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11 août 2008 1 11 /08 /août /2008 22:16

Francesco Guccini a raison de méditer. L'homme nouveau fut le leitmotiv de bien des utopies, il fut chanté, encensé, annoncé, pressenti, appelé, réclamé, cherché, adulé par les religions, par certains philosophes, par quelques écrivains, par d'inspirés poètes, mais aussi par les hurleurs délirants, par les éructeurs en rut qui se groupèrent en axe peu avant le milieu du siècle dernier.

Généralement, l'homme nouveau annonce le retour victorieux du bipède au cerveau de lémure, le retour de la bête immonde. Tel était un des hommes nouveaux qu'on nous a présenté à grand renfort de trompes. Blecktrommel, tambour de fer blanc menait la danse.

Il eut plein de cousins, tous aussi inquiétants.

Il faut se méfier des hommes nouveaux et des ordres nouveaux et on peut espérer que nous ne les connaîtrons jamais, nous autres de ce monde ancien perclus de rhumatismes.

Va be' pour changer le monde, d'accord, pour changer la vie, partant pour une autre façon de vivre...

Les nouveaux mondes – j'entends Dvorak qui dirige son orchestre – ont la fâcheuse habitude de nous retomber lourdement dessus et d'écraser l'homme présent sous l'ambition nouvelle.

On est toujours entre deux; c'est le sort du présent de se trouver entre le passé qu'il vient de quitter et le futur qu'il s'apprête à dissoudre, le transformant à l'instant où il le touche en passé, que déjà, il a quitté.

L'avenir a toujours été ce vide hallucinant à remplir de gré ou de force, le plus souvent - et c'est tant mieux – par ces gestes quotidiens dont on croit qu'ils comptent pour rien.

 

Nous, les hommes, les frères humains qu'on balance, pendules dérisoires, aux rythmes de l'histoire, n'avons en finale qu'une vie courte, courte, courte...

 

 

Mais qu'est-ce que tu me racontes-là ? Tu te crois où ? On dirait que tu soliloques, que tu causes tout seul... Tu n'as pas vu que j'étais là ?, dit Lucien l'âne en poussant de son museau dans la poitrine de Mârco Valdo M.I. 

 

 

Tu as raison, mon bon Lucien, tu as beau avoir l'apparence d'un âne, tu vois bien ce qui se passe et tu me comprends mieux que bien des gens. Je soliloquais, en effet. Maintenant, je te salue et je t'annonce un peu de chanson italienne. Il y en a tellement à te montrer qu'il faut bien que je t'en montre plusieurs à la fois.

 

Je ne m'en plains pas, car je suis très curieux et aussi, j'aime les chansons.

 

Alors, tant mieux, nous allons en parler. Celles d'aujourd'hui sont des chansons qui parlent du temps qui passe, de la vie. Mais elles ne disent pas vraiment la même chose. L'une s'inquiète de l'avenir, c'est de celle-là que je parlais quand tu es arrivé. Que va-t-il se passer, qui peut prévoir, avec ces machines mon bon monsieur, de quoi demain sera fait, comme je disais Francesco Guccini médite. L'autre, elle est plus incisive, elle mord dans le temps présent, elle est dynamique, bougeons, bougeons... Comme disait Ernst Toller : Hop là, nous vivons !

 

Dis-moi, fait l'âne perplexe et faisant deux grands points d'interrogation de ses oreilles, qui est cet Ernst Toller et que vient-il faire dans nos chansons ?

 

 

Bon, écoute, dit Mârco Valdo M.I., je le citais comme ça en passant. Je citais sa pièce qui racontait en effet une histoire de temps qui passe et de ce que deviennent les gens,... Avec le temps, avec le temps... La trame de sa pièce est simple : un homme, un de ceux qui veulent changer le monde sans tricher, sans s'abandonner eux-mêmes – on est en Allemagne après une guerre – tu sais, il y en a eu tellement  des guerres – bref, un homme veut tout simplement rester en accord avec lui-même, avec ce lui-même dans le temps, est bien évidemment mis en hôpital psychiatrique. C'est bien normal qu'un monde délirant enferme les gens sains.

 

Ah, ah, fait l'âne songeant tout à la fois à cet homme et à Bosse-de-Nage le singe qu'il singe quand il est dans l'embarras. Là, tu exagères !

 

Je ne le pense pas mon bon Lucien, mais enfin, c'est bien le sens de ce que dit Toller qui en connaissait un bout sur l'enfermement, lui qui fit tant de prison d'avoir voulu changer le monde. En somme, un autre Marco Camenisch. Et donc, laisse-moi finir, l'homme en question – on l'appellera Karl – ressort des années plus tard et découvre que ses amis sont passés dans l'autre camp. Logique, il préfère retourner à l'asile.

 

Quelle histoire, dit l'âne en se tournant brusquement pour donner un coup de dent aux taons qui le harcèlent. Il ne faut pas donner du temps au taon, sinon il s'envole, dit-il en conclusion. Quelle histoire !

 

 




L'homme qui marchait au plafond, quand il marchait au plafond


 


 

 

Tu sais, il y en a une autre bâtie sur schéma similaire... Un peu comme il y a deux Achtung Banditen ! Et bien, il y a une autre histoire du même genre. Mais elle est bien postérieure et se passe en Tchécoslovaquie, du temps où elle existait encore, la Tchécoslovaquie. De toute façon, ce sont des histoires d'un autre temps. Mais elles montrent bien ce qui nous attend. Cette deuxième histoire raconte la vie de l'homme qui marchait au plafond. Un excentrique en quelque sorte... Un révolutionnaire, un poète, un terroriste ! Après les tribunaux, l'asile. L'homme est guéri, il ne marche plus au plafond. Miracle de la psychiatrie. Mais, mais...

 

 


L'homme qui marchait au plafond, quand il ne marchait plus au plafond


 


 

 

Mais quoi, dit l'âne très tendu tellement il s'est concentré pour comprendre l'histoire... Mais quoi , alors ?

 

Et bien, quand il sort, ce sont tous les autres qui marchent au plafond... tu devines la suite... Retour à l'asile.Tout le monde ne peut pas finir à Marseille en passant par Aden et l' Abyssinie.

 

Oui, mais les chansons dans tout ça,..., dit l'âne un peu perdu et tournant sur lui-même comme s'il cherchait sa queue.

 

Les chansons... Elles parlent du temps, dit Mârco Valdo M.I.. Quant à l'histoire de l'Homme qui marchait au plafond, elle fut écrite par Pavel Kohout et en cherchant bien on peut parfois encore la trouver. Ah, il faut quand même que tu saches que la deuxième chanson, celle qui crie vive la vie, meurt la mort ! est des Modena City Ramblers, dont je t'ai déjà parlé...

 

 

Nouveau Monde



Il court rapide, mais dans quel sens ?

Notre temps inconnu et étrange

et nos yeux épouvantés

regardent ce qui nous entoure

et ne peuvent croire à un sortilège technique qui

indifférent peu à peu nous enlève

et nous entraîne vers une réalité

que nous ne verrons jamais (au milieu d'entités inconnues et d'ordinateurs)

que nous verrons jamais (au milieu de tableaux chiffrés et de villes)

que nous ne verrons jamais...


Et l'homme court confus vers

ce qu'il ne comprend pas lui-même,

qui a programmé sa propre vie,

on ne sait qui c'est ni où; mais ce qui

importe, c'est seulement ce qui le fait

déjà douter de son équilibre

et sa route est déjà obscurément ouverte

vers une nouvelle réalité

qu'il ne comprendra jamais (au milieu d'entités inconnues et d'ordinateurs)

qu'il ne comprendra jamais (au milieu de tableaux chiffrés et de villes)

qu'il ne comprendra jamais...


Et nous ne saurons pas pourquoi ni comment

Nous sommes dans une ère de transition

Entre une civilisation quasi-finie

et une nouvelle inconcevable

Si désormais presque personne ne croit plus

quelle pourra bien être notre nouvelle foi,

quels pourront bien être nos nouveaux buts

qui éteindront notre soif éternelle

de pouvoir être soi...

Même si ensuite l'un ou l'autre succombe

Je ne sais dire qui de nous deux sera

Cet homme nouveau

qui me passionne moi aussi

dans le monde nouveau que

nous ne verrons jamais

que nous ne verrons jamais (au milieu d'entités inconnues et d'ordinateurs)

que nous verrons jamais (au milieu de tableaux chiffrés et de villes)

que nous ne verrons jamais...!


Chanson italienne – Mondo Nuovo – Francesco Guccini

Version française – Nouveau Monde – Marco Valdo M.I. – 2008

 


au milieu d'entités inconnues et d'ordinateurs

 

Viva la Vida, Muera la Muerte!




« ...C'est seulement en se mettant en jeu pour améliorer un peu la vie qu'on réussira à « défaire » la mort. ! Viva la Vida, Muera la Muerte! Est la phrase avec laquelle les représentants des communautés zapatistes du Chiapas concluent leurs discours de bienvenue aux hôtes qu'ils considèrent comme des amis. »





C'est ton temps, faut pas le laisser

Un vent qui passe et qui ne reviendra jamais.

Cours vite, sans hésiter.

Ne regarde pas en arrière le temps qui s'en va

C'est ton temps, il se tient au fond de ton cœur

Il bat avec ton sang et cours fort dans tes veines

C'est ta respiration, ne le méprise pas.

Il brûle en un regret, si tu te perds à attendre

Des politiciens, des gens qui se taisent.

Des temps de guerre, mais en temps de paix.

Temps modernes à consommer.
Suis le rythme maintenant, c'est le temps de sauter !


Viva la vida, muera la muerte
Viva la vida, muera la muerte
Que viva, la vida

Il n'est plus temps de se lamenter

Et d'appeler publiques les affaires privées.

Ce n'est plus le temps des modérés

Toujours à l'arrêt au centre, sans volonté de changer

Des politiciens, des gens qui se taisent

Des temps de guerre, mais en temps de paix

Des songes précaires à consommer

Suis à présent le rythme, c'est le temps de sauter !

Viva la vida, muera la muerte
Viva la vida, muera la muerte
Que viva, la vida


Chanson italienne - ! Viva la Vida, Muera la Muerte! - Modena City Ramblers

Version française - ! Viva la Vida, Muera la Muerte! - Marco Valdo M.I. - 2008





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