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10 juillet 2008 4 10 /07 /juillet /2008 22:00
Salut, Lucien , dit Marco Valdo M.I. à l'âne qui s'ébroue sous la pluie un peu diluvienne juste avant d'entrer. Comment tu vas ?


Je vais, je vais, dit l'âne en s'ébrouant de plus belle. Je vais même trottinant, car je n'ai pas vraiment l'intention de presser mon pas. On m'a obligé à être un âne, j'aurais préféré rester un homme, mais voilà, c'est comme ça. Alors, faudrait pas en plus exiger que je me presse. J'entends bien vivre au plus tranquille ma condition d'âne. C'est pas comme vous, les hommes restés hommes, vous ne pensez qu'à ça... Vous ne pensez qu'à faire tout au plus vite, quand je vous croise vous marchez d'une allure vive, vous avez l'air affairé et peut-être l'êtes-vous, que sais-je ? Même dans certaines circonstances où il faut prendre son temps, il me semble que vous êtes si pressés.


À quelles circonstances penses-tu ? , car, mon bon ami Lucien, je te vois venir, je connais ton caractère taquin.


À toutes sortes de choses, par exemple, manger...


Passons, on peut imaginer le reste. Asseyons-nous à l'abri de la pluie et écoute-moi, je vais te parler du livre Achtung Banditen ! Du premier, de celui que ma fille m'avait apporté en me demandant de le traduire pour elle, car elle voulait savoir ce que son ami faisait exactement dans cette histoire. Et puis quelle histoire ?


Vas-y, je t'écoute, dit l'âne en ouvrant tout grand ses oreilles d'âne et en les orientant vers le visage du conteur.


Donc, j'ai commencé à le traduire à l'automne. Nous étions en octobre et je ne me souviens plus du temps qu'il faisait. Gageons qu'il pleuvait. Peu importe, en fait, puisque je travaille à l'intérieur. À l'époque, je traduisais uniquement au bic bleu, un modèle très simple qui ressemble à un crayon à encre et qui coûtait quelque chose comme dix centimes d'euros pièce. J'en ai usé des dizaines. Et uniquement des bleus. Auparavant, j'avais testé les autres couleurs, mais finalement, j'ai préféré me mettre au bleu. Je dois te dire aussi que j'écris sur du papier comme en utilisent les écoliers; tu vois, de ces grandes feuilles A4, mais quadrillées, fournies en blocs de cent ou deux cents feuillets en forme de cahier. Par exemple, par la suite, j'ai longtemps utilisé le stylographe avec de l'encre noire que je pompais régulièrement dans un encrier. À présent, j'utilise des porte-mine, très légers. Tu vois comme les us et les humeurs changent.


Je vois bien tout cela, dit l'âne en se frottant le nez avec un de ses sabots. Mais l'histoire ?


C'est toi à présent qui es bien pressé, mon ami Lucien, bougre d'âne que tu es. Mais cependant, la voici. Ce livre m'a tout d'abord ravi car c'était le premier que je voyais avec la mention « Nocopyright » et voici le texte explicite que je te lis :




« Ce texte n’est soumis à aucun droit d’auteur, ni droit de copie

Tous les droits sont libres au titre de la collaboration, de la solidarité et de l’appui mutuel entre les personnes qui aiment le savoir et l’information libre.

N’importe quelle partie de ce livre peut être reproduite avec des systèmes électroniques, mécaniques ou autres, sans autorisation ni la nôtre ni d’aucun autre.

Est chaudement recommandée dès lors la reproduction, même partielle, effectuée avec quelque moyen que ce soit, même à l’usage interne et didactique.

Celui qui photocopie un livre, celui qui met à disposition les moyens pour photocopier, celui qui dès lors favorise cette pratique agit en faveur de celui qui désire savoir et connaître, avantage un savoir opposé à la richesse et œuvre en faveur de la culture de tous.



Nocopyright »


Sur cela au moins, dès le départ, nous étions le livre et moi, entièrement d'accord. En somme, la rencontre commençait bien. Quand j'ai vu que l'éditeur s'appelait Nautilus... Te souviens-tu du Nautilus ? Ce nom te dit-il quelque chose ?


Bien entendu, tu me prends pour un âne ?, dit Lucien en ricanant... C'est le nom du sous-marin du capitaine Nemo... J'ai lu Jules Verne, moi, Monsieur.


Je me suis dit, ceci confirme cela et le livre va être d'une teneur particulière. Et je ne me trompais pas.


Une histoire de bandits, dans le Nautilus, avec une proclamation de liberté... Ce doit être une histoire étonnante, dit l'âne en esquissant une petite ruade de joie.


L'auteur ne me disait rien d'autant plus que c'était « aux bons soins de... a cura di.. » et je ne connaissais pas Piero Tognoli. Je ne le connais toujours pas, mais qu'importe puisque ce qu'il voulait, c'est qu'on lise ce livre et je l'ai fait. Et pas distraitement, crois-moi; je l'ai même lu plusieurs fois et je m'apprête à le relire encore un de ces jours quand j'aurai résolu le problème de son édition. Alors, pour le corriger une dernière fois, pour qu'il soit le plus correct possible... Mais, il y avait un sous-titre et là, j'avais déjà une indication sur le contenu de l'ouvrage.


Ah ! AH !, dit l'âne, singeant Bosse de Nage le singe. Et quel est ce sous-titre ou plutôt, rappelle-moi le titre complet.


Et bien, voici : Achtung Banditen ! Marco Camenisch et l'écologisme radical.


Ah, oui, dit l'âne, ça nous éclaire beaucoup. Des bandits, je vois ce que c'est; l'écologisme, je peux m'imaginer; quant à ce Marco Camenisch, je ne vois vraiment pas qui c'est ...


Et bien, moi non plus, je ne le connaissais pas et je n'en avais jamais entendu parlé et pourtant, il en vaut la peine.


Dis-moi qui c'est et pourquoi il te paraît mériter tant d'intérêt...


Je vais le faire tout de suite, mais avant, je vois que tu es passé à côté d'une chose essentielle... C'est la signification de ce Achtung Banditen ! En allemand, alors qu'on est en Italie.


Oui, là, tu as raison. Et tu comptes garder Achtung Banditen en français aussi ?, dit Lucien l'âne à la tête ossue, mais sympathique. Je ne vois pas pourquoi, ni ce que ça peut bien signifier.


En fait, il n'y a pas de raison de changer cette expression, puisque c'était celle-là, exactement celle-là qui était utilisée dans toute l'Europe et sans doute, une partie de l'Afrique par les armées allemandes, qui tentaient de conquérir le monde et de lui imposer le nazisme – tu sais qu'en Italie, cette armée était commandée par le très célèbre Kesselring, dont nous avons parlé il y a quelques jours et elle désignait tout simplement les résistants, les partisans, les maquisards... Achtung Banditen ! Pour ceux qui sont ainsi désignés, c'est plutôt honorable, cela prouve au moins que ce ne sont pas des collaborateurs, que ce sont des partisans - tu sais comme celui de Bella ciao ! Pour qui on plantera une fleur sur la montagne... C'est donc déjà en soi un message... Ce Marco Camenisch est un résistant. Je dis « est », car à ma connaissance, il vit encore. Mal, très mal, mais il vit encore. Mais, on peut subodorer que pour ceux qui sont au pouvoir et leurs sbires, il est clair qu'être résistant, partisan, maquisard, etc... revient immanquablement à être qualifié de terroriste. Et de fait, dans la guerre civile parfois silencieuse, parfois secrète, parfois discrète, étouffée – je veux dire dont les bruits sont étouffés, je veux dire quand on opprime en silence, dans cette guerre sans nom, mère de toutes les guerres, tous ceux qui résistent, sont considérés comme des terroristes, même et surtout, quand c'est l'autre camp qui sème chaque jour la terreur. Pas de travail, pas à manger est la vraie signification d'Arbeit macht frei. La terreur par la faim, la terreur par la pauvreté, la terreur par la misère. Sur des millions de gens dans le monde, sans doute même, sur des milliards de personnes pèse cette terreur.


Donc, avec ce simple titre, on sait déjà tout çà, dit l'âne un peu éberlué, ce qui se voit à son air d'un qui aurait subitement perdu son chemin et qui vient de s'en rendre compte; l'air de se demander mais où suis-je.


Reste encore un mot que nous n'avons pas examiné. Si tu vois à peu près ce que peut être l'écologisme, il faudrait faire justice du mot « radical ». C'est assez facile à comprendre, ce doit être un écologisme strict, intransigeant sur les principes... Et en vérité, c'est dans ce sens-là qu'il faut le comprendre.


Avec tes explications, on voit bien le sujet et on commence à entrevoir mille choses, un livre passionnant sans doute; et sans doute aussi, le récit d'une lutte, d'une lutte terrible, d'une lutte à mort. J'ai peur, dit l'âne en se cachant les yeux avec ses oreilles, qu'il porte généralement longues et redressées en une charmante courbe souple vers l'avant, sauf bien entendu, quand il court, moment où pour des raisons bien compréhensibles d'aérodynamique, il les couche vers l'arrière.


Eh bien, j'en suis ravi, car pour aujourd'hui, j'arrête là. Je te dirai la suite bientôt, si tu reviens me rendre visite., dit Marco Valdo M.I. Mais je te fais cadeau d'une image de la couverture...





Je reviendrai, ne t'en inquiète pas !, conclut l'âne en repartant vers sa promenade du soir à la recherche de roses trémières comme il en a l'habitude.


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