Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 août 2008 7 24 /08 /août /2008 23:17

Il est bien tard aujourd'hui quand tu arrives mon grand ami Mârco Valdo M.I.. Ça fait déjà un bout de temps que je t'attends..., dit l'âne en baillant de ses grandes mâchoires pleines de dents blanches comme la cuisse de l'Apollon de Michelangelo.

 

Oui, oui, je sais, dit Mârco Valdo M.I. en souriant et se passant la main sur le front d'un geste un peu las.


Quoi, qu'est-ce qu'il y a ? , dit Lucien l'âne aux pieds d'Hermès, on dirait que tu es malade ou fatigué ou que tu as mal à la tête...


Oui, j'ai un peu mal au crâne, dit Mârco Valdo M.I..


Qu'as-tu pu bien faire pour être dans cet état, mon cher Mârco Valdo M.I. ? , demande Lucien en lançant un regard plus noir que le noir de ses yeux de braise, un regard rempli de soupçon...


Et bien, mon cher Lucien, dit Mârco Valdo M.I., c'est tout simple, j'ai été à une fête et pour tout dire, à un mariage et la fête a duré longtemps et on a un peu bu... du vin.


Je m'en doutais. Mais quand même, dit Lucien l'âne en piétinant un peu, on est dimanche, tu me dois une canzone du dimanche.


Oh, ne t'en fais pas à ce sujet, dit Mârco Valdo M.I.. Je vais t'offrir, mon cher Lucien, non pas une canzone, mais deux et avec un petit texte en prime dont tu me diras des nouvelles.


AH, ah, fait Lucien l'âne qui se prend à ce moment pour Bosse-de-Nage le singe de Jarry qui tenait compagnie au Docteur et ne lui disait que Ah! Ah!, car il ne savait rien dire d'autre. Tu m'en vois tout réjoui et sans doute, tu pourras m'expliquer un peu de quoi il s'agit.


Bien évidement, Lucien, dit Mârco Valdo M.I.. Ce sont deux canzones qui évoquent des événements historiques, deux chansons qui parlent de guerre et que j'ai écrites spécialement pour le site de Canzoni contro la Guerra. Je leur devais bien ça. Tu sais qu'ils font un travail fantastique et que j'ai grand plaisir à y participer par des traductions et aussi, modestement, par quelques canzones de ma main.


Deux canzones que tu as écrites, mais les musiques ?, dit l'âne en balançant la queue de gauche à droite et de droite à gauche pour chasser les taons qui lui mordent impitoyablement les fesses. C'est pas possible, avec cette moiteur, les taons sont difficiles...


Écoute bien, Lucien mon ami, dit Mârco Valdo M.I.. Une fois pour toutes, je ne suis pas musicien, je suis parolier ou poète ou aède ou tout ce que tu voudras. Je ne suis même pas chantauteur. J'écris, point final. Maintenant, si quelqu'un veut mettre de la musique, des notes, des accords, des sons, sa voix et un orchestre sur ces textes, je n'en serai que plus ravi, mais je ne sais pas le faire, c'est quand même simple à comprendre. Mais revenons à ces deux chansons qui parlent de guerre, mais je te le dis tout de suite, pour te rassurer, elles ne sont en aucun cas des chansons guerrières.


Bon, bon, ne t'énerve pas., dit l'âne en faisant une délicieuse moue en plissant ses immenses narines. Mais dis-moi plutôt quelles sont ces canzones, leur titre par exemple et tout ce que tu voudras en plus.


Allons-y, dit Mârco Valdo M.I.. Ce sont deux chansons qui parlent d'événements relatifs à des guerres. Elles ont d'autres points communs et notamment, de se passer toutes les deux en Sardaigne, mais à presque cinq cents ans d'écart. La première raconte l'histoire de la victoire-défaite de la lutte de libération nationale sarde menée vers 1380 par Eleonora d'Arborea et l'autre, raconte la déclaration de guerre que l'Italie fasciste fit en juin 1940, vue depuis un tout petit village sarde. L'autre particularité, mais tu l'as sans doute déjà deviné, si tu m'écoutes bien, c'est que ces deux canzones correspondent à deux récits que je t'ai déjà faits et de fait, ce sont des canzones construites sur ces récits; ce sont ces récits mis en canzones.


Ah, dit l'âne sans insister. C'est comme tu avais fait pour les canzones lévianes.


Très exactement ça, à ceci près qu'elles ne sont pas bilingues ou même trilingues, si on veut bien imaginer qu'en Sardaigne, il y a au moins une langue sarde. En fait, il y en a plusieurs... Mais c'est une autre histoire. Lors donc, la première que voici s'intitule : Les quatre Chevaliers noirs de Sardaigne. C'est l'histoire que tu as pu entendre ici sous le titre de La première guerre biologique.



 

 




Les quatre chevaliers noirs de Sardaigne

 

 

Oristano en fête.

Au bal, la foule est prête.

Tout soudainement

s’élève impétueux, militaire,

insultant, un roulement.

Une voix étrangère,

effarante, intruse, insolente,

avance inexorable, effrayante.

 

L'Enseigne porte un drapeau blanc,

ample et funèbre

quatre tambours au son menaçant

quatre Chevaliers de l'Èbre

vêtus de moire,

longs manteaux

chapeaux à plumes noires,

hauts, spectraux,

traversent la place

au pas rigide des pantins.

La foule muette s'efface

S'ouvre le sillon du destin.

 

Dans la cour du Palais seigneurial

l'évêque de Santa Giusta,

très épiscopal,

se tenant tout droit,

descend l’escalier

à la rencontre des Chevaliers.

Ils s’inclinent profondément

Plumes dans la poussière

Les Tambours se taisent subitement.

L’Enseigne baisse jusqu'à terre

son immense drapeau blanc

La suite salue protocolairement.

 

Le Roi d'Aragon veut vous voir.

Vous et personne d'autre.

Disent les chevaliers noirs.

Vous et personne d'autre.

L'évêque les invite à entrer.

Nous sommes très pressés, Excellence

Le vent tombe, Excellence.

Il nous faut embarquer

Après, nul bateau ne pourra quitter l’Île.

Pendant un mois, ce sera l'Île.

L'Île absolue ! L'Île ! L'Île !

 

 

Alors venant d’Espagne pas de renforts...

pas de vivres, pas de bateaux,

pas d'hommes, pas de chevaux...

Les vôtres sont défaits, morts !

Elle est sarde, la victoire...

Les chevaliers déclarent :

Par une victoire sans gloire,

Notre armée vaincue a gagné la guerre.

Et voici la clé du mystère :

l’armée du Guadalquivir ...

a débarqué à Cagliari

La peste était sur le Guadalquivir,

La peste a débarqué à Cagliari,

La Peste a gagné.

Dieu est de notre côté.

Quand le vent l'aura balayée,

avec une nouvelle armée,

le Roi débarquera

Sans combat, il vaincra.

 

Les Tambours battent

Les Chevaliers repartent

Et l'évêque court

après chevaliers et tambours

Et l'évêque hurle : «  Je viens avec vous ! …

Attendez-moi ! … Je viens avec vous ! … »

Et l'évêque court après les chevaliers,

Et l'évêque s'effondre foudroyé.

 

 

 

Superbe canzone, dit Lucien. Mon cher ami Mârco Valdo M.I., laisse-moi te féliciter et crois-moi, c'est de bon cœur d'âne. Et si j'ai bien retenu, il y a donc à l'origine une pièce de théâtre de Giuseppe Dessì, sa traduction par toi, puis un récit et enfin, une canzone. Quel parcours... En plus, il faudra encore la musicaliser, puis peut-être la traduire en italien ou en sarde – et dans laquelle des langues sardes...


Oui, oui, tu as sans doute raison, Lucien mon ami., dit Mârco Valdo M.I.. Mais laisse-moi te présenter la deuxième canzone et en suite, tu auras droit à un cadeau-surprise. Celle-ci vient, comme je te l'ai dit, d'un récit que tu as déjà entendu et remarque la coïncidence supplémentaire, l'auteur se nomme aussi Dessy, mais c'est Ugo Dessy cette fois.

 

À croire, dit l'âne en dressant les oreilles en points d'exclamation car il n'existe pas de point d'ironie, sinon c'eût été celui-là que l'âne aurait voulu exprimer par ses oreilles si longues, si douces. À croire que tous les écrivains sardes s'appellent Dessi...


Non, non, rassure-toi, il y en a d'autres, bien d'autres, dont je te parlerai peut-être un jour, si j'en ai le temps. Mais ici, c'est bien Ugo Dessy, et je t'avais rapporté cette histoire le 12 mai dernier sous le même titre « La déclaration de Guerre ». La voici en canzone donc :


 



 


 

 

La Déclaration de Guerre.

 

 

Les épis étaient mûrs,

la glume du blé volait déjà.

À Nuras, le dix de juin cette année-là.

"Cette fois, nous y sommes vraiment !",

Les femmes fouillaient les têtes des enfants.

Les vieilles cardaient ou filaient.

L'après-midi, sans vent

Les pierres des rues brûlaient

Les vieux contre le mur de l'église,

attendaient la brise.

 

Sur le balcon de la Municipalité

l'unique radio du village

Fit entendre les crachotements patriotiques.

Une langue presque inconnue,

au rythme étranger et froid,

frappait l'oreille.

 

Don Achille, ce héros,

propriétaire des bois et des marais,

podestat et secrétaire du fascio,

décidait et ordonnait.

Le salon de son petit palais

et la salle du conseil communiquaient.

Une idée de son père le précédent podestat.

"Ordre du podestat !

Tous sur la place ! "

La musique cessa.

Le garde se raidit en position fixe.

« Combattants de terre, de mer et de l'air !

Chemises noires de la révolution et des légions !

Hommes et femmes d'Italie,

de l'Empire et du Royaume d'Albanie !

Écoutez ! »

L'Italie, Nuras même,

avaient déclaré la guerre.

« Peuple italien !

Cours aux armes, et montre ta ténacité,

ton courage, ta valeur ! »

La voix se tut.

Les crachotements patriotiques reprirent.

Don Achille leva la main tendue.

"L'avenir est éclatant et radieux ! Nous vaincrons !"

La soutane noire bougea dans un geste de bénédiction.

Les femmes se signèrent.

Les vieux s'informèrent :

"La guerre ?

Et contre qui la faire ?",

 

En six mois, vingt-cinq avaient dû y aller,

"Maudit vent, qui ce soir ne se décide pas à souffler !"

Les Nurasois n'étaient pas un peuple de guerriers.

 

La nuit-même, une détonation sourde.

Devant l'édifice municipal :

quatre murs noirs écroulés.

Les papiers de l'état civil ravivaient l'incendie.

Don Achille, en pyjama, hagard, devant les débris,

"Maudits ! Maudits tous !

Je vous ferai moisir les os en prison ! …"

 

A Nuras, les hostilités avaient commencé.

À l'aube, arrivèrent deux camions de carabiniers.

 

 

 

Oh, oh, dit l'âne Lucien, car il sait dire aussi Oh, oh, c'est du tout beau travail et c'est toi qui as fait ça, mon ami Mârco Valdo M.I.. Je ne sais que te dire... Enfin, c'est très bien cette chanson... Mais, mais, tu m'avais parlé d'un cadeau-surprise...


Oui, oui, j'y viens, mon ami Lucien aux pieds de lave etnique. Il te faudra cependant aller à la deuxième partie de cet article - même titre suivi de (2)

Partager cet article

Repost 0

commentaires

annadore 25/08/2008 10:03

Caro Mârco,
A la dernière ligne de cet article, tu as écrit "aprtie", faute d'inattention.

"lave etnique", n'est-ce pas "ethnique"?
A si birri
OsR.
A
PS Très ressemblant ton portrait en celui d'Hitler.