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30 juillet 2008 3 30 /07 /juillet /2008 23:16
Pan, pan, tu es mort...



Ah, Lucien l'âne, encore une de tes blagues stupides... et tu crois me faire peur avec pareille ânerie..., dit Mârco Valdo M.I.. Pour cette fois-ci, je te pardonne, mais à la prochaine, ...



Ben quoi, à la prochaine... ? dit Lucien l'âne au ventre replet et aux yeux couleur de nuit sans lune.



À la prochaine de ce genre, tu racontes toi-même une histoire ou tu chantes une chanson, dit Mârco Valdo M.I..



J'aimerais mieux pas, répond l'âne en baissant la tête de honte.



Allez, on oublie. Aujourd'hui, d'ailleurs, c'est la récréation, je suis un peu fatigué, dit Mârco Valdo M.I..



Alors, dit l'âne aux pieds ailés comme ceux d'Hermès le facteur des dieux, aujourd'hui, ce sera peut-être une chanson drôle.



Oui, oui. Tu vas voir. Elle remonte à la plus haute antiquité et même avant, dit Mârco Valdo M.I.. Elle raconte l'histoire de mon ancêtre; enfin, d'un de mes ancêtres. Tu vas bien rire.

Ah, ah, dit l'âne singeant le singe Bosse-de-Nage qui ne savait dire que cela. Rions ! Mais de qui, de quoi, de quoi s'agit-il, de qui s'agit-il ?



Je te disais, dit Mârco Valdo M.I., que ça remonte loin. Et bien, vois un peu. C'était avant même l'invention du travail; aux temps où l'homme était heureux... Un peu secoué par la vie, mais heureux. Pas stressé pour un sou. Libre autant qu'un être peut l'être dans la nature; c'est-à-dire dans une société sans libéralisme, sans patrons, sans capitalisme ... T'imagines, une société humaine, quoi ! D'accord, on était moins nombreux, mais on était vraiment solidaires et jamais on n'aurait laissé tomber un compère, jamais on n'aurait eu l'idée saugrenue de l'exploiter, de tirer profit de lui...



Mais de quoi tu causes, dit l'âne perplexe et du coup, il se frotte le menton sur le genou gauche.



Bien avant qu'on invente le travail salarié – cette stupidité, l'homme de Cro-Magnon vivait ses quelques dizaines d'années d'existence (en fait pas beaucoup moins que maintenant quand il n'était pas écrasé par un mammouth en rut), sans gaz (sauf les siens) et sans électricité – sauf celle qui surgissait ou du ciel les jours de grand orage ou de ses relations quelquefois électriques avec Madame de Cro-Magnon.



Ce devait être idyllique, dit l'âne Lucien, un peu persifleur à ses heures.



Sans doute, en était-il de la famille de Cro Magnon comme de toutes les autres. Devant la cheminée, les jours d'hiver, il y avait parfois du tirage. Mais quand même, je ne sais pas si tu l'as remarqué, il était quand même Monsieur de Cro-Magnon. Un beau titre de noblesse, sans doute un des plus vénérables avec celui de Monsieur de Lascaux. D'ailleurs, personnellement, je descends en droite de ligne de la famille de Cro-Magnon.



Bon, ça va, dit Lucien l'âne en faisant une grimace préhistorique, et cette chanson, elle vient...



Voilà, voilà, elle arrive, dit Mârco Valdo M.I.. Mais d'abord je te raconte d'où elle vient, qui l'a écrite... et tout ça.



En fait, je te lis le commentaire que j'en ai donné dans la présentation que j'en ai faite sur le site de Canzoni contre la guerra. Au moment où vont s'ouvrir les Jeux Zolimpiques à Pékin, il est bon de rappeler Cro-Magnon... Un mec qui s'en foutait complètement des Jeux Zolimpiques et même de la télévision. Bref, un mec, un vrai. Et maintenant mon commentaire et après, la chanson...



Ah, ah !, dit l'âne en singeant, etc.



Enfin, pas tout de suite, la chanson, car il y a une lettre de l'auteur que j'ai retrouvée et qui vaut son pesant de vérité. Donc... le commentaire pour commencer :



La chanson de l'Homme de Cro-Magnon a fait les beaux jours des mouvements de jeunesse et peut-être le fait-elle encore... Allez savoir. C'est là que je l'ai rencontrée pour la première fois.... D'aucuns croient que c'est une chanson populaire, venue d'on ne sait où.

Mais non, elle a un auteur et il raconte lui-même la genèse de L'homme de Cro-Magnon, ci-après.

Cela dit, c'est une chanson liée aux mouvements de jeunesse issus de la Résistance et de l'éducation populaire, mise au point dans les maquis de France et spécialement du mouvement des Auberges de Jeunesse, héritier du Front Populaire de 1936 et des premières vacances ouvrières.

Quant au contenu, plein d'humour et de raison, il flingue à qui mieux mieux l'actuelle civilisation toute empreinte de sa fatuité, de son importance, de son goût pour le progrès et de l'idéologie du travail.

Une chanson hilarante qu'on apprenait enfant et qui encore des années plus tard, résonne comme un avertissement, une analyse solide du monde dans lequel on doit vivre : « Faut-il que nos héritiers soient bêtes, pour avoir inventé le travail... »

L'homme de Cro-Magnon : un prolétaire anarchiste ?



Et voici, la lettre de l'auteur...


Petite histoire d'une chanson par Maurice FELBACQ




Cro-Magnon : le bon vieux temps d'la préhistoire (dessin Maurice Felbacq)


Suite à notre article sur ce sujet dans le dernier bulletin des Auberges de Jeunesse, j'avais écrit à Maurice pour lui demander s'il voulait bien nous raconter la genèse de cette chanson que je me souviens d'avoir découvert avec beaucoup de plaisir par le bouche à oreille dans les années 50 alors que j'étais gamin. Chacun recopiait les paroles dès qu'il l'avait entendue afin de pouvoir la rechanter… Maurice a accepté avec beaucoup de gentillesse de nous écrire le texte ci-dessous et de l'illustrer avec un dessin que j'aime bien et je l'en remercie vivement. db
 
Je m'appelle Maurice Felbacq, né à Paris en 1918, et si j'ai toujours aimé le plein air et les chansons, je n'avais jamais eu l'idée de composer moi-même jusqu'à ma rencontre avec "Les Vagabonds".
J'étais dessinateur à la SCAN (aujourd'hui l'Aérospatiale) et un beau jour, las de perdre une heure matin et soir en métro et train, je suis parti plein sud, sac au dos, valise d'une main et guitare de l'autre pour Lyon, fin 1945.
 
A l'Arsenal de l'Air, j'ai tout de suite sympathisé, par goûts communs, avec mes voisins de bureau, "Cam" Mitton et "Geo" Meunier, membre d'un petit groupe de copains, "Les Vagabonds". Certains avaient même créé de jolis chansons (R. Seyriès : "Les chevaliers du Colorado", "Vent d'automne"… ou A. Monnerie : "Les mousquetaires"…) dont j'ai transcrit la musique afin de les inclure dans un carnet de chants alors en préparation.
On m'a alors demandé : "Pourquoi n'écris-tu pas de chansons toi-aussi ?
- Parce que je suis plus un matheux qu'un poète et que je n'ai pas beaucoup d'inspiration. C'est André Reynier (Dayd) qui a suggéré : "Puisque tu t'intéresses à la préhistoire, écris-nous quelque chose là-dessus !"
L'idée m'a paru bonne et fin 1946, peu doué pour la poésie, j'ai choisi la fantaisie en attribuant à notre ancêtre "L'homme de Cro-Magnon", des réflexions d'aujourd'hui sur les événements de sa vie, n'hésitant même pas à le faire cotoyer les dinosaures, pensant qu'on n'allait pas me chipoter pour un écart d'à peine deux cents petits millions d'années ! J'ai collé ces paroles sur une musique simple, harmonisée à trois voix et écrit le tout sur calque pour pouvoir en faire des tirages au bureau. La chanson a plu aux copains et très vite fait partie du répertoire.
Par la suite, l'Arsenal réduisant son personnel, notre trio se trouva séparé (au travail seulement !) : "Geo" se reconvertit dans l'industrie chimique, "Cam" entama une belle carrière de Père Aub', tandis que resté dessinateur, je passais sans états d'âme des avions aux tracteurs à chenilles. Puis certains, (dont moi !) se sont retrouvés mariés et pères de famille !
 
Le 13 Avril 1955, je fus bigrement épaté de lire dans "Le Canard Enchaîné" un article élogieux sur "L'Homme de Cro-Magnon" qu'avait chanté un groupe d'étudiants au Festival de Montpellier. L'auteur de l'article demandant où trouver la chanson, je lui envoyai un tirage. Et dans le "Canard" du 27 Avril, j'ai appris qu'il avait reçu quantité de réponses, ce qui est curieux pour un texte jamais publié. Cela est dû principalement à Cam Mitton qui a pu faire connaître la chanson à de très nombreux ajistes de toutes les régions, de passage dans son auberge.
 
Je serais un gros menteur si je disais que ces fleurs m'ont laissé indifférent. J'ai eu plutôt tendance à gonfler les pectoraux en recevant les félicitations assoiffées des copains. Peu après, je quittai Lyon pour aller travailler à Grenoble et je n'ai pu retrouver les copains - toujours avec le même plaisir - que bien moins souvent, et faute d'inspiration, je n'ai pas eu envie d'écrire une autre chanson.
 
Il y a assez longtemps, Pierrot Fayolle m'a signalé que "Les Quatre Barbus" avaient enregistré "L'Homme de Cro-Magnon" mais à l'époque, je n'ai pu trouver le disque*. On retrouve la chanson dans un album de deux CD paru récemment, reprenant les chansons de ce quatuor. Je ne sais pas si la chanson s'entend encore aujourd'hui, mais j'ai eu la surprise en 89 d'apprendre que ma petite fille, alors âgée de neuf ans, l'avait chantée avec sa chorale des "Jeannettes" à Québec ! Sans savoir que la chanson était due à son pépé !
 
Merci au Bulletin des AJ de m'avoir permis d'y évoquer tous ces vieux souvenirs.
Bien amicalement
Maurice Felbacq.




L'homme de Cro-Magnon



C'était au temps de la préhistoire
Voici deux ou trois cent mille ans
Vint au monde un être bizarre
Proche parent de l'orang-outan
Debout sur ses pattes de derrière
Vêtu d'un slip en peau de bison
Il allait conquérir la terre
C'était l'homme de Cro-Magnon


L'homme de Cro,
L'homme de Ma, l'homme de Gnon
L'homme de Cro-Magnon, pon pon
L'homme de Cro, de Magnon
Ce n'est pas du bidon
L'homme de Cro-Magnon
Pon-pon

Armé de sa hache de pierre
De son couteau de pierre itou
Il chassait l'ours et la panthère
En serrant les fesses malgré tout
Devant le diplodocus en rage
Il se sentait un peu petit
Et se disait dans son langage :
Vivement qu'on invente le fusil


L'homme de Cro,
L'homme de Ma, l'homme de Gnon
L'homme de Cro-Magnon, pon pon
L'homme de Cro, de Magnon
Ce n'est pas du bidon
L'homme de Cro-Magnon
Pon-pon


Il était poète à ses heures
Disait à sa femme en émoi
Tu es belle comme un dinosaure
Tu ressembles à Lolobrigida
Si tu veux voir des cartes postales,
Monte dans ma caverne tout là-haut
Je te ferai voir mes peintures murales
On dirait du vrai Picasso


L'homme de Cro,
L'homme de Ma, l'homme de Gnon
L'homme de Cro-Magnon, pon pon
L'homme de Cro, de Magnon
Ce n'est pas du bidon
L'homme de Cro-Magnon
Pon-pon


Trois cent mille ans après sur terre
Comme nos ancêtres nous admirons
Les monts, les bois et les rivières
Mais s'il revenait quelle déception
De nous voir suer six jours sur sept
Il dirait sans faire de détail
Vraiment que nos descendants sont bêtes
D'avoir inventé le travail !


 

Commentaires

Mon cher MarcoValdo, permets moi de te rappeler que la moindre des choses, lorsqu'on "pique" un document sur internet est d'abord de demander l'autorisation de l'utiliser (je te l'aurai donnée volontiers), et ensuite de citer la source (je compte sur toi pour compléter, à propos de notre article sur "L'homme de cro-magnon"). Merci d'avance.

Daniel



Cher Daniel,


Il me paraît  tout à fait évident que tu as raison. Je suis très heureux de pouvoir ainsi préciser que l'article sur l'origine de la chanson de Cro-Magnon, dans lequel sont largement évoqués l'origine de la chanson et son auteur Maurice Feldbach, est issu du Bulletin des AJ (Auberges de Jeunesse), ce qui était dit dans le corps de l'article lui-même.


D'autant que « La Chanson de la plus haute Antiquité » avait entre autres buts de rappeler l'histoire de certains mouvements de jeunesse et de leur importance pour des générations entières et entre autres, le Mouvement des Auberges de Jeunesse.

Le but de « La Chanson de la plus haute Antiquité » était aussi rendre à Maurice ce qui était à Feldbach et au Mouvement des A.J ce qui était sien.

« Voilà, voilà, elle arrive, dit Mârco Valdo M.I.. Mais d'abord je te raconte d'où elle vient, qui l'a écrite... et tout ça. ... »

« D'aucuns croient que c'est une chanson populaire, venue d'on ne sait où.

Mais non, elle a un auteur et il raconte lui-même la genèse de L'homme de Cro-Magnon, ci-après.

Cela dit, c'est une chanson liée aux mouvements de jeunesse issus de la Résistance et de l'éducation populaire, mise au point dans les maquis de France et spécialement du mouvement des Auberges de Jeunesse, héritier du Front Populaire de 1936 et des premières vacances ouvrières. »

Donc sur la question de la source, il doit y avoir une maldonne.

D'autant que je reprenais intégralement l'explication de l'origine, afin de la faire connaître à mon ami Lucien l'âne :

« Suite à notre article sur ce sujet dans le dernier bulletin des Auberges de Jeunesse, j'avais écrit à Maurice pour lui demander s'il voulait bien nous raconter la genèse de cette chanson que je me souviens d'avoir découvert avec beaucoup de plaisir par le bouche à oreille dans les années 50 alors que j'étais gamin. Chacun recopiait les paroles dès qu'il l'avait entendue afin de pouvoir la rechanter… Maurice a accepté avec beaucoup de gentillesse de nous écrire le texte ci-dessous et de l'illustrer avec un dessin que j'aime bien et je l'en remercie vivement. Db »


Peut-être aurait-il mieux valu l'indiquer formellement aussi ainsi :


L'article sur l'origine de la chanson L'Homme de Cro-Magnon et son auteur est issu de :

REGARDS SUR L'AJISME HIER ET AUJOURD'HUI

Bulletin d'information des Anciens et Amis des Auberges de Jeunesse Rhône-Alpes

n° 33 Juin 2000.

qu'on peut aisément retrouver à l'adresse : http://ajanciens.free.fr/bulletin33.htm


Ce que bien entendu, je fais avec plaisir.


Bien cordial


OsR


Mârco Valdo M.I.








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D
Mon cher MarcoValdo, permets moi de te rappeler que la moindre des choses, lorsqu'on "pique" un document sur internet est d'abord de demander l'autorisation de l'utiliser (je te l'aurai donnée volontiers), et ensuite de citer la source (je compte sur toi pour compléter, à propos de notre article sur "L'homme de cro-magnon"). Merci d'avance.
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