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12 octobre 2008 7 12 /10 /octobre /2008 22:17

« Je suis Sandokan, je suis Sandokan, je suis le Tigre de Malaisie et je vais te trouer avec mon kriss... »


Au secours, au secours, il est devenu fou... dit Lucien l'âne en cavalant loin de son ami Mârco Valdo M.I..




Mais enfin, Lucien, mon ami l'âne, n'aie pas peur ! Tu vois bien que je joue. Je n'ai pas de kriss malais à la main et je n'ai pas du tout l'air d'un tigre. Je faisais juste ce que font les petits garçons (d'accord, je n'en suis plus un... Quoique...) pour se distraire. Bref, je jouais, je me prenais un instant pour un héros de roman. Je me voyais sur les mers du Sud, dans les îles, dans une forêt au bord d'un fleuve immense et je poursuivais un méchant homme qui venait d'enlever la bien-aimée d'un ami.


Ce sont de bien curieux jeux que vous avez-là, vous autres, dit Lucien l'âne en revenant d'un pas lent et mesuré. Ce sont de bien curieux jeux; chez nous les ânes, on joue à la course, on fait des sauts... mais on ne rêve pas de s'assassiner ainsi.


Admettons pour les ânes. Mais Lucien, je te rappelle que ton enfance, tu l'as passée en humain, dit Mârco Valdo M.I.. Tu n'étais pas un ânon, tu étais un garçon. J'admets que c'était bien avant Sandokan. Mais dis-moi, vous ne jouiez pas à la guerre, à poursuivre des ennemis imaginaires, à vous battre contre les fantômes. Je comprends bien que tu ne pouvais pas rêver d'être mousquetaire du roi, cow-boy, croisé, corsaire ou pirate des Caraïbes... Mais tu ne feras pas croire que tu ne rêvais pas de chasser l'ours, de poursuivre des loups ou de transpercer l'un ou l'autre ennemi d'une flèche ou d'une lance bien acérée.


D'accord, je devais bien avoir de pareilles idées, mais, crois-moi, Mârco Valdo M.I., je suis âne depuis si longtemps que je ne m'en souviens plus trop bien. Mais enfin, pourquoi criais-tu ainsi ? Que vient faire ce Sandokan, dont je n'ai jamais entendu parler, dans notre histoire et au fait, qui est-il, d'où sort-il ?


Et bien voilà, dit Mârco Valdo M.I., Lucien mon bon ami, ouvre bien tes oreilles, car je vais te raconter un peu qui est Sandokan et pourquoi tu ne le connais pas. C'est l'objet-même du commentaire que j'ai émis à son sujet en présentant sur le fameux site Canzoni contro la guerra, la traduction d'une canzone intitulée « Et moi, j'étais Sandokan ». Car vois-tu, tu l'as peut-être oublié, mais c'est le jour des canzones.


Oui, oui, dit l'âne tout émoustillé, je sais que c'est le jour des canzones. Ce qui veut d'ailleurs dire qu'il y en a au moins deux. Dès lors, quelle est la deuxième canzone que tu vas me proposer aujourd'hui....


D'accord, mon bon Lucien, dit Mârco Valdo M.I., mais procédons avec ordre et méthode. Revenons à Sandokan et à ce titre étrange : « Et moi, j'étais Sandokan ». Dis comme ça, on pourrait croire, tu pourrais croire que c'est une chanson pour enfants, une chanson qui raconte une dispute amicale : tu es James Brook, le Rajah blanc et moi, je suis Sandokan, le Tigre de Malaise... Question de fixer les personnages du jeu... Je suis Sandokan, signifiant par là que je suis le Prince Sandokan, le célèbre corsaire, un combattant formidable, courageux, inconscient, prêt à tous les risques pour vaincre, sans pitié pour mes ennemis, mais aussi, généreux, fidèle en amitiés, beau, héroïque, téméraire, sans peur....


Et bien oui, avec tout ce que tu m'en as dit, mon ami Mârco Valdo M.I., je crois bien que c'est ça.


Mais, ce n'est pas ça du tout, mon cher Lucien. En fait, il y a quand même un rapport avec le côté héroïque de Sandokan. Car c'est un nom de guerre, un pseudonyme tel qu'on en choisissait dans la résistance pour se protéger, pour cacher son identité réelle à l'ennemi. En fait, c'est une histoire d' « Achtung Banditen ! ». Tu te souviens sans doute, que Carlo Levi avait des faux papiers au nom de Carlo Carbone, que Rosario Bentivegna était Paolo dans les GAP de Rome et que çà lui a sauvé la mise plus d'une fois... Et bien, ici, dans cette chanson, celui qui chante dit : « Et moi, j'étais Sandokan... », souvenir de guerre.



Ah, je comprends mieux ce que vient faire ce Sandokan . Et l'autre canzone, elle parle de quoi ?


Celle-là, mon cher Lucien, elle parle de nous, de toi, de moi, des gens, de l'histoire. Je veux dire de l'Histoire avec un grand H. Elle est fort intéressante, tu sais. C'est évidemment un sujet difficile, un sujet qu'on n'a pas l'habitude d'aborder en chanson, c'est quasiment une affirmation théorique... Même si comme tu le verras, elle est très concrète. En somme, c'est une canzone qui s'adresse à l'intelligence des gens, qui s'adresse aux gens pour leur dire: attention là, ne vous laissez pas endormir. L'histoire, c'est vous, c'est nous, ce n'est pas l'affaire des seuls puissants, de ceux qui nous ont volé notre pouvoir, qui l'ont accaparé, qui s'en sont fait une spécialité, qui veulent nous faire croire que ce sont eux les gens importants, eux qu'il faut révérer et écouter, car ils savent, car ils sont nos maîtres, qu'ils sont au pouvoir, qu'ils tiennent les rênes et que nous, en réalité, nous ne sommes que des pions, des presque riens...

Une bonne chanson... Tu verras.


Alors là, Mârco Valdo M.I., on est loin de ces chansons sirupeuses qui nous content les affaires intimes d'une demoiselle ou d'un monsieur ou des deux. Tu sais le genre : il est parti, je pleure, je suis triste, il revient, je suis heureuse, je suis content ou bien, je le sens bien, il me tiens, je le tiens, il vient, il va venir, il reviendra....Tu sais ces chansons au décor simpliste : le ciel est bleu, la mer est verte...Tu sais bien tout ce fatras qu'on déverse à longueur d'années... Cela dit, il y a de bonnes chansons d'amour, il y a de belles chansons qui parlent de ce qui arrive chaque jour, il y e a de très bien qui racontent des morts ou de déceptions amoureuses...


Mais bon sang, Lucien, tête d'âne, tu as parfaitement raison. Il y a plein de belles et bonnes chansons qui racontent mille choses différentes. Et c'est très bien ainsi, mais comme tu vas le voir, il est possible de dire des choses difficiles et fortes par le canal de la canzone. Et maintenant, allons-y. Comme je t'ai dit, je commence par le commentaire sur « Et moi, j'étais Sandokan.... »


Et moi, j'étais Sandokan



Chanson italienne – E io ero Sandokan – Armando Trovajoli

Version française – Et moi, j'étais Sandokan – Marco Valdo M.I. – 2008


Sandokan est un de ces héros paradoxaux. Un des paradoxes culturels, qu'on s'explique mal, a priori. En effet, pour les Italiens et depuis plus d'un siècle Sandokan est un personnage -clé de l'enfance; son nom suffit pour évoquer l'aventure, les combats à l'épée, les tigres et les mers du Sud. C'est le héros par excellence, à l'égal de D'Artagnan , de Rocambole, du Bossu... pour les gens de culture française. Et précisément, pour les gens de la culture française pourtant voisine de l'italienne, Sandokan, le tigre de la Malaisie, est quasi-inconnu, et que dire alors d'Emilio Salgari, l'auteur de « Les pirates de Malaisie », titre générique des romans du « Tigre », série de romans commencée en feuilleton en 1883 et finie en 1911.


Pour l'édification de la culture française, on dira succinctement qu'Emilio Salgari est né à Vérone en 1862 et mourut à Turin en 1911.

Une dernière chose à propos de Salgari, qui partagea ce destin - avec Dumas, par exemple - d'enrichir ses éditeurs en étant quant à lui dans un état de quasi-pauvreté, obligé de produire roman sur roman pour subsister et faire subsister sa famille (sa femme Ida et ses quatre enfants).

Il se suicidera le 25 avril 1911 en laissant entre autres, une lettre à ses éditeurs :

« À mes éditeurs :

À vous qui vous êtes enrichis sur mon dos en me maintenant moi et ma famille dans une demi-misère continuelle ou pire encore, je demande seulement qu'en compensation des gains que je vous ai donnés, vous pensiez à mes funérailles. Je vous salue en cassant ma plume.

Emilio Salgari. »


Il y a d'ailleurs une série de films et de chansons évoquant Sandokan.


Mais celui-ci, celui de cette chanson-ci, s'il est guerrier, s'il combat, ce n'est pas dans les mers du Sud, ce n'est pas dans une guerre imaginaire et ce n'est pas pour faire gagner de l'argent à des éditeurs. Le Sandokan de Trovajoli est le pseudo d'un résistant, d'un' partigiano, d'un de ceux qui marchaient dans les nuits sans lune et qui faisaient crier aux SS : « Achtung Banditen ! ».

Ce n'étaient pas des héros de papier et la belle qu'ils allaient délivrer s'appelait : Liberté !


Mais celui-ci, celui de cette chanson-ci, s'il est guerrier, s'il combat, ce n'est pas dans les mers du Sud, ce n'est pas dans une guerre imaginaire et ce n'est pas pour faire gagner de l'argent à des éditeurs. Le Sandokan de Trovajoli est le pseudo d'un résistant, d'un' partigiano, d'un de ceux qui marchaient dans les nuits sans lune et qui faisaient crier aux SS : « Achtung Banditen ! ».
Ce n'étaient pas des héros de papier et la belle qu'ils allaient délivrer s'appelait : Liberté !


«Nous marchions
avec l'âme à l'épaule dans les ténèbres... »

Ils avaient pour devise : Ora e sempre : Resistenza !

Elle est toujours d'actualité plus soixante ans plus tard.




Et moi, j'étais Sandokan


Nous marchions avec l'âme à l'épaule

dans les ténèbres là-haut

mais la lutte pour notre liberté

en chemin nous éclaira.


Je ne savais pas quel était ton nom

Je ne pouvais pas dire quel était mon nom

Ton nom de bataille était Philippe

Et le mien était Sandokan.


Nous étions tous prêts pour la mort

Mais nous ne parlions jamais de la mort

Nous disions du futur

si le destin nous sépare

le souvenir de ces jours

nous réunira tordeuse.


Je me souviens qu'ensuite vint l'aube

et puis d'un coup quelque chose changea

Le lendemain était venu et la nuit était passée

là-haut dans le ciel, le soleil

se levait dans la liberté.


Nous étions tous prêts pour la mort

Mais nous ne parlions jamais de la mort

Nous disions du futur

si le destin nous sépare

le souvenir de ces jours

nous réunira toujours.


Je me souviens qu'ensuite vint l'aube

et puis d'un coup quelque chose changea

Le lendemain était venu et la nuit était passée

là-haut dans le ciel, le soleil

se levait dans la liberté.




L'Histoire



Chanson italienne – La Storia – Francesco De Gregori – 1985

Version française – L'Histoire – Marco Valdo M.I. – 2008


L'histoire, c'est nous, que personne ne s'en offense,

Nous sommes ce champ d'épis sous le ciel.

L'histoire, c'est nous, attention

Que personne ne se sente exclu.

L'histoire, c'est nous,

Nous sommes ces vagues sur la mer,

ce bruit qui rompt le silence,

ce silence si dur à mastiquer.

Et puis, ils te disent : « Tous sont égaux,

Tous volent de la même façon. »

Mais c'est seulement une manière de te convaincre

de rester enfermé chez toi quand vient le soir.


Pourtant, l'histoire ne s'arrête pas devant un portail

L'histoire entre dans les pièces, elle les brûle.

L'histoire, c'est nous,

C'est nous qui écrivons ses lettres,

C'est nous qui avons tout à gagner,

Tout à perdre.


Et puis, les gens,

car ce sont les gens qui font l'histoire,

Quand il s'agit de choisir et d'aller,

tu les retrouve tous avec leurs yeux ouverts,

qui savent très bien quoi faire.

Ceux qui ont lu des millions de livres,

et ceux qui ne savent même pas parler.

Et c'est pour cela que l'histoire donne des frissons,

car personne ne peut l'arrêter.



L'histoire, c'est nous

Nous sommes pères et fils,

C'est nous, bella ciao, qui partons.

L'histoire n'a rien caché,

L'histoire ne passe pas la main.


L'histoire, c'est nous

Nous sommes ce plateau de grains.

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