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15 septembre 2008 1 15 /09 /septembre /2008 23:57


Oh, oh, Lucien mon ami, cours un peu, dit Mârco Valdo M.I., dépêche-toi, viens vite que je te raconte une belle histoire très triste, très émouvante, très révoltante.



Quoi, quoi, dit Lucien l'âne en fonçant de son amble si pur, amble pur, amble radieux. Quelle est donc cette histoire ? Que vas-tu me raconter encore ?



Ce que je vais te raconter encore, mon cher Lucien aux pieds plus légers que l'air quand tu vas ainsi l'amble pur, amble radieux, dit Mârco Valdo M.I., c'est l'aventure terrible d'un jeune homme de vingt ans assassiné par la police.



L'aventure terrible d'un jeune homme de vingt ans assassiné par la police... ?, dit l'âne en se cachant le visage entre ses deux oreilles noires comme le deuil. Et qui donc et quand ça ? Tu sais bien, mon cher Mârco Valdo M.I., que la police ne fait jamais des choses pareilles, qu'elle ne l'a jamais fait et qu'elle ne le fera jamais. La police est là pour protéger les jeunes hommes de vingt ans que des malfrats veulent assassiner. Tout au contraire de ce que tu laisses ainsi entendre, elle vole au secours des jeunes ou des moins jeunes, des hommes ou des femmes quand ils sont attaqués et surtout par des bandes armées de bâtons ou de toutes sortes d'instruments contondants. Comment pourrais-je jamais te croire ?



Et pourtant, dit Mârco Valdo M.I., il te faudra bien me croire, car même des journalistes l'ont vu, même des juges l'ont ainsi jugé, même des policiers eux-mêmes l'ont reconnu, un des commissaires engagé dans cette opération a démissionné de ses fonctions pour marquer et son désarroi et sa désapprobation et sa honte. Mais je te suggère d'en venir aux faits. Ô ce n'est pas une affaire très récente, elle date du siècle dernier, mais elle ressemble tellement à ce qui se passe maintenant et surtout, à ce qui va se passer qu'elle raconte notre histoire. Ce n'est d'ailleurs qu'une parmi tant d'autres.



Quoi, quoi, dit l'âne en tendant son cou pour appuyer son propos. Non seulement, la police aurait tué un jeune homme de vingt ans, mais elle l'aurait fait plusieurs fois...



De nombreuses fois, dit Mârco Valdo M.I.. De très nombreuses fois... En fait, c'est une pratique policière fréquente dans les régimes libéraux et démocratiques secs et plus encore, évidemment, dans les régimes libéraux et démocratiques dictatoriaux que l'on qualifie de bruts, comme les vins. J'espère que tu te souviens que les régimes libéraux et démocratiques peuvent comme les vins être doux (ils fonctionnent avec le sourire dans une relative douceur), être même parfois carrément moelleux – c'est pour mieux te berner mon enfant, puis, demi-sec, là, ils commencent à tirer la gueule et à sévir, ensuite, secs, on réprime à tout va et enfin, bruts, là on fait appel aux généraux, aux duces, aux amiraux, aux colonels, aux caudillos, aux führers et autres amusants personnages.



Oui, oui, dit l'âne en levant le front comme s'il fumait une pipe d'écume, je me souviens bien de la classification des vins. Mais qui, quand, quoi ?, dis-le moi, Mârco Valdo M.I..


 



C'était en Italie, à Pise, en 1972. Les antifascistes manifestaient contre la venue d'un responsable du parti fasciste (peu importe son nom, il vaut mieux l'oublier, il ne mérite même pas qu'on le connaisse, il suffit de savoir que c'était un fasciste) et le long de l'Arno, la police massacra un jeune homme de vingt ans à coups de matraque et sans doute aussi de pieds. Il mourut trois jours plus tard, sans avoir été soigné. Il s'appelait Franco Serantini; il était anarchiste.



Anarchiste, dit l'âne en tremblant, n'est-ce pas d'eux que Léo Ferré disait : Il n'y en a pas un sur cent et pourtant, ils existent, la plupart fils de rien ou bien, fils de si peu, qu'on ne les voit jamais que lorsqu'on a peur d'eux...



C'est bien ça, dit Mârco Valdo M.I.. Mon ami, mon camarade, mon compagnon, Lucien, tu as une bonne mémoire aussi longue que celle de l'Etna qui se souvient d'Empédocle. En fait, j'ai traduit deux chansons pour les canzoni du dimanche et j'ai eu tellement de travail ce dimanche que je n'ai pu te faire connaître ces chansons. Ce sont deux chansons écrites à la mémoire, justement, de cet anarchiste assassiné par la police d'État. Comme tu le sais, les anarchistes n'aiment pas trop l'État et il le leur rend bien – sous tous les régimes. Ils n'aiment pas les patrons non plus, ni leurs soudards fascistes.

Je vais te faire connaître les deux chansons que d'autres camarades, compagnons et amis ont faites pour Franco Serantini : la première s'intitule La Ballade de Franco Serantini et la seconde À Franco. J'ajouterai pour terminer la chanson de Léo Ferré dont on vient de parler ensemble. Ce sera donc un dimanche anarchiste et je l'intitulerai donc : Canzones anarchistes du dimanche.









 

Franco Serantini - 20 ans - assassiné par la police







La Ballade de Franco Serantini

Chanson italienne - La ballata di Franco Serantini – Pino Masi

Version française – La Ballade de Franco Serantini – Marco Valdo M.I. – 2008


Franco Serantini. Anarchico. 1951-1972.

Franco Serantini. Anarchiste. 1951-1972.


C'est l'histoire d'un jeune homme, orphelin, qui s'en fut manifester contre la venue à Pise d'un député fasciste, le dénommé Niccolai. Il a rencontré les “forces de l'ordre”; tabassé, il agonisa en prison deux jours, puis il mourut de ses blessures, sans soin. On voulut cacher l'horreur en l'enterrant en cachette, en cachant son corps dans la terre... Vite, vite... C'était compter sans ses camarades, sans cette solidarité des opprimés... Ils lui firent des funérailles aux poings levés. Le 9 mai 1972. Depuis, la guerre contre les pauvres, contre les libertaires continue... Il s'appelait Franco Serantini. Il était né à Cagliari, il avait vingt ans, il est mort anarchiste.





On était le sept mai, jour des élections

et les premiers résultats parvenaient des prisons

Il y avait un camarade crevé,

il avait vingt ans d'âge.


Deux jours avant seulement, Niccolai parlait

Franco était avec ses compagnons, décidés plus que jamais

Que le monde tombe sur la ville,

Cet assassin ne parlera pas.”


Les flics de l'État l'avaient arrêté

sur le quai de l'Arno, ils le rouèrent de coups:

Marmaille rouge, tu dois comprendre

que si tu descends dans la rue, tu peux mourir !”


Et après, dans les mains de Zanca et de Ballardo,

Ils continuent ces chiens, ils continuent à le tabasser:

Je te l'ai promis il y a six mois”,

lui dit Zanca sans pitié.

Enfermé comme un chien, Franco se trouve mal et meurt.

Mais un seul procureur vient à la prison :

il demande a Franco : “Pourquoi es-tu ici ?”

Pour une idée, la liberté”


Puis tout a accéléré d'un coup; mort, il fait peur.

Ils déclenchent l'opération “sépulture rapide”

C'est seulement un orphelin, fais-le disparaître,

personne ne viendra le réclamer”.


Mais au contraire ça a été mal, porcs, vous vous êtes trompés,

car à son enterrement trois mille poings fermés

martelaient l'engagement, la volonté

que cette lutte continue.


On était le sept mai, jour des élections,

et les premiers résultats arrivaient des prisons

Il y avait un camarade crevé,

Il avait vingt ans d'âge.

 


Franco Serantini

Histoire d'un subversif
(et d'un assassinat d'Etat)



A Franco

Chanson italienne – A Franco – F.F. Rossi

Version française - À Franco – Marco Valdo M.I. – 2008



Tu avais vingt ans et tu es mort

après une agonie de trois jours

Tu es mort en héros en silence

sans demander l'aide du bourreau.


Victime choisie par le destin

qui t'a voulu symbole de la liberté,

liberté portée par un drapeau

avec le “A” rouge sur le tissu noir.

Tu n'a jamais eu de toit

tu étais un pauvre enfant trouvé.

Ils étaient dix et ils tont pris,

ils t'ont massacré le cerveau.


Ils sont déversé sur toi

la peur millénaire

qu'a le pouvoir de voir

la révolte prolétaire.

Si tu es mort sans faute

comme un martyr d'autes temps

Sur ta tombe, nous nous agenouillerons

comme des fidèles dans un sanctuaire.

Ton visage encore à présent

reste gravé dans les têtes

de tout pauvre prolétaire

comme un symbole libertaire.



 

L'enterrement de l'anarchiste Serantini



Les anarchistes


chanson de Léo Ferré



Il n'y en a pas un sur cent et pourtant ils existent
La plupart Espagnols allez savoir pourquoi
Faut croire qu'en Espagne on ne les comprend pas
Les anarchistes

Ils ont tout ramassé
Des beignes et des pavés
Ils ont gueulé si fort
Qu'ils peuvent gueuler encore
Ils ont le cœur devant
Et leurs rêves au mitan
Et puis l'âme toute rongée
Par des foutues idées

Il n'y en a pas un sur cent et pourtant ils existent
La plupart fils de rien ou bien fils de si peu
Qu'on ne les voit jamais que lorsqu'on a peur d'eux
Les anarchistes

Ils sont morts cent dix fois
Pour que dalle et pour quoi ?
Avec l'amour au poing
Sur la table ou sur rien
Avec l'air entêté
Qui fait le sang versé
Ils ont frappé si fort
Qu'ils peuvent frapper encor


Il n'y en a pas un sur cent et pourtant ils existent
Et si vous recommencez le temps des coups de pied au cul
Faudrait pas oublier que ça descend dans la rue
Les anarchistes

Ils ont un drapeau noir
En berne sur l'espoir
Et la mélancolie
Pour traîner dans la vie
Des couteaux pour trancher
Le pain de l'amitié
Et des armes rouillées
Pour ne pas oublier

Il n'y en a pas un sur cent et pourtant ils existent
Et qu'ils se tiennent bien le bras dessus bras dessous

Joyeux, et c'est pour ça qu'ils sont toujours debout
Les anarchistes


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