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12 juillet 2008 6 12 /07 /juillet /2008 10:06

Marco, Marco, Marco... crie l'âne en galopant sur le chemin et en levant de ses sabots dorés par le soleil des petits nuages de poussière brune. Je te cherche partout depuis le début de l'après-midi, dit-il tout essoufflé.


Mais enfin, Lucien mon bon ami, qu'y a-t-il ? Qu'est-ce qui se passe que tu cours ainsi en criant ? Ce n'est pas dans tes habitudes de cavaler et hier encore, tu me disais que tu ne pressais jamais ton pas. Et te voilà galopant plus vite que le vainqueur d'un grand prix de cheval. Est-il arrivé un malheur ?


Un malheur ? Quel malheur ? Des malheurs, il y en a partout, tous les jours... Ce n'est pas ça qui me fait courir...


Et quoi alors ?


Ben rien. Rien de spécial, je te cherchais. Je ne savais trop où aller alors, j'ai couru un peu partout. J'avais juste envie de te voir.


Et bien voilà, c'est fait. Tu es content.


Je suis très content, dit l'âne avec un sourire enjôleur qui lui fait une bouche gigantesque, avec des dents comme les touches de tout un piano à queue. En fait, je (ici, c'est l'auteur qui parle, pas l'âne) dis à queue, c'est pour faire plus grand qu'un piano droit. Avec les touches de tout un piano forte n'aurait pas été mal non plus, mais enfin, vous voyez ce que je veux dire... Lucien a une grande bouche pleine de dents, dedans. Alors quand il l'ouvre pour sourire, on voit tout dehors et toutes ces dents l'une à côté de l'autre, on dirait des touches de piano – ce pourrait aussi être d'harmonium; sauf que chez Lucien, il n'y a pas de touches noires et c'est heureux...


Je suis très content, dit l'âne... etc, car tu vas certainement me raconter encore une de tes histoires d'Achtung Banditen !, car elle me passionne cette histoire et je me réjouis d'en connaître la suite.


Écoute, mon bon Lucien, je vais te décevoir pour aujourd'hui. Je ne pourrai pas te raconter cette histoire, car j'ai été trop occupé, jusqu'à quelques instants avant ton arrivée et je n'ai pas eu le temps de la préparer.


C'est désolant, dit l'âne en pissant de désappointement sur une touffe de chiendent. M'en voilà tout tremblant et triste.


Mais non, mais non, mon bel âne blond, sèche tes beaux yeux bleus et ma journée a été tellement chargée que je n'ai pas pu continuer cette histoire d'Achtung Banditen !, mais je te promets que je le ferai au plus tôt. Cependant, j'ai préparé deux chansons pour nos amis de « Canzoni contro la guerra » et je les ai envoyées et le mieux de tout ça, c'est qu'elles sont déjà reprises parmi les 7000 chansons contre la guerre qui se trouvent sur ce site. D'ailleurs, il en vient de nouvelles tous les jours. Tu imagines ça, 7000 chansons contre la guerre et 8000 traductions de ces mêmes chansons... Alors, je te propose de voir ces chansons que j'ai envoyées... Qu'en penses-tu ?


Avec plaisir, car tu sais, rien de ce qui est humain ne doit me rester étranger et surtout pas, tes chansons, mon ami Marco Valdo M.I. Alors, montre-les moi.


Je le fais à l'instant, mais tu verras aussi la petite biographie qu'ils m'ont demandée... Enfin, j'insiste sur le fait que ce sont des canzones lévianes, c'est-à-dire comme tu le sais des sortes de transpositions en forme de canzones de textes de Carlo Levi, peintre et écrivain italien et nettement, antifasciste.

 


Biographie provisoire de Marco Valdo M.I.

Marco Valdo M.I. est une créature littéraire, c'est un hétéronyme. Il est né des œuvres de Carlo Levi et Italo Calvino. Il a comme parrains : dans la branche anglaise, Laurence Sterne, qui faillit être archevêque d'York, dans un pays où on est prêtre ou évêque ou archevêque de père en fils, dans la branche d'Europe centrale, Joseph Roth et Franz Kafka, du côté espagnol, on le dit parent de Cervantès, en Lusitanie, de José Saramago, dans l'Antiquité, on lui trouve des ascendances du côté de Madaure avec Apulée et enfin, Alexandre Vialatte pour la branche française. Comme son nom l'indique, il a une forte ascendance réformée en la personne du Lyonnais Pierre Valdo (1140 -1206), qui fonda La Fraternité des Pauvres de Lyon et qui est l'origine du courant vaudois et de l'Eglise valdese.
On ne sait pas grand chose de sa jeunesse et on situe sa première apparition publique en 2005. C'est à cette époque qu'il revendique son titre de M.I. : manovale intellettuale – manœuvre intellectuel, c'est-à-dire à l'instar du manœuvre Marcovaldo qui balayait le fond des cours d'usine, Marco Valdo M.I. balaye les idées et les mots tout au fond de la cour. Il salue d'un hochement de tête celui qui passe à sa portée. Il prétend être fils de résistant et l'être lui-même.
Sa devise est : Ora e sempre : Resistenza !

 


 


Deux canzones contre la guerre
de Marco Valdo M.I.




Rainer sculpteur


Le caractère éminemment poétique de l’écriture de Carlo Levi a tellement sonné aux oreilles de son traducteur Marco Valdo M.I. qu'il s’est essayé à moduler sous forme de chansons – chansons, au sens italien de canzone, comme l’entendaient Pétrarque ou Umberto Saba ou Pier Paolo Pasolini, c’est-à-dire de poèmes destinés (éventuellement) à être chantés et en tous cas, de paroles teintées d’une musicalité intérieure, quelques passages des « romans » ou des « écrits » de Carlo Levi. Il en présente le résultat ci-après.
La chanson « Rainer le sculpteur » est uniquement en langue française, mais une version italienne peut être faite sur mesure, si besoin. Notamment, si un groupe souhaite la chanter en « canon » à double tube. Auquel cas, elle pourrait être chantée soit en italien seul, soit en français seul. Soit en italien et en français, un couplet après l'autre, un français, un italien. Ou encore par deux chanteurs ou chanteuses ou une combinaison des deux, l'un chantant le français, l'autre l'italien ou en alternance...

Elle rappelle le long combat des révolutionnaires européens, où le Paris des années 30 jouait un rôle central, notamment pour les exilés italiens, espagnols, allemands, d'Europe centrale... Les artistes se croisaient dans cette capitale de l'exil et de l'art, dont bien entendu Carlo Levi (le peintre) et Rainer (le sculpteur). On ne peut ignorer que la Resistenza italienne fut ainsi en contact avec toutes les résistances d'Europe – notamment l'allemande, l'espagnole, la portugaise... Elles se retrouvèrent toutes dans les camps, quelques temps plus tard.
On peut et même on doit rappeler cette lutte difficile, menée souvent avec une prescience désespérée de l'énorme vague de barbarie qui allait submerger le Continent et le monde, avait comme objectif de créer une Europe (une planète, une humanité) solidaire et fraternelle, qui n’a pas encore vu le jour. Mais on peut toujours, comme Carlo Levi, parier sur l’intelligence des hommes et sur le patient parcours de la taupe. Ora e sempre : Resistenza !

 


Rainer raconte
Rainer dit
J’ai toujours tenu bon
Rainer sculptait
Un monde plus beau
Loin de son pays
Loin de son land
A Paris
Rainer artiste
Rainer idéaliste
Rainer sculptait révolutionnaire
Contre l’Allemagne
Qui tournait mal

Rainer raconte
Rainer dit
J’ai toujours tenu bon
Rainer sculptait
Loin de son pays
Loin de son land
Un monde plus beau
Les histoires de la fin d’une Europe
La guerre en Espagne
Contre les soldats d’Allemagne
Contre les Maures de Franco
Contre les Italiens de Benito
Avec Durutti contre Franco
Défaite
Exode et tout au bout
Passage à Port Bou

Rainer raconte
Rainer dit
J’ai toujours tenu bon
Rainer sculptait
Loin de son pays
Loin de son land
Un monde plus beau
Les histoires de la fin d’une Europe
Machado le poète
Parti mourir
Ailleurs
Dans les camps de France
Au Vernet
D’autres camps plus tard, plus loin
Les mêmes, mais Auschwitz et Dachau
Histoires de fin d’une Europe

Rainer raconte
Rainer dit
J’ai toujours tenu bon
Rainer sculptait
Loin de son pays
Loin de son land
Un monde plus beau
Les histoires de la fin d’une Europe
Le long exil allemand
Les combats des partisans
Résistance en Grèce, en Slavie du Sud
En face toujours les mêmes
Allemands, Italiens
Amis de Franco
La muerte
Histoires de la fin de l’Europe d’antan

Rainer raconte
Rainer dit
J’ai toujours tenu bon
Rainer sculptait
Loin de son pays
Loin de son land
Un monde plus beau
Les histoires de la fin d’une Europe
Mina qui se tait
Écoute et sourit
Mina fille du Lager
Mina fille squelettique
Mina qui frissonne encore
Et regarde s’en aller le fleuve
Rejoindre son pays
Mina la Roumaine
Ressortie seule de Dachau
Mina femme de Rainer
Rainer raconte
Mina dit
J’ai toujours tenu bon
Mina Roumaine
Loin de son pays

 

 

Morto sul selciato



Celle-ci (et d'autres canzoni leviane ou comme j'aime les appeler en français canzones lévianes) est écrite dans les deux langues qui se font écho l'une à l'autre, comme dans un duo de deux sœurs.
Avec les amis de la Fondazione Carlo Levi (Rome), j'ai cherché un chanteur, un groupe, un musicien...qui aurait pu, pourrait mettre en musique et en scène ces canzones. Idéalement, elles pourraient être chantées soit en italien seul, soit en français seul. Soit en italien et en français, un couplet après l'autre, un français, un italien. Ou encore par deux chanteurs ou chanteuses ou une combinaison des deux, l'un chantant le français, l'autre l'italien ou en alternance... Comme je suis traducteur (mais pas interprète, ce qui est tout autre chose), je sais combien une telle performance est complexe et difficile. Mais, quand même, qui veut relever le gant ?
Cette chanson elle-même – au titre explicite Morto sul selciato – Mort sur le pavé, renvoie à Florence (entre 1942-1945) au moment où Carlo Levi (revenu d'exil) mène le combat pour la libération de Firenze, dont il fut un des protagonistes, et dans le même temps, écrit Cristo si è fermato a Eboli.


 



Giocavano alla guerra
Simulavano gli spari
Dei fucili
Dei mitra
Al passaggio di una pattuglia
Scappano i bambini
La piazza rimane deserta
Sotto il sole

Jouaient à la guerre
Simulaient les tirs
Des fusils
Des mitraillettes
Passe une patrouille
Fuient les enfants
Place déserte
Sous le soleil

Da destra comparve un uomo
Vestito di scuro
Un altro, da sinistra,
Vestito di grigio
Viene incontro
Con passo tranquillo.

A droite vient un homme
Vêtu de noir
Un autre, de gauche,
Vêtu de gris,
Avance
D’un pas tranquille

Si incrociano
Un colpo solo
Secco e nitido
Nel silenzio
L’uomo nero a terra
Sangue fuori della bocca
L’uomo grigio
Cammina
Senz’affrettare il passo
Tranquillo.

Ils se croisent
Un seul coup
Sec, net
Dans le silence
Homme noir à terre
Sang de la bouche
Homme gris
Marche
Sans presser le pas
Tranquille.

Dalla bocca usciva
Il sangue
Sempre più lento
Sempre più nero
Sul selciato
Al sole
Una pozza di sangue scuro
Era un macellaio
Era un delatore
Il morto sul selciato

De la bouche
Le sang
Toujours plus lent
Toujours plus noir
Sortait
Sur le pavé
Flaque gluante
Il était boucher
Il est mort délateur
Sur le pavé.

 

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