droit », comme l’a répété Dini à Verona, à la fête de la police carcérale.

Dans les faits, ce type de magistrat est coincé entre l’enclume du pouvoir des polices et le marteau de la magistrature régionale de surveillance. Il ne faut donc pas s’étonner si le rejet de nombreuses requêtes pour bénéficier des avantages prévus par la loi est motivé par l’absurde jugement d’une « collaboration insuffisante aux activités de réinsertion ».

Il est hors de doute que les conditions détentives dans cette section en correspondent pas aux critères minimums d’humanité, à la sauvegarde de la dignité et de l’intégrité psychophysique des détenus et de leurs proches.

Par ma grève de la faim, je veux me solidariser avec les compagnes et les compagnons du tissu solidaire anarchiste, auquel j’appartiens, face à la persécution et les intimidations systématiques de la part des appareils répressifs. Contre les très nombreuses perquisitions à l’intérieur et en dehors de la prison, contre l’absurde et infâme montage policier, contre la condamnation émise par les massmédias et le lynchage juridique, effectifs en ce qui concerne la théorie de la séquestration Silochi, l’association abusive avec tant de bandes armées, de rapineries, de séquestrations de personnes, d’attentats à des installations de nocivité publique, des homicides et autres.

Les individus concernés, y compris ceux qui sont détenus, ne sont pas accusés de faits objectifs, mais bien incriminés pour leur refus radical de toute exploitation et toute domination et surtout, pour leurs liens de solidarité avec ceux qui sont en prison.

Contre toute peine de mort immédiate ou différée, contre toute torture, contre toute exploitation, toute oppression et tout anéantissement, contre toute domination et tout autoritarisme, en solidarité avec tous les êtres, personnes, minorités ou majorités, peuples en lutte pour la survie, la dignité et l’autodétermination.


Terra e libertà !


...


Novara, 21 janvier 1996.


Aujourd’hui, après 18 jours, j’interromps ma grève de la faim. Il est clair que par sa durée réduite, mon initiative est restée plutôt symbolique. Ce n’est pas le cas, par contre, de la contribution bien réelle et décisive donnée de l’extérieur par la mise en évidence publique du problème de l’invivabilité de la section spéciale de Novara.

Comme prévu, le bas niveau de solidarité et de combativité de notre section a réduit fortement les limites de cette lutte. Uniques exceptions, le jeûne solidaire de 7 jours du compagnon anarchiste Christos et une abstention de nourriture de 2 – 3 jours à l’étage où je me trouve « habiter ». A cette occasion, les grévistes ont fait tenir à la direction un document où ils revendiquent un traitement plus humain et plus adéquat au prétendu principe de réinsertion, un écrit bref et semblable à ma dénonciation. La volonté des rates disposés à la lutte a été cependant détruit par le désintérêt général et carrément, par l’obstacle du nombre.

A part les premiers jours en isolement, pour le reste, mon jeûne s’est déroulé sans pressions et méchancetés notables de la direction. J’étais dans ma cellule habituelle avec la porte blindée fermée et l’espion ouvert et j’ai vérifié encore une fois combien la méconnaissance de la Constitution, des codes et des droits civils de la part des détenus et du personnel de sécurité peut entraîner des mesures injustifiées et arbitraires dans l’ensemble de la prison. Dans ce cas, il s’agit de l’obligation présumée de la visite médicale. Après une explication initiale animée, contradictoire et épuisante avec le responsable sanitaire, je me suis ensuite volontairement soumis à la mesure de mon poids et de ma tension. Avec la sensation d’avoir fait ce que je pouvais et la certitude d’avoir stimulé une bonne solidarité extérieure, je terminai sans regret cette lutte. Si dans le futur, il doit y avoir des améliorations, ce seront le temps, le cœur et la force de celui qui, maintenant, est devenu encore plus conscient et plus informé des conditions de vie dans la section spéciale qui l’auront imposé. Avec l’intention de continuer à élever la voix contre toute injustice et contre infamie, rempli d’amour, je remercie les compagnes, les compagnons et indistinctement, toutes les personnes qui ont exprimé leur solidarité.

Avec amour et avec rage.



Novara, 28 janvier 1996.


Je termine en allemand la version d’un excellent opuscule français. Jours épuisants de travail, mais aussi de grande énergie.

Il faut dire que mon jeûne a soulevé un peu de poussière, vu que j’ai reçu la visite de deux femmes parlementaires du P.D.S. Et ensuite, j’ai appris hier qu’un deuxième dentiste est entré en service et que cette permission a été accordée par le Ministère avant même mon jeûne ? Peut-être, pourtant, à en juger par une réflexion du directeur, mon précédent article, publié dans Fogli Sensibili (Feuilles sensibles) au sujet de la santé ici à Novara, y a contribué. Une intervention qui a certainement dérangé.

Chaque jeûne est chaque fois un massacre physique, PAS à cause de la faim qui, en ce qu’elle désintoxique, est seulement de la santé, mais par la masse de travail que chaque grève entraîne d’écrits, de contrinformations et d’expéditions d’enveloppes.














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