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25 avril 2008 5 25 /04 /avril /2008 10:43

La chanson léviane


Tout a commencé le jour où j'ai volontairement rompu avec l'esclavage ou sa variante contemporaine, le travail stipendié. Il y avait longtemps que ça me démangeait et que je traînais mes pieds de plomb au milieu du camp de travail; cette impression matutinale d'être un STO, un de ces millions d'êtres, violés chaque jour par le Service de Travail Obligatoire, un parmi tant d'autres au cerveau ravagé par les cavaliers du libéralisme. Lève-toi et marche, puis marche ou crève ! Plutôt crever, en effet !

Toute une vie dans un camp de travail, ô mânes d'Orwell, « le travail rend libre », disaient-ils dès l'école de l'enfance. En français dans le texte : « Arbeit macht frei ! », vous voyez d'où vient le libéralisme. L'inversion du langage, la perversion du langage est au cœur de notre désarroi. « La force par la joie » en prime. KdF. « Kraft durch Freude », qu'ils disaient et qu'ils promettaient. A bon animateur, salut. De la main droite, présentez la paume. Voyages, voyages, tourisme de masse et masses de touristes. Personnes déplacées. Déplacées, tout aussi bien, malséants, malvenus comme des propos nauséabonds.

J'en suis sorti à coups de mots d'une autre langue, il me fallait sortir de la gangue française, entendre d'autres voix. Je suis tombé en Italie; étrange comme on peut passer les frontières. Depuis j'y ai pris mes quartiers, j'y ai pris un nom, j'y ai retrouvé la voie des voix, le chemin de l'écriture en marchant dans les pas d'étrangers, d'exilés. J'ai traduit, traduit. A la main. Une langue que je connaissais pas; du coup, j'ai retrouvé la mienne, j'ai retrouvé ses parfums, j'ai retrouvé les jardins littéraires. J'ai retrouvé les goûts de vivre. Au commencement était Carlo Levi. J'ai fait un Canzoniere leviano, peuplé de chansons lévianes. Ô, pas beaucoup, mais j'y reviendrai. Un canzonier (appelons-le ainsi) bilingue, une poésie en deux langues en même temps, comme dans un grand rêve. L'écriture comme penser par la main; l'écriture est comme la peinture, elles sont sœurs : un artisanat qui passe par les doigts. La poésie sort de la bouche de l'aède, la poésie nous glisse entre les doigts.

Tout commence un matin.

C'est l'histoire d'un éveil, d'un éveil de conscience et de la conscience d'un éveil.



L’ora dei sogni – L’heure des rêves


La sabbia correva nelle clessidre

Con un fruscio sottile

come di conchiglie leggere

Levate dal vento.

A quel fruscio mi addormento

A quel fruscio mi addormento

Nel vento, nel vento

Leggero e sottile.


Le sable glisse dans les clepsydres

Avec un frisson subtil

Comme de légères coques

Emportées par le vent.

A ce frisson je m’endors

A ce frisson je m’endors

Dans le vent, dans le vent

Léger et subtil.


Come era tiepido quel letto

Mentre fuori l’inverno.

Navigo nel tiepido

Verso il mattino

Verso il mattino

Leggero et sottile.


Ce lit tiède

Dehors l’hiver

Je navigue

Vers le matin

Vers le matin

Léger et subtil.


E’ questa l’ora dei sogni

Ora invisibile

Dove il sole già splende

Suonano le fanfare

Chiamano le sirene

Squillano le campane

Girano le lancette

Leggere et sottili.


Voilà l’heure invisible

Des rêves

Où le soleil déjà explose

Son des trompettes

Appel des sirènes

Sonnent les cloches

Tournent les aiguilles

Légères et subtiles.



A quest’ora dei sogni

In un letto morbido

Fuori del tempo

Vediamo cose che non avvengono

Vediamo cose

Leggere e sottili.


A l’heure des songes

Dans un lit moelleux

Hors du temps

On voit des choses qui n’existent pas

On voit des choses

Légères et subtiles.

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