Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
22 août 2008 5 22 /08 /août /2008 23:25

Salut, dit Lucien l'âne gambadant et en quelque sorte, ce qui est curieux pour un âne, il chantonne... Ce soir, la lune a mis des voiles, de la clarté dans les étoiles, et dans le noir, les rues désertes sentent le cafard... La ville est morte...

 

Tu tombes bien, dit Mârco Valdo M.I., tu arrives à pic avec ton blues, avec ce blues-là et ce regard-là... C'est justement la liaison qui me manquait entre hier et aujourd'hui entre la guerre biologique et la chanson du jour. Je ne savais trop comment introduire la chose et te voilà qui m'offre une introduction du tonnerre. Jamais, je n'aurais pensé à ce blues pour démarrer l'histoire que je vais te faire entendre.

 


 



 

 

Ohlala, dit l'âne se rengorgeant quelque peu en bombant le torse tout en levant son long museau, ohlala, c'est formidable, et j'en suis ravi, mais je n'imaginais pas un instant que le fait de chantonner sur le bord du chemin te ferait cet effet-là. C'est vrai, c'est une vielle chanson oubliée, un blues dont plus personne ne se souvient, sauf toi évidemment... Il fallait bien que je tombe sur toi.

 

Te souviens-tu de la suite du texte, dit Mârco Valdo M.I.. Moi, il me semble que ce serait bien le blues pour Jean Martin et que la suite serait « il travaillait comme comptable dans une quincaillerie en gros... »

 

C'est tout-à-fait ça, dit l'âne en plongeant dans sa mémoire de son œil noir comme le diamant d'Afrique australe vide comme le fond de l'univers . Et ensuite, il tente l'aventure avec la secrétaire ou l'employée, je ne sais plus.

 

Oh, oui, dit Mârco Valdo M.I.. En fait, c'est la caissière.... Je me souviens quand elle lui dit en répondant à sa déclaration d'amour :
  "L'amour, c'est des fariboles, payez-moi, je coucherai avec vous..."  Et le blues de conclure : "Jean Martin... la fin du mois est tellement loin." C'est un monde passionnant, que celui de Jean martin... Enfin, c'est le monde dans lequel on vit; la réalité enterre la fiction. Le réalisme libéral enterre l'amour humain. Payez-moi, je ferai n'importe quoi ! L'humanité, l'amitié, la solidarité, l'amour, la tendresse... c'est des fariboles, payez-moi... Un vrai blues qui te colle le bleu à tous les coups. Un blues qu'on noie juste avant l'aube... tellement on n'arrive plus à contenir la nausée que ce monde inspire...


 



 

 

 

Oui, oui, dit l'âne en collant ses oreilles le long de sa crinière en signe de deuil. On vit dans un monde assez épouvantable. Mais à ce propos, quelle est cette mystérieuse histoire qui va si bien avec ce blues ?

 

Et bien, mon cher Lucien, dit Mârco Valdo M.I., c'est une chanson que j'ai traduite pas plus tard que tout à l'heure. Elle est de Giorgio Gaber, un fantastique auteur – chantauteur italien (il serait même l'inventeur du chantauteur – cantautore en italien, un beau mot au demeurant qu'il faudrait utiliser en français à la place de ce composite auteur-compositeur-chanteur) que je découvre avec toi et dont l'influence sur les chanteurs italiens de la fin du siècle dernier et du début de celui-ci est considérable. Quant à la chanson elle-même, elle s'intitule La peste... Tu vois tout de suite le lien avec l'histoire de la guerre biologique que je te racontais récemment.

 

Évidemment..., dit l'âne aux pieds d'Hermès en soupirant. Je vois bien cette histoire de peste et la signification mortifère qui s'y rattache. On est tout dans une ambiance d'épidémie et de morts à la pelle au point de menacer la survie d'un peuple...

 

Tu ne pourrais pas mieux résumer l'affaire... C'est ça que j'aime chez toi, mon ami Lucien, dit Mârco Valdo M.I.. Cette façon d'aller droit et juste au but, cette perception si aiguë des choses, cette compréhension toute d'intelligence vêtue... Bien sûr, tu as une expérience fabuleuse, tu viens de si loin, tu as été si longuement initié aux mystères...Tu emmènes sous ton bonnet d'âne bien des secrets du monde, dont j'espère qu'ils ne t'écrasent pas trop la cervelle comme ils l'ont fait déjà à tant d'autres. En fait, tu es mon âne préféré.

 

Et, dit l'âne en rougissant, si on écoutait ta chanson...

 

Oui, tout de suite, dit Mârco Valdo M.I.. Mais avant cela, je voudrais quand même te faire remarquer qu'on n'est plus en l'an 1400 et que cette peste-ci se passe de nos jours, à Milan. Elle me fait furieusement penser – tu le verras et tu la reconnaîtras – à une certaine peste brune chez nous (sans doute à cause de la couleur de la merde), et qui est noire dans certains pays, dont l'Allemagne et l'Italie, au premier rang. Parfois, même, elle est verte... Cette peste quotidienne est ici le lot des habitants de Milan et de la région qui l'entoure, mais ne t'y trompe pas, toi mon ami, c'est notre sort commun. Regarde autour de toi et tu en verras les ravages... Gaber avait raison.

 

 

 

 

La Peste


Chanson italienne – La Peste – Giorgio Gaber – 1974

Version française – La Peste – Marco Valdo M.I. – 2008



Un bacille qui sautille,

qui se déplace un peu curieux,

une bactérie négative,

un bacille contagieux.

Il serpente dans l'air

avec un certain mystère,

les rumeurs vont nombreuses

ce n'est pas vraiment un secret,

les gens en parlent à voix basse,

la nouvelle se diffuse doucement

dans Milan.

Les gens ont peur,

ils commencent à se méfier,

ils s'enferment chez eux,

une explosion de terreur,

un hurlement inhumain,

la peste à Milan.

A Milan, il y a des gens qui meurent,

la nouvelle fait un certain tapage,

dans la province aussi on meurt.

La peste se diffuse lentement,

puis grandit et on parle de contagion,

on soupçonne qu'il y a un foyer

qui part du centre et rayonne,

qui étend partout

la peste noire.

C'est une épidémie des plus malignes

avec des bubons qui empestent hommes, femmes et enfants,

l'infection est transmise par les rats des égouts,

mais on a vu de très habiles mains les lancer des avaloirs,

ce sont les habituelles mains cachées et puissantes

qui travaillent en dessous, qui sont toujours présentes.

Les gens se défendent désespérés,

la peste harcèle et avance,

elle s'épand ; aguerrie, elle se déchaîne,

c'est encore pire que celle des vents,

la peste nous arrive dessus,

la peste ne s'arrête plus

des morts partout

qu'on entasse comme des animaux,

cela ne fait même plus d'effet,

ce sont des choses normales.

On photographie les cadavres,

on ne s'en offusque même plus

on se lave, on se peigne,

on sort, on va au bar,

on évite les cadavres.

On n'en fait plus de cas,

on s'habitue si vite,

au fond, il en meurt tant

même le weekend du quinze août.

Un bacille à bâtonnet

qui t'entre sans le cerveau,

une bactérie négative,

un bacille à matraque.

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires